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Billet de blog 24 janvier 2025

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La Harpe de Birmanie (Biruma no tategoto) de Kon Ichikawa

En Birmanie, après la capitulation de l'empire japonais face aux USA et à ses allié.es en 1945, Mizushima, joueur de harpe japonais est envoyé auprès d'un groupe de militaires japonais pour les convaincre de rendre les armes afin d'éviter un massacre. Face au constat des horreurs de la guerre, Mizushima se fait moine bouddhiste pour panser les plaies des âmes meurtries.

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Illustration 1
La Harpe de Birmanie Biruma no tategoto de Kon Ichikawa © Carlotta Films

Sortie Blu-ray : La Harpe de Birmanie de Kon Ichikawa

Une décennie après la fin du conflit militaire et peu de temps après le départ des forces armées étatsuniennes d'occupation, Kon Ichikawa se lance dans l'adaptation du livre de Michio Takeyama sorti pour la première fois en 1947 et qui repose sur l'histoire vraie d'un soldat japonais devenu bonze. Longtemps interdits par l'occupant, les films de guerre reviennent dans le cinéma japonais avec une nouvelle vigueur pour requestionner l'histoire récente et dépasser le traumatisme de la défaite et de la violence des pertes humaines.

En ce sens, La Harpe de Birmanie (Biruma no tategoto, 1956) est résolument antimilitariste dans sa volonté de faire disparaître toute source de conflits d'un côté comme dans l'autre, laissant devant représentés la caméra que des soldats et des civils qui ont hâte de sortir de la guerre et retrouver la vie civile, en dehors des derniers fous de guerre nippons dont le sort sera rapidement et dramatiquement scellé, ce qui impactera largement la destinée du héros.

Pour démontrer les horreurs de la guerre, Kon Ichikawa délaise les exactions commises pour faire de la guerre elle-même l'unique responsable sans visage de toutes les morts. Cela démontre une véritable volonté d'apaisement incarnée par la promotion de l'esprit bouddhiste qui innerve l'ensemble de la narration et de sa mise en scène, mais qui ne permet pas au film de devenir un outil de réflexion sur ce qu'a été la réalité de cette guerre avec les enjeux impérialistes du Japon.

Cet état d'esprit antimilitariste se retrouve d'ailleurs l'année suivante dans Les Sentiers de la gloire (Paths of Glory,1957) longtemps interdit de projection en France, mais dans une affirmation plus critique de l'armée et de ses hauts responsables irresponsables. Ici, l'armée n'est pas incriminé puisque l'esprit de corps est promu comme une véritable communauté bienveillante où chacun trouve sa place notamment dans le chœur chantant que les militaires forment. Cet esprit chantant se retrouve d'ailleurs de l'autre côté parmi les militaires anglais, ce qui leur permettra de dialoguer et de se rendre sans pertes humaines !

Le film est ainsi historiquement quelque peu irréaliste mais se trouve porté par un très beau souffle antimilitariste encouragé par la défense de l'esprit bouddhiste. En signe d'apaisement, la mise en scène participe à incarner au mieux cette philosophie avec des images certes glaçantes quand il s'agit de découvrir des cadavres mais douces et pleinement étudiées lorsque les personnages suivent leur long chemin vers la rédemption. Une œuvre magnifique et atemporelle encore portée par la douceur fascinante d'une vulnérabilité masculine touchante rarement montrée dans la représentation de l'armée à l'écran.

Illustration 2

La Harpe de Birmanie
Biruma no tategoto
de Kon Ichikawa
Avec : Rentarô Mikuni (le capitaine Inouye), Shôji Yasui (Mizushima), Jun Hamamura ( Ito), Taketoshi Naitô (Kobayashi), Shunji Kasuga (Maki), Kô Nishimura (Baba), Keishichi Nakahara (Takagi), Toshiaki Itô (Hashimoto), Hiroshi Hijikata (Okada), Tomio Aoki (Oyama), Norikatsu Hanamura (Nakamura), Sanpei Mine (Abe), Takashi Koshiba (Shimizu), Tokuhei Miyahara (Nagai), Yoshiaki Kato (Matsuda), Tomoko Tonai, Masahiko Naruse, Bin Moritsuka, Sôjirô Amano, Yôji Nagahama, Kunitarô Sawamura, Eiji Nakamura, Asao Sano, Shôjirô Ogasawara, Tanie Kitabayashi, Tatsuya Mihashi, Yûnosuke Itô, Shôki Fukae, Hiroshi Ichimura, Keiji Itami, Jun Kizaki, Ken Mikasa, Victor Minenko
Japon – 1956.
Durée : 117 min
Sortie en salles (France) : 26 avril 1957
Sortie France du Blu-ray : 21 janvier 2025
Format : 1,37 – Noir & Blanc
Langues originales : japonais, anglais, birman - Sous-titres : français.
Éditeur : Carlotta Films

Bonus :
Préface de Diane Arnaud, universitaire et critique de cinéma (2009, 12’13”)
« L’Histoire d’un soldat » par Claire-Akiko Brisset, professeure et spécialiste de la culture visuelle japonaise (2009, 23’33”)
Bande-annonce originale (HD, 3’40”, VOST)

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