Cinemed 2017 : «L'Oranais» de Lyes Salem

Dans le cadre de son focus consacré à « La jeune garde du cinéma algérien », le festival Cinemed invite Lyes Salem à présenter ses deux longs métrages de fiction en tant que réalisateur : «Mascarades» (2008) et «L'Oranais» (2014).

"L'Oranais" de Lyes Salem © Blaq Out "L'Oranais" de Lyes Salem © Blaq Out

Durant la guerre d'Indépendance de l'Algérie, Djaffar est devenu un héros surnommé « L'Oranais ». De retour dans son village, il découvre que son épouse est décédée après avoir été violée. Dans un pays en pleine reconstruction, Djaffar chemine de désillusion en désillusion.

Pour son second long métrage en tant que réalisateur après la fraîche comédie sociale Mascarades, Lyes Salem pose un regard rétrospectif sur les premières années peu connues de l'Indépendance algérienne et les désillusions d'une politique gangrenée par la corruption, la violence des services secrets et le pouvoir sans partage d'un parti unique. Tout cela se produit après l'immense euphorie collective de l'Indépendance après plus d'un siècle de colonialisme forcené de la part de l'État français. Pour illustrer cet état ambigu d'une époque historique, Lyes Salem s'est immergé dans l'écriture d'une pure fiction, se détachant des événements historiques précis tout autant que des figures qui les ont incarnées dans les médias. Lyes Salem se détache ainsi du film dossier et de sa démarche didactique : il faudra plutôt lire des livres d'histoire pour connaître le contexte historique et politique. Son intention n'est pas de livrer un procès contre des personnalités politiques en les mettant face à leurs propres responsabilités, mais de dresser un constat global de désillusion, où les idéaux sociaux et démocratiques ont laissé la place à un régime autoritaire qui en 2011 a encore étouffé les revendications citoyennes de la jeunesse des Printemps arabes dans les rues algéroises. Pour réaliser le portrait de cette époque, Lyes Salem choisit de faire porter son récit par trois types de rapport à la politique : Hamid, le politicien sans scrupule qui n'hésitera pas, tel MacBeth, à réprimer dans le sang tout ce qui menacera son pouvoir, Djaffar, le héros dont l'histoire servira la propagande du parti unique et se laissera tenter par la corruption jusqu'à ce que s'éveille sa conscience et Farid, l'idéaliste qui ne renoncera jamais à ses valeurs, quitte à en perdre la vie. Le témoignage de Lyes Salem répond à une urgence : revisiter une période historique algérienne dont la méconnaissance conduit encore à l'obscurantisme de l'exercice politique du pouvoir actuel. La mise en scène est moins subtile et fluide que pour Mascarades mais il faut croire que le poids du passé est aussi une réflexion lourde à digérer, mais qui se poursuit aux côtés de Lyes Salem avec les films récents de Merzak Allouache sur la société contemporaine autant que les drames historiques de Rachid Bouchareb.

 

 

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L'Oranais
de Lyes Salem
Avec : Lyes Salem (Djaffar), Khaled Benaissa (Hamid), Djemel Barek (Saïd), Amal Kateb (Halima), Najib Oudghiri (Farid), Sabrina Ouazani (Nawel, la femme de Farid), Miglen Mirtchev (Feodor Koulyguine), Anne Zander (Elizabeth, la femme d'Hamid), Abdou Boukefa (Bachir, le fils de Djaffar, adolescent), Idir Benaibouche (Benaissa, agent des services secrets), Amazigh Kateb (un chanteur errant)
Francen- Algérie – 2014.
Durée : 123 min
Sortie en salles (France) : 19 novembre 2014
Sortie France du DVD : 15 avril 2015
Format : 2,35 – Couleur
Langues : anglais, arabe - Sous-titres : français.
Éditeur : Blaq Out

Bonus :
Entretien avec Lyes Salem (23 min)
Sur le tournage de L'Oranais (23 min)
Scènes coupées

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