Éloge de la recherche face aux obscurités des certitudes

Sortie Blu-ray de L’Œil de l’astronome, de Stan NeumannEn 1610, pendant une dizaine de jours l’astronome de la cour impériale de Rodolphe II, Kepler, a entre ses mains le télescope inventé par Galilée. Il en profite pour observer le ciel et aussi comprendre les règles optiques qui régissent ce fascinant outil.

Sortie Blu-ray de L’Œil de l’astronome, de Stan Neumann

En 1610, pendant une dizaine de jours l’astronome de la cour impériale de Rodolphe II, Kepler, a entre ses mains le télescope inventé par Galilée. Il en profite pour observer le ciel et aussi comprendre les règles optiques qui régissent ce fascinant outil.

 © Les Films du Paradoxe © Les Films du Paradoxe
 

Depuis plus de vingt ans, Stan Neumann poursuit une carrière atypique dans le cinéma en réalisant régulièrement des documentaires sur le monde de l’art mais pas seulement. Ainsi, Les Derniers Marranes, Apparatchiks & businessmen, Une maison à Prague offrent un regard personnel et percutant sur une Europe peu visible mais pourtant bien réelle. Cette interrogation sur l’invisible rendu visible se poursuit autour d’un moment de la vie du célèbre astronome Johannes Kepler. Loin du biopic psychologique aux multiples personnages et au récit qui s’étire de la naissance à la mort d’un personnage historique hors du commun, Stan Neumann a choisi de focaliser son regard et son attention sur une dizaine de jours de la vie dudit scientifique. Plus qu’à la psychologie de l’homme, le cinéaste s’intéresse à la passion scientifique en pratique. Et en l’occurrence, la réflexion sur les prémices de l’optique n’est pas sans rappeler le cinéma lui-même, permettant ainsi de multiples pistes de réflexion sur le cinéma et la passion qui anime ceux qui s’y consacrent. Comme le titre l’indique, ce qui importe ici est le regard du personnage principal sur son objet d’étude, qui le fait autant s’intéresser à ce que son outil révolutionnaire permet de voir, que cet outil lui-même. Transparaît dès lors à travers cette figure historique une éthique de la fabrication cinématographique : concevoir des images en prenant compte les outils de la prise de vue en perpétuel changement, comme en a témoigné récemment la prise de pouvoir phénoménale et internationale du numérique.

L’intérêt du film de Stan Neumann est encore de placer la pensée de son personnage principal à travers les idées de son époque : ce que l’on peut appeler l’obscurantisme au singulier mais qui se décline en vérité au pluriel. Alors que l’Europe est encore exsangue des guerres de religion loin des d’être terminées, chacun y va de ses explications pour appréhender un monde chaotique. Et Kepler n’est pas le plus « rationnel » ou serein, mais bien passionné, parfois illuminé et mystique, avec cependant une clairvoyance qui lui fait percevoir la lumière derrière l’écran. C’est là un bel hommage à la diversité de pensée et la tolérance nécessaire pour construire un monde plus harmonieux. Ce type de message reste aussi bien valide à l’époque de Kepler que de nos jours.

 

 

L’Œil de l’astronome

de Stan Neumann

Avec : Denis Lavant (Kepler), Airy Routier (Bernard), Max Baissette de Malglaive (l’enfant), Jérôme Derre (Wacken), Jean-Claude Bolle-Reddat (Pistorius), Élise Caron (la princesse Lobowtiz), Lou Castel (le vieil astronome)

France – 2011.

Durée : 90 min

Sortie en salles : 22 février 2012

Sortie France du DVD : 20 septembre 2012

Format : 1,77 – Couleur

Langue : anglais - Sous-titres : français.

Éditeur : Les Films du Paradoxe

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