Christophe Leparc © DR Christophe Leparc © DR

Cédric Lépine : Quel est votre rôle en tant que directeur du festival Cinemed ?
Christophe Leparc :
Mon rôle est avant tout de définir un projet éditorial élaboré dans une réflexion commune avec mon équipe et de mettre ensuite en place tous les moyens pour mener à bien ce projet.
Il est également important de partager et faire connaître ce projet,  aux professionnels du cinéma, nationaux et internationaux, aux acteurs culturels de la ville et de la région.
L’important est, à mon sens, de construire le Cinemed avec tous ceux qui sont attachés à cette manifestation, être à leur écoute pour rendre le Cinemed plus convivial, attractif, séduisant, pour qu’il ne cesse jamais de bouger, de s’adapter, d’évoluer.

Cédric Lépine : Quelle est la ligne éditoriale que s’est fixé le festival Cinemed ?
Christophe Leparc :
Le Festival du Cinéma Méditerranéen de Montpellier, dénommé Cinemed, tel un diminutif amical, témoigne du caractère festif de chaque édition orchestrée autour des talents de la Méditerranée, qu’ils appartiennent au Patrimoine ou aux émergences foisonnantes, bouillonnantes d’un territoire qui par définition, tire un trait d’union : la Méditerranée est la mer du milieu, située entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie.
De cette situation géopolitique naît la ligne éditoriale de Cinemed, sa singularité, son identité : curiosité, générosité intellectuelle, tolérance, apprentissage et respect des cultures qu’elle engendre. Cinemed incarne le plaisir du vivre ensemble, la volonté de chercher des équilibres nécessaires à établir une bonne communication, un échange interculturel sincère. Le Festival du Cinéma Méditerranéen développe son rôle de convive, invitant à sa table, chaleureusement, toutes les communautés désireuses de partager à travers le cinéma, le reflet de leur société.
Le Festival du Cinéma Méditerranéen initie, chaque année à Montpellier, ses publics aux richesses de ce cinéma, lui faisant (re)découvrir son patrimoine et ses nouveaux talents avec la volonté de stimuler le dialogue, privilégier le débat entre cinéastes et spectateurs, proposant rencontres et master class avec ses auteurs, ses artisans, tout en ouvrant la voie à différentes initiatives destinées à son développement.

Cédric Lépine : Il s’agit cette année de la 38e édition de Cinemed : comment se construit une nouvelle édition en dialogue avec l’histoire des années précédentes ? Quelles sont les continuités, discontinuités, changements, etc. ?
Christophe Leparc :
Cinemed est avant tout un lieu d’échanges et de dialogue dont la gourmandise nourrit la curiosité de ses publics. Déceler, révéler les tendances, y revenir parfois, créer une communauté où chacun, dans un environnement commun, alimente ses propres centres d’intérêt, quels que soient son âge ou son milieu social. La Méditerranée regorge d’un cinéma pluriel, dont Cinemed est le catalyseur.
Cinemed exprime sa passion des cinématographies de la Méditerranée en explorant tous ses formats, courts et longs métrages, documentaires, animation : un cinéma exigeant, souvent dérangeant, fort d’une énergie remarquable où se mêlent dans le drame et la comédie, l’intime et l’Histoire en mouvement. Il s’agit bien là de son ADN, une solide tradition du cinéma en Méditerranée, d’hier et d’aujourd’hui, des grands maîtres (de Federico Fellini à Luis Buñuel en passant par Youssef Chahine) aux nouvelles générationsdont l’explosion dans les festivals internationaux et dans les salles témoigne d’un dynamisme, d’une puissance de création sans cesse renouvelés, séduisant autant le grand public que les professionnels, qui déploient force et imagination pour son épanouissement.
L’évolution s’est voulue vers une plus grande convivialité, redonner au mot festival un de ses sens primordiaux, celui d’un événement festif. Nous avons ainsi voulu favoriser les moments de rencontres entre les artistes invités et le public (questions/réponses à chaque fin de séance), rendez-vous après les projections pour échanger et boire un verre avec les invités et le public, animations musicales et fête du Cinemed…

Cédric Lépine : Quels sont les critères de sélection des films programmés ?
Christophe Leparc :
D’une manière générale, la qualité artistique que nous leur reconnaissons. Pour les rétrospectives et hommages, un dialogue s’instaure avec les gens à qui nous rendons hommage. Cette année par exemple, nous avons établi la liste des films de l’hommage à Sergi Lopez avec lui (il préférait certains films dans lesquels il avait un plus petit rôle plutôt que d’autres mais qui étaient plus importants pour lui). Avec les frères Larrieu, ce fut la même démarche (d’autant qu’il y avait des films que nous ne connaissions pas et qu’ils étaient les seuls à connaître, une piste pour les retrouver).
Pour les compétitions, nous recherchons le meilleur de la production méditerranéenne contemporaine.

Cédric Lépine : Comment et par qui a été conçue la programmation du « Printemps du cinéma tunisien » ?
Christophe Leparc : Géraldine Laporte et moi :
nous avons constaté l’émergence et la montée en puissance de réalisateurs et réalisatrices tunisiens, depuis une dizaine d’années, très talentueux mais qui avaient du mal à s’exprimer. Bridés par la censure politique, certes mais aussi peut-être victimes d’un système de financement contrôlé par d’anciens barons peu enclins à le partager.
La révolution a eu un véritable impact car elle a libéré le pouvoir politique mais aussi artistique. Une génération a enfin pu s’exprimer et de nouveaux talents sont apparus. Ce cinéma qui s’interroge sur l’avenir de la jeunesse méditerranéenne rencontre le succès dans les festivals internationaux de Berlin ou Venise et, fait extrêmement important pour son développement, attire de nouveau le public tunisien dans les salles.

Cédric Lépine : Qu’est-ce qui a déterminé la programmation en séance spéciale d’« Algérie : nouvelles vagues » composé de deux moyens métrages ? Quel est l’espoir de renaissance que propose cet intitulé ?
Christophe Leparc :
Contrairement à la Tunisie, l’Algérie n’a peut-être pas assez mis en place de dispositifs favorisant l’émergence de cinéastes. Et pourtant, nous avons constaté cette année un frémissement assez singulier du côté de l’Algérie. Singulier car dans des formats peu courants, le moyen métrage. Et dans la forme : un film très poétique à la limite de l’expérimental (Le Jardin d’essai), un film reprenant les codes du cinéma fantastique pour parler du harcèlement sexuel (Kindil). Si l’on prend en compte en plus un court métrage sélectionné en compétition (L’Échappée d’Hamid Saidji et Jonathan Mason), ou le récent succès du film de Hassen Ferhani Dans ma tête un rond point, nous avons là les prémices de l’arrivée d’une nouvelle génération de cinéastes dont le talent semble plus éclectique et propice à trouver un écho favorable. Des contacts sont déjà en cours avec le centre culturel français en Algérie et le festival d’Annaba.

Cédric Lépine : En quoi la programmation globale du festival de cette année témoigne-t-elle à la fois de l’état actuel du cinéma et de la société de l’aire méditerranéenne ?
Christophe Leparc : Dans sa globalité, la Méditerranée regorge de talents, le cinéma méditerranéen s’avère très dynamique.
Le talent d’un cinéaste peut exprimer les interrogations, les préoccupations que traverse la société dans laquelle il vit. De manière directe quand des documentaristes prennent comme cadre de leur film un camp de migrants en Grèce (Des spectres hantent l’Europe de Maria Kourkouta et Niki Giannari), de manière plus indirecte et détournée quand un cinéaste tunisien met en scène un antihéros dans la Tunisie post-printemps arabe qui  finira par prendre en main son destin (Hedi de Mohammed Ben Attia).

 

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