3 séries TV : Watchmen, Chernobyl et The Outsider

Entre dystopie, cauchemar aux frontières du fantastique et réalité passée encore plus sombre encore, ces trois séries distinctes produites par HBO interrogent le monde contemporain à travers ses peurs qui conduisent à se confiner chez soi par crainte de la violence extérieure. Trois séries ambitieuses portées par des acteurs inspirés

Watchmen

Dans un monde où le président Nixon a gagné la guerre du Vietnam avec l’appui des pouvoirs surhumains du Docteur Manhattan et où la présidence est dès lors entre les mains de Robert Redford après une guerre mondiale évitée avec l’apparition d’un calamar géant qui a fait plusieurs millions de morts, la police agit masquée, se confondant pour certains avec des super-héros.

 

Watchmen © HBO Watchmen © HBO

Il fallait bien une nouvelle adaptation de l’univers graphique DC de Watchmen en une série télévisée le temps d’une saison pour aller dynamiter le ronflement de cet univers aux codes ultra respectés dans un ronflement continu de scénaristes paresseux, soumis aux overdoses des effets numériques. Déjà Zach Snyder avec sa version cinéma de Watchmen permettait de dévoiler tout un volet peu recommandable que cache le fantasme du super-héros et les enjeux idéologiques proprement américains. Car la dystopie proposée ici s’inscrit pleinement dans la dénonciation du retour des prétentions racistes des suprémacistes décomplexés de la présidence de Trump. Ainsi, la super-héroïne au centre de toute l’intrigue est une femme noire de plus de 40 ans et son grand-père lui-même, le premier héros masqué pour qui un rapport homosexuel peut tout à fait s’entendre avec ses missions de justice. Ainsi, voilà de nombreux tabous brisés en insérant qui plus est l’importance du Klux Klux Klan dans cette idéologie du surhomme excluant longtemps les femmes, les populations noires, latinos, etc. les communautés LGBT+.

La série Watchmen s’insère pleinement dans les problématiques actuelles avec une intrigue qui utilise la diversité de ses personnages en donnant à chacun un rôle déterminant pour faire avancer l’intrigue. Après un début de récit où l’on s’attend à voir apparaître une super-héroïne hors du commun qui sait notamment bien se battre à mains nues mais où les hommes restent tout de même, fait singulier, sagement à la maison, l’histoire prend une nouvelle dimension avec un assassinat inattendu dans des circonstances non moins extraordinaires. Une fois les deux premiers épisodes lancés, la série peut vraiment commencer avec une véritable intrigue qui permet d’offrir une nouvelle ampleur à chaque personnage autour d’un enjeu émotionnel très fort. L’univers dystopique est pleinement utilisé pour mettre en perspective une réalité sociale poussée dans ses extrêmes qu’il s’agisse de la violence policière lancée à l’encontre des racistes devenus des minorités plongées dans une extrême pauvreté et du danger de guerre nucléaire en USA et URSS éradiqué en sacrifiant plusieurs millions de vies humaines. La série fait le pari de développer un scénario à la réflexion politique ambitieuse et en laissant en arrière-plan les pyrotechnies et combats titanesques dévolus habituellement aux films de super-héros. Et si le genre devenait finalement enfin mature ? C’est bien ce que cette surprenante série laisse entendre.

 

 

Watchmen

Série créée par Damon Lindelof d'après le roman graphique du même nom de l'éditeur DC Comics créée par Alan Moore et Dave Gibbons

01 - C’est l’été et nous sommes à court de glace (It’s Summer and We’re Running Out of Ice)
02 - Prouesses martiales des cavaliers comanches (Martial Feats of Comanche Horsemanship)
03 - Elle a été tuée par un débris spatial (She Was Killed by Space Junk)
04 - Si tu n’aimes pas mon histoire, tu n’as qu’à t’en écrire une (If You Don’t Like My Story, Write Your Own)
05 - Sans craindre la foudre (Little Fear of Lightning)
06 - Cet être extraordinaire (This Extraordinary Being)
07 - Une révérence quasi religieuse (An Almost Religious Awe)
08 - Un dieu entre dans Abar (A God Walks into Abar)
09 - Regardez comme ils volent (See How They Fly)
Avec : Regina King (Angela Abar / Sœur Nuit, Sister Night en VO), Jean Smart (Laurie Blake), Tim Blake Nelson (Wade Tillman / Miroir, Looking Glass en VO), Hong Chau (Lady Trieu), Yahya Abdul-Mateen II (Calvin « Cal » Abar / Dr Manhattan), Andrew Howard (Peur rouge, Red Scare en VO), Jacob Ming-Trent (Panda), Tom Mison (M. Phillips / le garde-chasse), Sara Vickers (Miss Crookshanks), Dylan Schombing (Christopher « Topher » Abar), Louis Gossett Jr. (Will Reeves), Jeremy Irons (Adrian Veidt), James Wolk (le sénateur Joseph « Joe » Keene Jr.), Jessica Camacho (Pirate Jenny), Dustin Ingram (Dale Petey), Don Johnson (le chef Judd Crawford), Frances Fisher (Jane Crawford)
USA, 2019.
Durée totale de l’intégrale en 9 épisodes de 60 minutes : 540 min (9h)
Série diffusée pour la première fois entre le 20 octobre 2019 et le 15 décembre 2019 sur HBO

Bonus :

Blu-ray 1 (VOST) :
Présentation des personnages - Soeur Nuit, l’Homme Blond & Mirroir (3’06”)
Il pleut des calamars (1’58”)
Watchmen : masqués et dangereux (2’20”)
Le Comic Con 2019 à New York (36’49”)
Devenir Sœur Nuit (1’03”)
Watchmen : l’autre histoire (2’04”)

Blu-ray 2 (VOST) :
Watchmen : démasqués (16’33”)
Andrij Parekh sur la réalisation (1’03”)
Le Refuge des Calamars avec Tim Blake Nelson (2’31”)
Anatomie d’une scène de combat (2’32”)

Blu-ray 3 (VOST) :
Le Premier Justicier - Le Juge Masqué (11’47”)
Adrian Veidt : Le Roi Colossal (12’36”)
Aperçus - Les effets spéciaux de Watchmen (3’04”)
Notes du scénariste et dessinateur du roman graphique Watchmen Dave Gibbons (1’49”)
Court métrage de Rorschach (1’40”)
Sadiqua Bynum court, saute et chute pour Sœur Nuit (1’03”)

 

 

Chernobyl une série créée par Craig Mazin

Le 26 avril 1986, une explosion a lieu au sein de la centrale nucléaire Lénine de Tchernobyl. Peu à peu, le personnel de la centrale comme les dirigeants de l'Union soviétique prennent l'ampleur de la gravité de la plus grande catastrophe humaine jamais connue jusque-là dans l'histoire de l'humanité.

 

Chernobyl © HBO Chernobyl © HBO

Cette nouvelle série diffusée sur HBO a surpris de nombreuses personnes suite au succès inattendu qu'elle a rencontré, réussissant à relever le défi par le vide laissé par la fin des saisons de Game of Thrones. L'horreur ici n'est plus à trouver dans un monde parallèle mais bien dans l'histoire récente de cette fin de XXe siècle qui voyait la disparition de la puissante Union soviétique dans laquelle la catastrophe de Tchernobyl a eu un rôle non négligeable comme en a témoigné plus tard Mikhaïl Gorbatchev. Que sait-on de cette catastrophe nucléaire sur laquelle tant de mensonges et dissimulations d'informations ont été  mises en scène autour d'enjeux de pouvoir dans un monde bipolaire ? Si cette mini-série de cinq épisodes a remporté un franc succès d'audience, c'est que le sujet continue à mobiliser l'attention plus de trois décennies plus tard.
À cet égard, celle-ci permet effectivement de reconstituer les événements à la suite d'une véritable recherche d'informations pour coller au plus juste à la réalité historique, qu'il s'agisse de la reconstitution d'une époque, ses décors, ses costumes, sa géopolitique, que dans la mobilisation des personnages clés de la gestion de cette catastrophe. Le récit par souci de simplification et de condensation au format de la série, comprend des personnages fictifs comme celui interprété par Emily Watson dans le rôle d'une scientifique en quête de vérités. De même, les comportements de certains apparaissent beaucoup plus libres que ce que le contrôle soviétique permettait à l'époque. Autre grand sacrifice à cette reconstitution : la langue anglaise et plus particulièrement britannique des personnages puisque la très grande majorité des acteurs sont d'origine anglaise. Suivi en version originale anglaise, difficile de se plonger dans la réalité ukrainienne de Tchernobyl ! Dommage !
En revanche, la série est un véritable défi dont la mise en scène est globalement réussi et Craig Mazin, à l'initiative de cette mini-série surprend d'autant plus qu'il était jusqu'ici connu pour avoir signé les scénarios de comédies dont les sagas Scary Movie et Very Bad Trip. Cela prouve bien qu'écrire de la comédie constitue un vrai talent de scénariste qui peut bénéficier aussi à d'autres genres de films. Car la série est brillamment menée et le format court de 5 épisodes permet de concentrer le récit sur l'essentiel, à savoir la gestion de la catastrophe à partir du moment où celle-ci a débuté : ce n'est que dans le dernier épisode que l'on découvre l'enchaînement des causes qui a conduit à l'explosion.
La série rend non seulement hommage aux personnes qui se sont sacrifiées pour faire face à cette catastrophe qui menaçait rien moins que l'humanité sans distinctions de classes, d'opinions politiques, bien au-delà des frontières d'un seul pays ! Elle permet aussi de prolonger la réflexion sur l'état du monde géopolitique actuel toujours prompt à dissimuler des informations essentielles aux citoyens dans l'intérêt d'une minorité de personnes au pouvoir alors même que les conséquences des menaces en jeu touchent une grande partie de la population mondiale.

 

 

Chernobyl
une série créée par Craig Mazin
réalisée par Johan Renck
1. 1:23:45 (1:23:45)
2. Veuillez garder votre calme (Please Remain Calm)
3. Que la terre s'ouvre ! (Open Wide, O Earth)
4. Le Bonheur de toute l'humanité (The Happiness of All Mankind)
5. Mémoire éternelle (Vechnaya Pamyat)

Avec : Jared Harris (Valeri Legassov, directeur adjoint de l'Institut d'énergie atomique de Kourchatov et membre de l'équipe ayant géré la catastrophe de Tchernobyl). Stellan Skarsgård (Boris Chtcherbina, vice-président du Conseil des ministres et chef du Bureau des combustibles et de l’énergie), Emily Watson (Ulana Khomyuk), Jessie Buckley (Lioudmila Ignatenko, épouse de Vassili Ignatenko), Adam Nagaitis (Vassili Ignatenko, un pompier âgé de 25 ans vivant à Prypiat), Paul Ritter (Anatoli Diatlov, ingénieur en chef adjoint à la centrale nucléaire de Tchernobyl), Sam Troughton (Aleksandr Akimov, superviseur de l'équipe de nuit), Robert Emms (Leonid Toptunov, ingénieur principal pour la gestion du réacteur), Adam Lundgren (Vyacheslav Brazhnik, principal opérateur de turbine), Karl Davies (Viktor Proskuryakov, stagiaire au SIUR), Jay Simpson (Valeri Perevozchenko, contremaître dans la section du réacteur), Billy Postlethwaite (Boris Stolyarchuk, ingénieur de contrôle de l'unité 4), Adrian Rawlins (Nikolaï Fomin, ingénieur en chef à la centrale nucléaire de Tchernobyl), Con O'Neill (Viktor Brioukhanov, directeur de la centrale nucléaire de Tchernobyl), Donald Sumpter (Zharkov, membre du comité exécutif de Prypiat), Barry Keoghan (Pavel, un civil appelé à servir en tant que liquidateur), Ralph Ineson (major-général Nikolaï Tarakanov, commandant des liquidateurs), Mark Lewis Jones (colonel général Vladimir Pikalov, commandant des forces chimiques soviétiques), Alex Ferns (Glukhov, chef d'équipe des mineurs), Michael Colgan (Mikhaïl Chtchadov, ministre soviétique de l'industrie du charbon), Alan Williams (Charkov, vice-président du KGB), Fares Fares (Bacho, un soldat russe), David Dencik (Mikhaïl Gorbatchev, secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique), Michael Socha (Mikhail, un habitant de Pripyat), Douggie McMeekin (Yuvchenko)

USA, Royaume-Uni, 2019.
Durée : 320 min
Format : 2,00 – Couleur
Éditeur : HBO
Distributeur : Warner Home Vidéo France
Bonus :
Dans les coulisses des épisodes
Qu’est-ce que Tchernobyl
Rencontrez les acteurs principaux
Derrière la caméra - Le réalisateur Johan Renck
Du scenario à l’écran : Les plongeurs
Le moment crucial : Le procès

 

 

The Outsider une série créée par Richard Price

Le corps violé et mutilé d’un enfant incrimine très rapidement un entraîneur de baseball qui dispose pourtant d’un excellent alibi. Tout s’enchaîne mais les apparences sont extrêmement trompeuses.

 

The Outsider © HBO The Outsider © HBO

Passé 70 ans, Stephen King n’en finit plus d’écrire des romans à succès, ceux-ci immédiatement adaptés aussi bien au cinéma qu’à la télévision. Tel est le cas de The Outsider qui remporta un vif succès en librairie, naturellement suivi d’une adaptation en une série télévisée composée de 10 épisodes d’une heure environ chacun. Il est encore question comme souvent chez Stephen King d’une histoire de croquemitaine avec des meurtres d’enfants qui rappellent les agissements du clown tueur dans Çà. Or, ici tout débute, du moins le temps des premiers épisodes, dans la rationalité la plus classique avec une enquête un peu trop simple pour conduire rapidement au meurtrier que tout accable. Le surnaturel apparaîtra plus tard pour tenter d’expliquer l’inexplicable. Et à la manière de Çà, un groupe solidaire se met en place pour lutter contre l’objet de toutes les peurs.

Si l’acteur australien Ben Mendelsohn est au centre de l’intrigue en menant son enquête, il est rapidement mis en demeure de faire une pause pour laisser la place à Cynthia Erivo dans le rôle d’une détective plus ouverte aux phénomènes paranormaux inscrits dans les cultures à travers le monde depuis la nuit des temps. Ainsi, l’enquête porte l’ensemble des épisodes avec des révélations surprenantes en déplaçant aussi le récit d’une ville à une autre afin de dynamiser des pans un peu faibles du récit. Il en résulte une série efficace qui rend bien honneur à l’univers de l’écrivain mais avec malgré tout au final un dénouement qui tombe un peu en demi-teinte face aux attentes générées quant à la nature du Mal et ses motivations profondes pour agir.

 

 

The Outsider une série créée par Richard Price
1.01 - Fish in a Barrel
1.02 - Roanoke
1.03 - Dark Uncle
1.04 - Que Viene el Coco
1.05 - Tear-Drinker
1.06 - The One About the Yiddish Vampire
1.07 - In the Pines, in the Pines
1.08 - Foxhead
1.09 - Tigers and Bears
1.10 - Must/Can’t

Avec : Ben Mendelsohn (l’inspecteur Ralph Anderson), Bill Camp (Howard Salomon), Jeremy Bobb (Alec Pelley), Julianne Nicholson (Glory Maitland), Mare Winningham (Jeannie Anderson), Paddy Considine (Claude Bolton), Yul Vazquez (Yunis Sablo), Jason Bateman (Terry Maitland), Marc Menchaca (Jack Hoskins), Cynthia Erivo (Holly Gibney), Max Beesley (Seale Bolton), Derek Cecil (Andy Katcavage), Summer Fontana (Maya Maitland), Scarlett Blum (Jessa Maitland), Frank Deal (Fred Peterson), Dayna Beilenson (Mildred Patterson), Hettienne Park (Tamika Collins), Michael Esper (Kenneth Hayes), Claire Bronson (Joy Peterson), Michael H. Cole (Herbert Parker), Marc Fajardo (Myron Lazar), Margo Moorer (Libby Stanhope), Duncan E. Clark (Frankie Peterson), Joshua Whichard (Ollie Peterson), Wes Watson (Derek Anderson), Diany Rodriguez (María Canales), Suehyla El-Attar (Angela Kelly), Martin Bats Bradford (Heath Hofstadter), Jakob Gruntfest (Merlin Cassidy), Nicholas Pryor (Peter Maitland), Genevieve Hudson-Price (Skye), Susanna Guzman (Idilys Castro), Drez Ryan (Tracey Powell), Steve Witting (Herbert Zucker), Carlos Navarro (l’inspecteur Healy)
USA, 2020.
Durée : 553' (9h13)
Première diffusion originale : 12 janvier et le 8 mars 2020 sur la chaîne HBO aux États-Unis
Première diffusion en France : entre le 13 janvier et le 9 mars 2020 sur OCS City

Bonus :
Invitation sur le plateau de tournage (1’)
Jason Bateman sur The Outsider (1’)
Stephen King et The Outsider (2’)
Adapter The Outsider (3’)
El Cuco, Le Baba Yaga, The Outsider (13’)
Analyse d’Holly Gibney (3’)
« The Outsider: les coulisses des épisodes » (28’)

 

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Sortie France du coffret Blu-ray : 21 octobre 2020
Éditeur : HBO
Distributeur : Warner Bros. Home Entertainment France

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