Cédric Lépine
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Billet de blog 24 janv. 2018

Aristocratie hongroise désargentée et tziganie retrouvée

Un jeune aristocrate désargenté répondant au prénom Jonas recherche à mettre la main sur le château dont son père avait la responsabilité. Il rencontre sur son chemin Saffi dont il ignore encore qu’elle est la fille du défunt pacha turc.

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"Princesse Saffi" d’Attila Dargay © Clavis

À propos de l’édition DVD : Princesse Saffi d’Attila Dargay

Dans la Hongrie du XVIIIe siècle, le pays subit les ravages de la guerre opposant les troupes autrichiennes aux garnisons turques : le cadre historique est donné dans la première séquence où les héros principaux ne sont pas encore en âge d’être au centre du récit, l’un jeune enfante et l’autre bébé. Ce long préambule historique avant que ne commence le récit central du conte, a une vertu didactique et peut surprendre les non initiés. L’originalité du récit consiste à mettre en avant un jeune aristocrate écervelé incapable de voir sous ses yeux l’amour que lui destine la plus belle femme du monde et qui n’est autre que la princesse Saffi, tant il est préoccupé de retrouver son statut nobiliaire. Et pourtant, il a été élevé par la communauté tzigane qui est finalement sa vraie famille qui lui transmet les meilleures valeurs. C’est au bout du conte le grand message original de cette histoire qui multiplie les intrigues un peu gratuitement avec un gouverneur stupide et colérique dont il faut sans cesse dissiper la soupape de la tension accumulée sous sa perruque. Ce dessin animé est adapté du roman Le Baron tzigane (1885) de Mór Jókai, célèbre et prolifique écrivain hongrois. Il y a un grand enjeu à revisiter l’histoire du pays alors sous le joug soviétique dans les années 1980 dans un film destiné au jeune public. L’animation tout en rondeur et mouvements fluides et naturalistes des personnages, touche à la fois à la grâce du dessin de Disney des années 1940 et de Paul Grimault, véritable plaisir esthétique plus de trois décennies après la réalisation de ce film alors que la production de l’animation est actuellement dominée une imagerie assistée par ordinateur dont la majorité de la production offre une image d’autant plus laide qu’elle est dépourvue d’âme, celle d’un trait artisanal. Pour autant, le film d’Attila Dargay n’explore pas la verve poétique d’un Grimault, ni la fantaisie esthétique d’un Michel Ocelot. Ce cinéaste hongrois est un des piliers du cinéma d’animation dans son pays et il est fascinant de découvrir l’univers qu’il a pu développer alors qu’il avait les moyens économiques de réaliser des longs métrages d’animation au moment où en France durant la décennie 1980 la situation du cinéma d’animation était quasi inexistante. On voit là un savoir-faire dans l’animation qui se poursuit jusqu’à nos jours. Là où le bât blesse, c’est la représentation de la femme qui est mise en avant dans le titre mais qui n’a aucun rôle majeur dans le film entièrement porté par un jeune homme : dès lors ladite princesse se contente d’attendre avec passion et raison le retour de son héros et lui offrant par la même occasion s propre dot. Le statut de la femme objet d’une quête initiatique d’un personnage masculin est encore ce que l’on peut constater dans les plus récents contes animés de Lajos Nagy dont les films ont été distribués en France sous un programme de courts métrages intitulé Le Petit roi et autres contes. C’est une très grande limite de ce scénario dont les imperfections sont par ailleurs salutaires, offrant des détours inattendus aux parcours des personnages.

Princesse Saffi
Szaffi
d’Attila Dargay
Hongrie – 1984.
Durée : 79 min
Couleur
Langue : français.
Éditeur : Clavis
Distributeur : Doriane

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