Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

2210 Billets

5 Éditions

Billet de blog 19 déc. 2019

Des hommes dans l’ombre des grands édifices architecturaux

Un portrait des hommes et des hommes d’un chantier de construction d’un colossal bâtiment en béton armé, où les rêves, la pénibilité et l’usure du travail se font jour en même temps qu’une foi profonde en l’humanité des liens.

Cédric Lépine
Critique de cinéma, essais littéraires, littérature jeunesse, sujets de société et environnementaux
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

"Quelque chose de grand" de Fanny Tondre © Docks 66

Au sujet de l'édition DVD : Quelque chose de grand de Fanny Tondre

Fanny Tondre, photographe de sensibilité et d’expérience, suit durant deux ans de tournage la construction d’un bâtiment en béton armé à l’initiative initiale de l’architecte, Luc Weizmann, qui souhaitait voir naître une production audiovisuelle autour de son projet. Le film bénéficierait quant à lui de l’appui d’Eiffage, l’entreprise majoritaire sur le chantier et de son PDG Benoît de Ruffray. Cela fait donc un poids énorme du côté des commanditaires pour cette réalisatrice, artiste indépendante qui vient suivre avec sa caméra et une équipe ultra réduite le travail de ces hommes sur le chantier. C’est par la démarche artistique et l’implication profonde que la réalisatrice ne se contente jamais d’être le regard du patron dont elle possède pourtant l’aval (ce qui n’empêche pas ce dernier de vérifier l’ultime montage avant la diffusion publique). Les questions problématiques des conditions de travail, la misogynie, l’exploitation de la main d’œuvre en situations précaires ou encore issus d’agences d’intérim, la situation des travailleurs sans papiers, l’enjeu de cette nouvelle construction urbanistique dans le reste de la géographie, l’intérêt des usagers, des citoyens, des élus politiques, des chefs d’entreprises ne font l’enjeu que de minimes évocations quand elles ne sont pas du tout explorées. Ce qui n’empêche nullement la réalisatrice d’appuyer un regard social engagé pertinent sur la réalité du travail qu’elle filme avec le souci anthropologique de respecter l’intégrité de la retranscription de chacun.

Le film est ainsi un hommage aux hommes indénombrables qui ne sont jamais mis en avant au moment de l’inauguration des édifices architecturaux alors que ce sont pourtant eux qui ont construit tous ensemble « quelque chose de grand ». Cet hommage est appuyé par la beauté des images en noir & blanc qui soulignent la construction graphique de chaque plan, où le froid des matériaux et outils se retrouvent animés d’une nouvelle âme. Ce film documentaire s’inscrit dans la continuité du travail photographique du monde du BTP réalisés plus d’un demi-siècle plus tôt autour des ouvriers qui ont conçu les gratte-ciels à New York. Au fur et à mesure du film, avec une prodigieuse subtilité, la réalisatrice propose de découvrir une image inédite où l’ordre de cette microsociété humaine éminemment masculine, est traditionnellement un « chantier interdit au public ». Ce regard artistique plastique sur le monde du travail pétri par un humanisme profond ne trouve son homologue que dans le fascinant documentaire de Juan Carlos Rulfo En el hoyo (2006) qui proposait aussi avec une conscience forte de la construction cinématographique une galerie de travailleurs du bâtiment au service de la construction de l’espace citadin.

Quelque chose de grand 
de Fanny Tondre

France, 2016.
Durée : 70 min
Sortie France du DVD : 8 janvier 2019
Noir & Blanc
Langue : français - Sous-titres : anglais.
Éditeur : Docks 66

Bonus :
Entretien avec la réalisatrice Fanny Tondre (30’)

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Aurélien Rousseau, l’autre caution de gauche de Matignon
Le nouveau directeur de cabinet d’Élisabeth Borne, Aurélien Rousseau, a été directement choisi par Emmanuel Macron. Sa réputation d’homme de dialogue, attentif aux inégalités, lui vaut de nombreux soutiens dans le monde politique. D’autres pointent sa responsabilité dans les fermetures de lits d’hôpitaux en Île-de-France ou dans le scandale du plomb sur le chantier de Notre-Dame.
par Ilyes Ramdani
Journal — Politique
Personnel et notes de frais : les dossiers de la députée macroniste Claire Pitollat
Dix-neuf collaborateurs en cinq ans, des accusations de harcèlement et des dépenses personnelles facturées à l’Assemblée : le mandat de la députée du sud de Marseille, candidate à sa réélection, n’a pas été sans accrocs. Notre partenaire Marsactu a mené l’enquête.
par Jean-Marie Leforestier et Violette Artaud (Marsactu)
Journal
Législatives : pour les femmes, ce n’est pas encore gagné
Plus respectueux des règles de parité que dans le passé, les partis politiques ne sont toujours pas à l’abri d’un biais de genre, surtout quand il s’agit de réellement partager le pouvoir. Nouvelle démonstration à l’occasion des élections législatives, qui auront lieu les 12 et 19 juin 2022.
par Mathilde Goanec
Journal
Orange : la journée des coups fourrés
Redoutant une assemblée générale plus problématique que prévu, la direction du groupe a fait pression sur l’actionnariat salarié pour qu’il revienne sur son refus de changement de statuts, afin de faire front commun pour imposer la présidence de Jacques Aschenbroich. Au mépris de toutes les règles de gouvernance et avec l’appui, comme chez Engie, de la CFDT.
par Martine Orange

La sélection du Club

Billet de blog
par Fred Sochard
Billet de blog
par C’est Nabum
Billet de blog
De l'art de dire n'importe quoi en politique
Le problème le plus saisissant de notre démocratie, c’est que beaucoup de gens votent pour autre chose que leurs idées parce que tout est devenu tellement confus, tout n’est tellement plus qu’une question d’image et de communication, qu’il est bien difficile, de savoir vraiment pour quoi on vote. Il serait peut-être temps que ça change.
par Jonathan Cornillon
Billet de blog
Qui est vraiment Élisabeth Borne ?
Depuis sa nomination, Élisabeth Borne est célébrée par de nombreux commentateurs comme étant enfin le virage à gauche tant attendu d'Emmanuel Macron. Qu'elle se dise de gauche, on ne peut lui retirer, mais en la matière, les actes comptent plus que les mots. Mais son bilan dit tout le contraire de ce qu'on entend en ce moment sur les plateaux.
par François Malaussena