Peter Mullan, en chef de la pègre de Brighton confronté à la maladie d’Alzheimer

Sortie DVD de The Fear, série intégrale en 4 épisodesRichie Beckett est un puissant promoteur immobilier de Brighton. Derrière cette façade se cache un important chef de la pègre régnant sur toute la ville avec la complicité des hauts fonctionnaires de la police et d’hommes politiques. Cal, l’un de ses deux fils, s’est dangereusement approché de la mafia albanaise qui cherche à installer son propre business. Lorsque la situation devient critique, c’est Richie qui est appelé à la rescousse mais celui-ci commence à avoir un comportement étrange, sombrant dans des accès de colère et de pertes de mémoire.

Sortie DVD de The Fear, série intégrale en 4 épisodes

Richie Beckett est un puissant promoteur immobilier de Brighton. Derrière cette façade se cache un important chef de la pègre régnant sur toute la ville avec la complicité des hauts fonctionnaires de la police et d’hommes politiques. Cal, l’un de ses deux fils, s’est dangereusement approché de la mafia albanaise qui cherche à installer son propre business. Lorsque la situation devient critique, c’est Richie qui est appelé à la rescousse mais celui-ci commence à avoir un comportement étrange, sombrant dans des accès de colère et de pertes de mémoire.

 

 

Pour cette série anglaise en quatre épisodes de 50 minutes chacun, ce n’est rien moins que Le Roi Lear de William Shakespeare qui a inspiré le créateur de la série, Richard Cottan. Le récit est mis au goût du jour avec la maladie d’Alzheimer mais aussi le milieu de la pègre. Le projet est assez ambitieux et dès le premier épisode il tient plusieurs de ses promesses. Une des très grandes forces de la série, c’est bien évidemment Peter Mullan, qui reste au cœur du récit au fil des épisodes, malgré un comportement qui pourrait couper court à la complicité entre le spectateur et son personnage. L’avancée de la maladie, rendra paradoxalement ce personnage plus humain qu’il ne l’a sans doute jamais été jusque-là (la distance entre les membres de la famille au début du récit le laisse supposer). L’enjeu scénaristique de cette maladie est de faire revenir les « fantômes du passé » de cet homme puissant, qui cache un événement particulièrement traumatique. Le spectateur est ainsi invité à se rapprocher du personnage principal puisque lui aussi est amené à s’interroger sur son passé. Des portes sont entrouvertes et des hypothèses peu à peu émises. Mais il y a aussi des fausses pistes, aussi bien dans les comportements des personnages que dans l’interprétation des événements eux-mêmes. L’attention du spectateur est ainsi sans cesse sollicitée.

Les dialogues sont soignés, certaines réparties devenant mémorables. Et le final du premier épisode est des plus époustouflant, la maladie neurologique du personnage devenant ouvertement une métaphore du développement de la criminalité dans une société. Comme si la mémoire des événements passés, savoir comment s’est construit une société était la condition sine qua non pour une organisation sociale saine. Cette réflexion citoyenne n’est pas gratuite et laisse envisager de riches métaphores par la suite. Pour autant, la série ne va pas crescendo au fil des épisodes, mais en suivant un égal tempo, malgré un petit ralentissement entre le deuxième et le troisième épisodes. À l’instar de l’œuvre shakespearienne, il y a bien une réflexion sur le pouvoir à travers la démence d’un homme de pouvoir remettant en cause tout un système qui cherche à se perpétuer. L’enjeu central de la série étant l’évolution du personnage principal, le milieu de la pègre et la mafia albanaise sont peu à peu mis entre parenthèses, perdant parfois en crédibilité. C’est que la série ne prétend aucunement à traduire une réalité sociologique, à l’instar des films de Ken Loach, par exemple. La série s’est ainsi posé des limites infranchissables pour rester dans le seul récit, sans vouloir embrasser une réalité, celle de Brighton en l’occurrence. La corruption qui touche plusieurs corps de l’État (ainsi que le milieu de l’art contemporain financé par de l’argent sale), ne donne guère un portrait réjouissant de la démocratie anglaise. Mais le constat s’arrête là, n’allant pas jusqu’à disséquer les raisons de cette corruption et la prise de pouvoir par la pègre de toute une partie de la ville. Pour apprécier cette série, il faut ainsi en accepter les limites. Le récit est ensuite suffisamment haletant pour s’y laisser prendre. La réalisation et la mise en scène quant à elles ne sont pas des plus extraordinaires, certains choix de cadrages apparaissant artificiels et pléonasmiques, lorsqu’il faut souligner la démence du personnage. Le véritable auteur de la série est donc son créateur et scénariste, Richard Cottan. Ajoutons à cela une brillante prestation de Peter Mullan, qui le doit plus à son talent et son expérience personnelle, qu’à la direction d’acteurs : il manque souvent de véritables interactions entre les personnages. Au final, la série se suit sans déplaisir et avec un intérêt certain.

 

The Fear

Royaume-Uni, 2012

Création et scénario : Richard Cottan

Réalisation : Michael Samuels

Avec : Peter Mullan (Richie Beckett), Harry Lloyd (Matty Beckett), Anastasia Hille (Jo Beckett), Paul Nicholls (Cal Beckett), Demosthenes Chrysan (Vajkal), Dragos Bucur (Marin), Richard E. Grant (Seb Whiting)

Durée totale : 3 h 28 min

Date sortie du coffret DVD : 6 mai 2014

Version originale sous-titrée - version française

Éditeur : Éditions Montparnasse

DVD 1
Épisode 1 - Démence criminelle
Épisode 2 - Monnaie d’échange

DVD 2
Épisode 3 - Le Fantôme du passé
Épisode 4 - La Revanche des Albanais

 

 

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