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Billet de blog 21 décembre 2024

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"L'Armoire volante" de Carlo Rim

Lorsque la tante âgée d'Alfred Puc décède, le chauffeur affolé du camion prend la décision folle de cacher son corps dans l'armoire qu'il transporte. Or, le camion est volé ainsi que l'armoire. Apprenant la situation, Alfred n'aura d'autre objectif pour les jours à venir que de retrouver le cadavre de sa tante.

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Illustration 1
L'Armoire volante de Carlo Rim © Pathé

Sortie de l'édition Blu-ray : L'Armoire volante de Carlo Rim au sein du coffret « 3 films avec Fernandel »

Film méconnu car peu diffusé, L'Armoire volante (1948) de Carlo Rim a son rôle prépondérant dans la filmographie de Fernandel puisqu'il marque le retour de l'acteur qui avait perdu son public depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La réalisation du film est confié à Carlo Rim avec lequel l'acteur avait coréalisé son premier film Simplet (1942). Le réalisateur signe d'ailleurs ici le scénario, preuve supplémentaire de son propre investissement sur le film. Il en découle un point de vue inédit avec une comédie à l'humour noir passant au film noir, avec un mélange des genres plutôt subtile.

Quant à Fernandel, contrairement à d'autres films, il est d'une surprenante sobriété de jeu, ce qui permet de construire une mise en scène ambitieuse avec l'appui derrière la caméra de Nicolas Hayer, responsable des meilleurs films noirs du cinéma français comme Le Corbeau (1943) de Clouzot, Panique (1946) de Duvivier ou encore plus tard Le Doulos (1962) de Melville. Il en découle des plans travaillés selon l'esthétique expressionniste avec de savantes profondeurs de champ et les personnages des voisines sournoises délatrices éclairées en contre-plongée.

Autour de cette histoire rocambolesque de cadavre caché dans une armoire volatilisée, il est question en seconde lecture d'un vieux garçon qui désire la mort de sa tante alors qu'il ne peut avoir de sexualité comme en témoigne tout au long du film le récit, avec des femmes qui ne cessent de lui faire des avances qu'il ignore ou qu'il fuit. Dans la France d'après-guerre, il est ainsi question d'un désir d'émancipation tardive pour une masculinité en difficulté. De ce point de vue, le film dépasse la simple comédie innocente pour toucher des sujets encore tabou touché de front. Dès lors, la danse surréaliste des armoires vitrées dans l'escalier filmée en plongée signifie à la fois le désir multiplié d'une figure castratrice tout autant que la course-poursuite obsessionnelle d'un homme qui finit entouré avec sa propre image avec cette allée de vitres dans sa chambre qui finit par effrayer par une certaine folie obsessionnelle. Le dénouement lui-même est assez subtil et éminemment provocateur pour questionner le besoin de désirer la mort d'une figure maternelle.

Illustration 2

L'Armoire volante
de Carlo Rim
Avec : Fernandel (Alfred Puc, percepteur et neveu de Mme Lobligeois), Berthe Bovy (Mme Léa Lobligeois, la tante d'Alfred), Pauline Carton (Mme Ovide, la concierge des "Piégois"), Germaine Kerjean (Mme Couffignac, la concierge de Mr Puc), Marcel Pérès (Mr Fréjus, un déménageur), Louis Florencie (le notaire), Henry Charrett (Mr Caillol, l'autre déménageur), Gaston Modot (le voleur de camion), Annette Poivre (Mimi, la servante de l'hôtel des Innocents), Antonin Berval (Grand Charles, un truand), Yves Deniaud (Mr Martinet, le patron de l'hôtel des Innocents), Albert Dinan (P'tit Louis, un truand), Paul Demange (le Frisé, le truand assassiné), Christiane Sertilange (Mme Piégois, la jeune mariée), Edmond Beauchamp (le commissaire de la perquisition), Maximilienne (la commandante de l'armée du salut), Nina Myral (une commère, voisine de M. Puc), Robert Pizani (le docteur Rastouin), Jean Daurand (M. Piégois, le jeune marié), Zélie Yzelle (une commère voisine de M. Puc), Jean Toulout (Richaud, le comédien), Rivers Cadet (Mr Boirot, le patron déménageur), Frédéric O'Brady (un inspecteur à la perquisition), Katherine Kath (Cora, la comédienne avec le sandwich), Palmyre Levasseur (une vieille actrice), François Richard (Le premier commissaire), Jacques Tarride (le commissaire-priseur), René Hell (Le metteur en scène de la pièce), Albert Michel (un agent cycliste qui aide à remonter la malleJean Temerson (un habitué du café), Luc Andrieux (un habitué du café), André Bervil (un habitué du café et un agent cycliste), Marcel Loche (Mr Cornu, un employé du fisc), Albert Broquin (un inspecteur), Henry Gerrar (un employé), René Lacourt (un salutiste), Emile Riandreys (un acheteur à la salle des ventes), Odette Barencey (Mme Pouladoux, une employée du fisc), Georges Sauval (le cafetier), Albert Malbert (l'homme des consignes), Marcelle Monthil (une cliente pour la succession), Marcel Melrac (un voleur de camion), Tristan Sévère-Raymond Gitenet (le partenaire de Richaud), Noël Robert (le cafetier du botin téléphonique), Georgé (l'antiquaire), Édouard Francomme (l'accessoiriste sur la scène du théâtre), Pierre Duncan (un déménageur), Charles Lavialle (le cafetier des "Innocents"), Lilian Charpentier, Paola Manelli, Émile Mylo, Jacques Chevalier
France – 1948.
Durée : 90 min
Sortie en salles (France) : 29 octobre 1948
Sortie France du coffret Blu-ray : 11 décembre 2024
Format : 1,37 – Noir & Blanc
Langue originale : français.
Éditeur : Pathé
Bonus :
« Fernandel par (Vincent) Fernandel » : Rencontre du petit-fils de Fernandel par Bertrand Tessier (61’43”)

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