Une autobiographie documentaire de Yannick Bellon

Avant sa disparition le 2 juin 2019, Yannick Bellon avait réalisé son film testament. Dans ce documentaire, elle livre son autobiographie autour du cinéma, de la télévision, de la photographie et du théâtre.

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Sortie DVD : D’où vient cet air lointain ? de Yannick Bellon

Cette édition DVD consacrée au dernier film réalisé par Yannick Bellon comprend également plusieurs de ses courts métrages dont certains restés inédits à cause de la censure du gouvernement français qui estimait que ses films donnaient une mauvaise image de la France à l’étranger. Telle était l’épée de Damoclès qui faillit briser l’élan des intentions de cinéma de Yannick Bellon dès son premier court métrage documentaire Goémons (1948) mais qui fut salué du Grand Prix International du Documentaire au festival de Venise, ce qui lui permit d’être diffusé. Ce film est né d’une école buissonnière, puisque Yannick Bellon a quitté l’IDHEC pour rejoindre la Bretagne filmer sans plus attendre. Cela lui a permis sans doute de s’affranchir dès ses débuts d’une corporation qui laissait peu de place aux femmes pour la réalisation des films de fiction. Dans son documentaire autobiographique D’où vient cet air lointain ? Chronique d’une vie en cinéma Yannick Bellon plonge dans son parcours de vie où elle passe une enfance très inspirée par sa mère, la photographe Denise Bellon ainsi que par son oncle Jacques Brunius, artiste touche-à-tout et un entourage surréaliste effervescent. Avec sobriété, honnêteté et humilité, Yannick Bellon raconte une histoire marquée par le cinéma mais aussi et surtout par ses contemporains, qu’ils soient artistes ou des anonymes non médiatisés qui ont sans cesse inspirer ses récits. En huit longs métrages, elle a posé un nouveau regard sur des sujets tabous pour l’époque : la détresse d’une épouse après un divorce (La Femme de Jean, 1974), la banalisation du viol des femmes dans la société française (L’Amour violé, 1978), le cancer du sein (L’Amour nu, 1980), l’homosexualité masculine (La Triche, 1984), la destruction ornithologique liée à la pulsion de destruction masculine (L’Affût, 1992)… En différentes circonstances, au cinéma comme au théâtre, Yannick Bellon a pu bénéficier du soutien et de la complicité de sa sœur actrice et metteuse en scène Loleh Bellon, pour des sujets éminemment politiques, devenant ainsi féministe non par militantisme mais par son implication dans les sujets qu’elle a traité au cinéma dans une industrie qui ne laissaient à ceux-ci aucune place.
Yannick Bellon a énormément contribué à la place des réalisatrices dans le cinéma au même titre qu’Alice Guy et Agnès Varda, ouvrant les portes dans les années 1990 à une nouvelle génération de femmes qui pouvaient trouver grâce à sa ténacité la légitimité de développer leur propre parcours. Que l’on connaisse ou la cinéaste, ce coffret donne une véritable envie de parcourir toute sa filmographie, avec ses courts métrages documentaires ou de fiction, répondant ou non à des commandes mais avec un véritable désir de placer son ton personnel, comme dans le film Main basse sur Bel (1963)qui devait louer la fromagerie Bel et son Babybel dont la cinéaste fait une parodie de film de gangsters. Son court métrage Colette rend hommage avec une profonde et sincère complicité à l’artiste qui allait décéder deux ans plus tard. Varsovie quand même (1955) est essentiellement un travail de montage à partir d’archives faisant le récit d’une ville sacrifiée qu’Hitler avait décidé de rayer de la carte. Il manque cependant au film l’attitude cyniquement attentiste de l’Armée rouge de Staline qui a laissé mourir la résistance polonaise lors de l’insurrection que dénoncera Andrzej Wajda deux ans plus tard avec une grande lucidité politique dans son film Kanal (1957). Zaa petit chameau blanc (1960) commandé au profit du tourisme en Tunisie est une touchante chronique enfantine dont le héros est un jeune chameau qui baigné de ses couleurs chatoyantes et de son dynamisme anticipe la poésie des contes de Kiarostami dédiés à l’enfance dès les années 1970 et prolonge le récit d’aventure d’un Crin Blanc (1953) d’Albert Lamorisse qui avait aussi réalisé en Orient Bim le petit âne en 1950. Un matin comme les autres (1956) avec Simone Signoret, Loleh Bellon et Yves Montand est un court métrage qui dénonce les expulsions de logements de personnes en situation de précarité. Ce film s’intégrait dans un film à sketch intitulé La Rose des vents (Die Windrose) produit par Joris Ivens, dont Alberto Cavalcanti, Sergueï Guerassimov, Gillo Pontecorvo, Alex Viany, Wu Kuo-yin et Joris Ivens sont les autres réalisateurs participant à ce projet. Yannick Bellon a su ainsi s’intégrer dans des récits aussi bien fermement parisien, puisque Paris est une ville qui l’a beaucoup inspiré devenant le personnage principal de Jamais plus toujours (1976), qu’universel et atemporel dans son propos.

 

 

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D’où vient cet air lointain ? Chronique d’une vie en cinéma
de Yannick Bellon

France, 2018.
Durée : 88 min

4 courts métrages restaurés et numérisés avec le soutien du CNC :
Goémons – 1948 – 24 min - Sur l’île de Béniguet, huit ouvriers agricoles récoltent le goémon noir. Grand Prix du Documentaire au Festival de Venise
Colette – 1952 – 30 min - L’écrivaine Colette passe en revue les diverses maisons qu’elle a habitées depuis son enfance.
Varsovie quand même – 1955 – 17 min - Libérée en janvier 1945, Varsovie n’est plus que ruines et désolation.
Zaa petit chameau blanc – 1960 – 28 min - Les tribulations de Zaa le petit chameau blanc, avec son ami Aïdi.

3 courts métrages inédits :
Un matin comme les autres – 1956 – 29 min - Janine Alix, jeune institutrice, prend la défense de pauvres gens que l’on veut expulser sans les reloger.
Avec Simone Signoret, Loleh Bellon et Yves Montand.
Main basse sur Bel – 1963 – 22 min - Polar parodique mettant en scène une mafia organisant un hold up de fromages.
Avec Alain Cuny et Michel Robin.
Premières Impressions de Paris – 1946 – 2 min - Diverses images de Paris, et en particulier de Montmartre.
Diffusion télévisée (France) : 20 octobre 2018
Sortie France du DVD : 10 décembre 2018
Couleur et Noir & Blanc
Langue : français.
Éditeur : Doriane Films

Bonus :
En marge de Goémons (65 min)
Extraits de tournage de Un Matin comme les autres 13 min
Des séquences non montées de Colette (40 min)
Un livret illustré de 16 pages d’Éric Le Roy

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