Cannes 2017: «Coby» de Christian Sonderegger

Dans le Middle-West américain, Suzanna, 23 ans, a décidé de devenir un garçon prénommé Coby.

"Coby" de Christian Sonderegger © Ciaofilm "Coby" de Christian Sonderegger © Ciaofilm

Sélection ACID du festival de Cannes

Dans le Middle-West américain, Suzanna, 23 ans, a décidé de devenir un garçon prénommé Coby. Cette transformation implique tout un monde autour de Coby, qu’il s’agisse de ses parents, de sa compagne et de ses collègues de travail. Christian Sonderegger suit Coby dans ses réflexions et son regard rétrospectif sur ce qu’il amène à être lui-même au moment où il est filmé. La démarche documentaire est ici d’autant plus pertinente qu’elle se situe entre le journal intime filmé résolument ouvert aux autres comme l’illustre cette première séquence où Coby face à une caméra d’ordinateur se filme dans le but de créer une vidéo diffusée sur YouTube. Le film navigue ainsi entre les médias de diffusion afin d’accompagner et porter une parole, celle du témoignage de Coby. Car il faut avouer que si depuis quelques années commencent à apparaître dans des films de fiction et de documentaire des hommes souhaitant devenir des femmes, l’inverse est étrangement absent. Comme si ce passage du sexe féminin au masculin était encore plus tabou que l’autre. Les raisons de cette absence dans les médias mérite sérieusement d’être longuement pensées pour comprendre les enjeux de la société actuelle. C’est pourquoi, Coby, le documentaire de Christian Sonderegger, est une œuvre d’autant plus essentielle par son sujet mais aussi par sa manière de le construire cinématographiquement. Le cinéaste pour son premier long métrage a en effet choisi de travailler Georgi Lazarevski, le chef opérateur et réalisateur de Zona franca qui sait marier avec une rare sensibilité et intimité lieux et personnages humains pour faire émerger un récit. À noter également au générique la présence de Marie-Castille Mention Schaar en tant que coproductrice : la réalisatrice des Héritiers (2014), du Ciel attendra (2016) offre ainsi un soutien et un engagement fort pour un sujet de société qui poursuit sa réflexion sur la place des femmes dans la société actuelle entre autres sujets forts inhérents à sa filmographie. Il est intéressant que le film commence comme une introduction de vidéos Internet pour continuer à se développer dans une approche complètement cinématographique, qu’il s’agisse des choix de tournage ou du rapport des individus à la caméra. C’est une manière de déplacer un sujet du média Internet à la salle de cinéma encore trop frileuse pour nourrir une réflexion chez le spectateur du devenir d’un personnage dans son expérience de l’altérité. Le film fait un étonnant métissage entre le documentaire classique avec des entretiens face caméras pour les parents de Coby, filmés posément sur leur siège alors que le témoignage du personnage éponyme est recueilli dans le cœur de sa vie en action. Ce choix de mise en scène permet ainsi de caractériser les personnes filmées, avec pudeur, sans manipulation idéologique d’individus au détriment d’autres : Coby dans ses choix n’est jamais montré comme luttant contre toute la société dans laquelle il s’inscrit, même si les États-Unis sont actuellement dans l’ère Trump. De même, il n’est jamais ici question de filmer des mouvements revendicatifs portés par la société civile, comme si le choix de vie de Coby s’inscrivait simplement par la force de son tempérament à l’égard de son entourage sans qu’il soit nécessaire pour lui de chercher à révolutionner l’ensemble de la société afin de se faire accepter.

coby-affiche

Coby
de Christian Sonderegger
documentaire
77 minutes. France - 2017.
Couleur
Langue originale : anglais

Avec : Jacob Hunt, Sara Mound, Ellen Hunt, Willard Hunt, Andrew Hunt
Scénario : Christian Sonderegger
Images : Georgi Lazarevski
Montage : Camille Toubkis
Mixage sonore : Christian Sonderegger
Montage sonore : Olivier Laurent
Musique : Marc Siffert
Production : Moïra Chappedelaine Vautier (Ciaofilm)
Coproduction : Marie-Castille Mention Schaar (Willow Films)
Vendeur international : Alpha Violet

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