L’émigration entre la Birmanie et la Thaïlande, la mort dans l’âme

Liangqing et Guo, deux jeunes Birmans traversant clandestinement la frontière pour rejoindre la Thaïlande, recherchent du travail. Mais dans un pays miné par la corruption où les travailleurs sans papiers se retrouvent sans aucun droit, le destin de Liangqing et Guo se rapproche peu à peu de la tragédie.

"Adieu Mandalay" de Midi Z © ARTE Éditions "Adieu Mandalay" de Midi Z © ARTE Éditions

Sortie DVD : Adieu Mandalay de Midi Z

Selon le réalisateur, pour échapper à la misère les jeunes Birmans entrant dans la vie active n’ont que trois choix : entrer dans le trafic de drogue, travailler dans les mines de jade ou émigrer clandestinement vers la Thaïlande. Ainsi, l’émigration entre les deux pays ne cessent de croître dans les conditions les plus terribles. Pour rendre compte de cette réalité contemporaine, le cinéaste Midi Z s’est inspiré d’un tragique fait divers où un couple de Birmans trouvait la mort après avoir travaillé plusieurs années en Thaïlande. Au centre de son récit, Midi Z oppose les membres d’un jeune couple. Ainsi, d’un côté Guo est un jeune homme dévoué à l’amour qu’il porte pour la jeune Liangqing, prêt à se tuer à la tâche, multipliant les heures supplémentaires pour un maigre salaire alors que Liangqing, plus ambitieuse, est prête à tout pour obtenir des papiers d’identité lui permettant d’évoluer dans la société et le monde du travail thaïlandais. Tout commence sur un long plan-séquence d’une nature imperturbable où apparaît soudainement une frêle embarcation : deux jeunes Birmans franchissent ainsi la frontière et les premiers contacts avec la Thaïlande sont immédiatement monnayés. Le cinéaste fait contraster une nature idyllique et une religion bouddhiste prônant l’apaisement au contexte de déshumanisation des travailleurs clandestins. Midi Z a en cela très bien digéré la méthode Hou Hsiao Hsien pour filmer et ainsi rendre aussi bien compte d’une nature environnante que d’un cadre urbain. Néanmoins, Midi Z met au centre de sa mise en scène l’action, pour ces travailleurs clandestins auxquels est refusé le nécessaire repos. Ainsi, Guo et ses collègues ne cessent de prendre des amphétamines pour continuer à travailler jour et nuit. Selon une philosophie bouddhiste, le cinéaste démontre l’inanité de tous ces mouvements par rapport aux splendeurs de la nature environnante à l’instar d’Apichatpong Weerasethakul. Mais dans Adieu Mandalay, il n’existe, pour les personnages principaux, plus aucune affiliation avec le milieu qui les origine. C’est ce qui conduit Guo à plonger corps perdu dans son besoin d’amour alors Liangqing s’est dédié à satisfaire son besoin de reconnaissance sociale. La radiographie opérée par ce film, à cheval entre un portrait de la jeunesse birmane d’aujourd’hui et les nouvelles tragédies émergeant d’un travail régi par le néolibéralisme en Thaïlande comme en Birmanie, est volontairement sombre et tragique.

 

 

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Adieu Mandalay
The Road to Mandalay
de Midi Z
Avec : Kai Ko (Guo), Wu Ke-xi (Liangqing)
Taïwan / France / Allemagne / Birmanie – 2016.
Durée : 104 min
Sortie en salles (France) : 26 avril 2017
Sortie France du DVD : 13 septembre 2017
Format : 1,85 – Couleur
Langue : birman - Sous-titres : français.
Éditeur : ARTE Éditions
Bonus :
Interview de Midi Z enregistrée au Festival de Venise 2016

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