Un visage de plus pour Pablo Escobar

En Colombie au début des années 1980, la journaliste et présentatrice de télévision Virginia Vallejo rencontre Pablo Escobar et devient sa maîtresse.

" Escobar" de Fernando León de Aranoa © DR " Escobar" de Fernando León de Aranoa © DR

Sortie DVD : Escobar de Fernando León de Aranoa

Ces dernières années, les fictions pour la télévision et le cinéma ayant pour sujet principal la vie de Pablo Escobar se sont multipliées. Après Benicio del Toro (Paradise Lost d'Andrea di Stefano), c'est au tour de Javier Bardem, autre acteur fulgurant, de prendre les traits du célèbre criminel. Qu'est-ce qui peut justifier cette nouvelle adaptation ? Le succès de la série Narcos sur Netflix ? De ce point de vue, difficile de rivaliser avec la série qui au fil des épisodes a pris le temps de documenter en détails l'ascension et la chute de Pablo Escobar. Pourtant, telle est bien la mauvaise option de Fernando León de Aranoa dont le scénario est au service de la fascination d'un criminel aux excès hors normes. Pour qui aura vu la série, le film Escobar n'aura qu'un intérêt limité. L'originalité du projet se situait précisément au départ dans ledit scénario, adaptation du livre de Virginia Vallejo, Pablo, je t’aime, Escobar, je te hais (Amando a Pablo, odiando a Escobar). Or, le point de vue de la journaliste et maîtresse de Pablo Escobar est complètement abandonné en cours de récit, le film relevant tout de même le défi de devenir misogyne à partir de ce récit féminin. Son personnage, interprété par Penélope Cruz, est très rapidement évacué du film, réapparaissant parfois maladroitement en voix off sans aucune crédibilité : la majorité des scènes entièrement centrées sur Pablo Escobar ne sont en aucun cas le regard de la journaliste. Ce personnage est réduit à la fonction de faire-valoir, comme tous les autres personnages féminins dans une mise en scène d'une misogynie décomplexée, comme c'était d'ailleurs le cas dans le précédent film de Fernando León de Aranoa : A Perfect Day. Quant au contexte sociohistorique de la Colombie des années 1980, elle est également évacuée alors que cette approche aurait pu permettre de comprendre l'ascension d'Escobar. Dernière négation de la réalité colombienne rencontrée : le choix de tourner en anglais alors que les acteurs comme le cinéaste lui-même sont hispanophones. Même la série Narcos avait mis en scène l'histoire en Colombie à travers la langue originale.
Que reste-t-il du film ? Un biopic sans aucune originalité d'une figure contemporaine du capitalisme sauvage. S'il fallait garder une séquence du film, serait bien celle où Escobar fuit cul nu à travers la forêt, portrait d'un monstre difforme qui n'a plus rien de séduisant après le viol d'une jeune fille vendue par ses parents. Quant à la dimension politique de l'implication des USA en Colombie, elle est complètement évacuée comme pour toucher dans le bon sens du poil le public de ce pays, ce qui justifie aussi la version de tournage en anglais. Il reste malgré tout la seule phrase des dialogues de Virginia Vallejo qui fasse la force de son personnage, quand elle précise que les USA interviennent n'ont pas pour lutter contre la drogue sur leur territoire mais plutôt pour récupérer un flux monétaire qui leur échappe.

 

 

dvd-escobar
Escobar
Loving Pablo
de Fernando León de Aranoa
Avec : Javier Bardem (Pablo Escobar), Penélope Cruz (Virginia Vallejo), Peter Sarsgaard (Shepard), Julieth Restrepo (Maria Victoria Hena), Óscar Jaenada (Santoro), Fredy Yate (Pelado), Ricardo Niño (Careta), Pedro Calvo (Gatillero), Joavany Alvarez (Ignacio Velarde), David Valencia (Santos), Santiago Londoño (Hermosilla), Juan Sebastián Calero (Carlos Corral), Quique Mendoza (Abel Monje), Giselle Da Silva (Olguita Arranz)
Espagne, 2017.
Durée : 123 min
Sortie en salles (France) : 18 avril 2018
Sortie France du DVD : 22 août 2018
Couleur
Langues : anglais, français - Sous-titres : français.
Éditeur : M6 Vidéo

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.