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Billet de blog 26 janvier 2025

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"Ni chaînes ni maîtres" de Simon Moutaïrou

En 1759, sur l'Isle de France, l'esclavage est au service de l'industrie sucrière. Massamba, esclave cultivé qui espère que sa fille sera affranchie, se retrouve traqué par une chasseuse d'esclaves, Madame La Victoire, alors qu'il cherche à protéger sa fille elle-même en fuite.

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Illustration 1
Ni chaînes ni maîtres de Simon Moutaïrou © StudioCanal

Sortie Blu-ray : Ni chaînes ni maîtres de Simon Moutaïrou

L'esclavage dans l'histoire de France est le grand absent des thématiques abordés par l'industrie du cinéma français. Suite à ce constat honteux, c'est avec une grande ferveur que Simon Moutaïrou pour son premier long métrage en tant que réalisateur s'est pleinement investi afin d'offrir une nouvelle appréhension de l'enjeu de la mémoire jusque-là occultée. Fruit d'un travail de recherche historique, Ni chaînes ni maîtres (2024) se veut également un film à grand spectacle avec une histoire de chasse à l'homme dans la tradition narrative du cinéma américain. D'ailleurs à plusieurs moments, le choix de la mise en scène et même du récit, avec traque à cheval et discussion au soir au coin du feu, n'est pas sans rappeler le western, genre derrière lequel se cache aussi un autre génocide contemporain de l'esclavage : celui des populations autochtones du continent américain.

Quant à l'approche de la liberté retrouvée dans un monde esclavagiste grâce à la sollicitation du monde dit animiste, le film s'inspire du film cubain La Última cena (1976) de Tomás Gutiérrez Alea qui traitait également de l'esclavage au sein de l'industrie sucrière au XVIIIe siècle. Les références imposantes sont ici assez bien digérées par le réalisateur et coscénariste mais en sous-estimant l'exploitation de la description historique de son sujet. Ainsi, le film dénonce un système d'oppression contre lequel tout le monde s'entend actuellement mais ne va pas davantage questionner cet héritage à notre époque en créant des ponts par exemple avec l'actualité de la prise en compte de cette mémoire. En revanche, le récit est semé de quelques anachronismes comme l'évocation du premier divorce pour présenter Madame La Victoire en 1759 alors que celui-ci ne sera institué que durant la Révoluton.

En revanche, plusieurs bonnes idées figurent dans ce film, au premier rang desquels se trouve le choix au casting de Camille Cottin dans le rôle du personnage historique d'une femme de la noblesse en chasseuse d'esclaves sur l'île qui allait par la suite s'appeler Maurice. Cette actrice qui crée spontanément la bienveillance et l'empathie permet de créer ainsi dans ce personnage cruel une ambiguïté rappelant que l'esclavage ne repose pas que sur des personnages maléfiques et qu'il est alors à interroger auprès de chaque membre de la société qui peut plus ou moins directement en tirer profit.

Illustration 2

Ni chaînes ni maîtres
de Simon Moutaïrou
Avec : Ibrahima Mbaye (Massamba), Camille Cottin (Madame La Victoire), Thiandoum Anna Diakhere (Mati), Benoît Magimel (Eugène Larcenet), Félix Lefebvre (Honoré Larcenet), Vassili Schneider (Baptiste), Lancelot Courcieras (Joseph), Swala Emati (Mame Ngessou), Lazare Minoungou (Rado), Marc Barbé (René Magon de La Villebague), Bass Dhem (Barbe Blanche), Issaka Sawadogo (Yoro), Komi Amado (Khoulé), Charlotte Saudrais (Ruba), Odile Sankara (Ayadala)
France – 2024.
Durée : 98 min
Sortie en salles (France) : 18 septembre 2024
Sortie France du Blu-ray : 22 janvier 2025
Couleur
Langue originale : français.
Éditeur : StudioCanal

Bonus :
Interview de Simon Moutaïrou (17’)
Rencontre : « Les Marrons, héros oubliés de l’histoire de France » (26’)

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