L'effervescence créatrice du cinéma d'animation en France

Cette série documentaire consacrée au cinéma d'animation en France vient à point nommé souligner un phénomène artistique déterminant qui fait date dans l'histoire du cinéma.

Au sujet du DVD : Le Cinéma d'animation en France de Romain Delerps et Alexandre Hilaire

Cette série documentaire consacrée au cinéma d'animation en France vient à point nommé souligner un phénomène artistique déterminant qui fait date dans l'histoire du cinéma. En effet, depuis Kirikou et la sorcière de Michel Ocelot, le cinéma d'animation au format long métrage s'est installé durablement dans l'actualité des salles de cinéma et des festivals les plus prestigieux. La confiance de la part des professionnels aussi bien que du public est revenue, ce qui a permis cette véritable effervescence créatrice. Cette série documentaire complète parfaitement le récit patiemment tracé par l'ouvrage récent de Laurent Valière : Cinéma d'animation la french touch (ARTE Éditions & Éditions de La Martinière). Elle se compose de trois volets de 56 minutes chacun, respectivement intitulés : « Le dessin animé après Paul Grimault », « Des studios et des écoles » et « Un cinéma de tous les possibles ». Cette construction thématique épouse parfaitement cette riche histoire de l'animation en France, avec l'appui incontournable et très précieux des témoignages d'une très grande partie des cinéastes qui ont marqué cette évolution. Cette série documentaire a réussi un excellent choix de casting où les cinéastes comme les producteurs offrent leur point de vue contextualisé de la naissance de leur film, tout en montrant aussi leur conception artistique, filmés à l'ouvrage. Chaque cinéaste dispose d'un univers qui n'appartient qu'à lui, même si l'on trouve quelques traits communs et des communautés de sensibilités.
Les auteurs de cette série ont fait de Paul Grimault le père tutélaire du cinéma d'animation : effectivement, ce cinéaste a eu un rôle majeur aussi bien par ses films que la transmission qu'il a permise aux générations qui lui ont succédé en les accueillant dans ses studios. Ce fut d'ailleurs à la fois l'une des premières expériences conséquentes d'installation durable d'une production et d'un studio destiné au cinéma d'animation en France et c'est peu dire que la ténacité de Paul Grimault a porté de très beaux fruits ! Dans le deuxième volet, une place est accordée au rôle majeur des studios et des écoles en France qui sont apparues progressivement et ont permis cette diversité des expressions artistiques en offrant les moyens techniques et un apprentissage concret des différents savoir-faire. Folimage à Valence fondée par Jacques-Rémy Girerd est l'exemple type d'un lieu foisonnant accueillant en résidence des artistes du monde entier, aussi bien qu'une école et un studio où naissent les films des cinéastes les plus notables de l'animation de ces dernières décennies. Ces studios et écoles ont l'avantage de s'être implantés partout en France, aussi bien que les sociétés de production, alors que l'industrie du cinéma en prise de vue réelle (pour faire court) est majoritairement centré à Paris et en région parisienne. Il faut croire que cette diversité d'implantation a permis également de générer et accompagner une diversité de regards et sensibilités qui n'appartenaient plus à une même communauté, bien qu'élargie, d'artistes et d'intellectuels associés à la culture.
Dans le troisième et dernier volet, il est démontré que la richesse de cette animation vient aussi des ponts dressés entre le cinéma et diverses disciplines, qu'il s'agisse de la bande dessinée, de la publicité, de la télévision, de la peinture, de la sculpture, de la photographie, etc. Chaque univers a nourri un nouveau rapport au cinéma d'animation, le réinventant sans cesse et élargissant par la même occasion ses propres frontières tellement étanches qu'elles finissent par disparaître, l'animation s'intéressant ainsi depuis quelques temps avec des résultats remarquables au documentaire. Tous ces précieux témoignages nourrissent une véritable compréhension contextualisée de ce qui se joue à l'intérieur du cinéma d'animation avec un véritable enthousiasme contagieux. Il est vrai que les difficultés économiques, le manque de visibilité dans les festivals, la bataille menée pour trouver une place de diffusion dans les salles de cinéma alors que les blockbusters écrasent volontairement l'affirmation d'une diversité, restent dans l'ombre, les auteurs de cette série documentaire ne souhaitant que partager leur enthousiasme. Mais là encore, comme tout choix de regard, on peut trouver des limites, ce qui n'empêche pas, bien au contraire de se nourrir des témoignages précieux de cinéastes comme Sébastien Laudenbach, Michel Ocelot, Arthur de Pins, Sylvain Chomet, Cécile Rousset, Jacques-Rémy Girerd, Florence Miailhe, Pierre-Luc Granjon, Jean-François Laguionie, Marjane Satrapi, Jacques Colombat... pour ne citer quelques noms. En outre, cette série laisse une large part aux extraits de films d'animation dont les interlocuteurs parlent, rendant à la fois dynamique et moins abstraite cette histoire passionnante du cinéma d'animation en France. Ajoutons à cela l'excellente initiative de l'éditeur DVD Doriane Films d'associer à ces documentaires un second DVD comportant 17 courts métrages d'une durée totale de 135 minutes, illustrant différentes techniques d'animation et d'univers de cinéastes.

 

 

dvd-cinema-danimation

Le Cinéma d'animation en France
une série documentaire de Romain Delerps et Alexandre Hilaire
France – 2016.
Durée des films : 171 min
Durée des bonus : 135 min
Sortie France du DVD : 10 juin 2016
Couleur
Langue : français.
Éditeur : Doriane Films
Bonus :
17 courts métrages d'animation :
La Demoiselle et le violoncelliste de Jean-François Laguionie
Le Vélo de l’éléphant d’Olesya Shchukina
Paul de Cécile Rousset
Monstre sacré de Jean-Claude Rozec
Shéhérazade de Florence Miailhe
Le Petit Cirque de toutes les couleurs de Jacques-Rémy Girerd
L’Automne de Pougne de Pierre-Luc Granjon
La Femme papillon de Virginie Bourdin
Le Petit Dragon de Bruno Collet
Le Printemps de Jérôme Boulbès
Vasco de Sébastien Laudenbach
La Belle-fille et le sorcier de Michel Ocelot
Cadavre exquis, Collectif
Essai (écran d’épingles) de Florence Miailhe
Essai (écran d’épingles) de Pierre-Luc Granjon
Étreintes (teaser, écran d’épingles) de Justine Vuylsteker
Essai (écran d’épingles) de Cerise Lope

lien vers le site de l’éditeur

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.