John McTiernan ou la malédiction d'un actionmaker

C'est à l'intérieur même de l'industrie hollywoodienne que John McTiernan va dynamiter les cadres du récit classique sous l'apparence de films répondant aux attentes des majors hollywoodiennes.

Parution du livre John McTiernan, Hollywood, film d'action et politique de Kevin Karbowiak-Gillot

Après les années 1970 où un Nouvel Hollywood s'est construit autour d'une nouvelle génération de cinéastes qui ont pu imposer leur vision du cinéma, les années 1980 ont vu le retour en force des producteurs à l'heure où l'Amérique s'enfonçait dans l'idéologie reaganienne. Cette décennie a été marquée au cinéma par un nouveau culte de la figure du héros américain dans un genre promis à un retour sur recettes rapide : le film d'action. C'est l'ère des Schwarzenegger et Stallone bodybuildés, Chuck Norris luttant contre les ennemis de la patrie, etc. Dans cette ère prônant le retour du conservatisme d'une Amérique à nouveau refermée sur elle-même en quête de mythes trompeurs après les défaites militaires au Viet-Nam et l'implication politique et militaire du pays dans les différentes dictatures en Amérique latine, une nouvelle paranoïa autistique émerge. C'est à l'intérieur même de l'industrie hollywoodienne que John McTiernan va dynamiter les cadres idéologiques du récit classique sous l'apparence de films répondant aux attentes des majors hollywoodiennes : la rentabilité immédiate dans les salles. Après un méconnu Nomads, John McTiernan est appelé à assurer la réalisation du film Predator qui, avec Piège de cristal et À la poursuite d'octobre rouge, constituent sa « trilogie de l'excellence » consacrée au cinéma d'action.
L'enjeu de l'ouvrage de Kevin Karbowiak-Gillot est de défendre cette figure maudite du cinéma hollywoodien qui a été violemment éjectée de l'industrie même, alors que le cinéaste lui a offert des films devenus cultes et qui ont marqué durablement les années 1980 et 1990, notamment à travers les franchises Predator et Die Hard. Le programme est alors entièrement compris dans le sous-titre : l'auteur suit la filmographie de John McTiernan, de son apogée à la fin des années 1980 jusqu'au milieu des années 1990, jusqu'à son déclin associé à une condamnation de la justice américaine depuis les années 2000. La raison de cette mise à l'index de John McTiernan de la part d'Hollywood tient à la critique éminemment politique de ces films d'action. John McTiernan à cet égard suit un cheminement proche de celui de Paul Verhoeven, bien que celui-ci a connu une renaissance en tournant à nouveau dans des productions européennes. Cet ouvrage démontre la grande injustice qui se trouve au cœur du Cronos hollywoodien qui broie sans cesse ses propres enfants, pour brimer toute tentative de révolte. Les chapitres suivent la filmographie du réalisateur en situant brièvement le contexte politique dans lesquels ils s'inscrivent. Tout un système de correspondances est développé entre les films pour démontrer la personnalité unique de John McTiernan et redécouvrir le foisonnement stylistique et thématique de son univers. Sans parler de la politique d'un auteur, Kevin Karbowiak-Gillot explique que McTiernan a appris le cinéma en décortiquant La Nuit américaine de François Truffaut et en puisant ses références dans le cinéma de Ford, Hawks et Aldrich. Les années 1980 illustrent ainsi l'héritage du cinéma classique après l'expérience du Nouvel Hollywood, qui ont marqué durablement la plupart des cinéastes qui ont réalisé leurs premiers longs métrages durant cette décennie. Les analyses de Kevin Karbowiak-Gillot reposent le plus souvent sur le collectage patient des critiques de cinéma sur les films de McTiernan. C'est pourquoi il ne s'agit pas d'une réelle monographie du cinéaste, l'auteur du livre renvoyant à cet égard à la lecture du livre John McTiernan, le maître du cinéma d'action de Claude Monnier. En moins de 200 pages, le livre reste une efficace introduction synthétique à John McTiernan, qui aurait gagné à accueillir davantage de témoignages de son environnement professionnel et de lui-même. Le livre reste une honnête et sincère déclaration d'amour d'un cinéphile à l'un de ses maîtres « qui, grâce à Piège de cristal, m'a donné envie de faire du cinéma. »




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John McTiernan. Hollywood, film d'action et politique. De l'apogée au déclin d'une carrière
de Kevin Karbowiak-Gillot

Nombre de pages : 174
Date de sortie (France) : mars 2016
Éditeur : L'Harmattan
Collection : Cinéma(s)

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