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28e édition des Œillades, Festival du Film Francophone d’Albi 2024 : Trois amies d'Emmanuel Mouret
Depuis le début des années 2000 Emmanuel Mouret enchaîne les films autour des thématiques amoureuses dont il redistribue sans cesse les cartes tout en gardant les mêmes thématiques. Il en résulte autour de la filmographie qu'il développe au fil des années un monde particulièrement identifiable qu'il a pris confiance à développer avec ses équipes devant et derrière la caméra, de son public et encore de la critique. Il se situe en héritier à la fois de Marivaux, de Guitry, de Rohmer et de Woody Allen avec une pudeur dans l'approche des relations amoureuses qui fait sans cesse sortir ses personnages dans leur inscription sociologique contemporaine. Il s'agit en effet d'un environnement où les dynamiques des conflits sociaux n'ont pas besoin d'être reflétées, dans un refus absolu de la modernité pour mieux se laisser irriguer par les époques de l'amour courtois non révolues. Morale et conscience de l'autre s'invitent ainsi dans les problématiques des personnages les amenant à se construire où la pensé raisonnante vient tout de suite questionner dans un dialogue ouvert l'attraction physique.
Comme en témoigne de manière concise et explicite ce nouveau film, ce sont trois visions de l'amour qui sont vécues par des femmes liées entre elles par l'amitié. Comment l'amour dans un couple sans passion réciproque peut-il être le terreau épanouissant des individualités ? Telle est l'une des questions morales du personnage incarné par India Hair qui va lancer la première intrigue. Les hommes sont quant à eux ici des personnages secondaires, faire valoir élégants des premiers rôles même si le narrateur en voix off est le fantôme d'un personnage masculin disparu, qui met en scène son récit en véritable alter ego du metteur en scène. Les personnages sont très finement écrits avec des dialogues savoureux dans chacune des scènes rendant encore plus délicieuses les explorations des sentiments avec la confrontation entre les idéaux et la réalité pragmatique de la complexité du cœur. Les liens se font et se défont tout au long du film en fonction des disponibilités et des croyances du cœur avec des synchronicités sans cesse en mouvement, ce qui offre un véritable ballet des émotions entre les personnages. Cela aboutit également à des drames sans pour autant que ceux-ci viennent assombrir le tableau impressionniste d'un récit qui s'installe parmi les couleurs de l'automne à Lyon.
Emmanuel Mouret connaît également le grammaire cinématographique sur le bout des doigts avec des cadrages et des mouvements de caméra qui viennent sans cesse rappeler le positionnement des personnages et leurs interactions. Ainsi, les séquences filmées dans les appartements mettent en scène l'enfermement des personnages, notamment de la volonté de faire couple et donc foyer dans un projet qui ne se révèle pas partagé.
Les couples se font et se défont au fur et à mesure pour des raisons dont s'alimente largement l'intrigue tout en rappelant la manière dont les cœurs répondent à des spontanéités préétablies selon les histoires de vie de chacun. Le monde des professeur es permet ici d'ailleurs, en dehors d'une réalité contemporaine qui n'intéresse pas le cinéaste, de témoigner d'un cocon de personnages qui restent dans un entre-soi où l'accès à la maîtrise de la connaissance rassure alors que les mouvements du cœur les plongent dans une profonde vulnérabilité faute de contrôle et d'horizon de projections explicites.
Tout en mettant en avant le jeu lumineux à la psychologie introvertie d'une douce innocence tragique d'India Hair, Emmanuel Mouret fait vivre et les différentes figures de la féminité avec Camille Cotin et Sara Forestier, leurs fantasmes masculins qui témoignent tous d'une touchante vulnérabilité dans des interprétations qui concordent avec précision à une musique d'orchestre à l'harmonie saisissante.
Trois amies
d'Emmanuel Mouret
Fiction
117 minutes. France, 2024.
Couleur
Langue originale : français
Avec : India Hair (Joan Belair), Camille Cottin (Alice), Sara Forestier (Rebecca Maillard), Damien Bonnard (Thomas Duval), Grégoire Ludig (Éric), Vincent Macaigne (Victor Harzouian), Éric Caravaca (Stéphane Leroi), Mathieu Metral (Martin), Hugues Perrot (Antonin), Laurent Roth (le CPE), Louise Vallas (Nina), Hanaé Alves (Héloïse), Philippe Chareyron (le proviseur), Laurent Crozet (le gendarme), Brice Fournier (l'agent immobilier), Louis Séguin (Léo), Pauline Andriot (la mère de Joan), Audrey Gomis, Jimmy Delourneaux, Aurore Ballerat, Maroussia Frolin, Sacha Niedermayer-Imbert, Thomas De la Teyssonnière, David Belmonte, Thibaut De Raymond Cahuzac
Scénario : Carmen Leroi et Emmanuel Mouret
Images : Laurent Desmet
Montage : Martial Salomon
Musique : Benjamin Esdraffo
Son : Maxime Gavaudan, Jean-Paul Hurier et François Méreu
Décors : David Faivre
Costumes : Bénédicte Mouret
Maquillage : Alice Robert
Casting : Constance Demontoy
Production : Frédéric Niedermayer
Coproduction : Rémi Burah et Olivier Père
Sociétés de production : Moby Dick Films
Société de coproduction ; Arte France Cinéma et Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma
Distributeur (France) : Pyramide Distribution
Sortie salles (France) : 6 novembre 2024