Un éclairage sur les oubliés de la république française

Au point aveugle de la république, dans son ombre délibérément dressée, les individus peuvent travailler 60 heures pour 90 euros, usinant des objets où sollicitant les personnes du monde libre pour des boîtes de télémarketing qui a cyniquement très bien compris l’intérêt de cette manne rentable d’êtres humains réduits à l’état légal d’esclaves.

 

a-l-ombre-de-la-re-publique © Éditions Montparnasse a-l-ombre-de-la-re-publique © Éditions Montparnasse

À propos du DVD : À l’ombre de la république de Stéphane Mercurio

La documentariste Stéphane Mercurio poursuit après À côté l’éclairage du milieu carcéral en France en suivant avec sa caméra plusieurs contrôleurs du Contrôle Général des Lieux de Privation de Liberté. Le point de vue qu’elle partage est donc celui de ces hommes et de ces femmes qui interrogent les individus privés de liberté dans le souci de préserver le respect de leurs droits fondamentaux. Stéphane Mercurio sait se faire discrète et ne va jamais chercher les moments de tension extrêmes. Ce qui l’importe c'est de saisir précieusement les témoignages de ces citoyens qu’une République dans son ensemble, qu’il s’agisse de l’institution comme de ses membres, a délibérément voulu oublier. Le documentaire suit ces contrôleurs extérieurs à la vie carcérale dans l’exercice de leurs fonctions. Si pour la première fois une caméra est habilitée à venir enregistrer la parole de ces citoyens déchus, qu’ils se trouvent en milieu carcéral comme en centre psychiatrique, c’est à la condition de suivre les pas des contrôleurs. C’est pourquoi l’on découvre aussi leur travail, si peu connu. De cette manière aussi, il est question de filmer un travail, aspect d’autant plus renforcé que la vie privée des détenus est comme une plante déterrée qui recherche désespérément à reprendre racines dans un milieu où tout est bitumé. Progressivement, sans jamais forcé le regard et en se contentant de tenir une caméra patiente, ce sont les conditions de détention qui émergent, poursuivant implicitement la réflexion de Michel Foucault sur le système carcéral et son inanité. Les lieux de privation de liberté en France ne sont pas des dispositifs sociaux de réintégration. C’est un lieu où l’humanité dans sa dignité et ses droits inaliénables est niée. Ainsi, au point aveugle de la république, dans son ombre délibérément dressée, les individus peuvent travailler 60 heures pour 90 euros, usinant des objets où sollicitant les personnes du monde libre pour des boîtes de télémarketing qui a cyniquement très bien compris l’intérêt de cette manne rentable d’êtres humains réduits à l’état légal d’esclaves.

Stéphane Mercurio démonte les idées reçues et toutes sortes de préjugés en allant tâter le pouls de la vie en milieux de privation de liberté en France. Résolument, son travail amène à une véritable prise de conscience citoyenne sur un modèle de société où des peines de plusieurs décennies de détention ou de perpétuité sont lancées cyniquement et de manière délibérément irresponsable quant à une vraie volonté de reconstruction du corps social. Comment resocialise-t-on un individu qui est resté plusieurs décennies dans un milieu où ses droits élémentaires ont été niés ou soumis à des vexations insidieuses quotidiennes ? Non pas que le personnel souffre de masochisme et de cynisme aigu, mais c’est bien dans l’organisation républicaine dans son ensemble qu’il y a un malaise. Quel est le candidat à une présidentielle soucieux d’inscrire dans son programme une amélioration des conditions de détention ? Ce que montre aussi implicitement le documentaire de Stéphane Mercurio, c’est que la population la plus paupérisée de France représente en grande majorité la population incarcérée. Évidemment, avoir les moyens économiques de s’offrir un avocat qui suivra son affaire au fil du temps laisse moins d’opportunité d’y séjourner longuement. Une fois la liberté bannie, méprisée, égalité et fraternité s’effondrent irrémédiablement comme un château de cartes. La république serait-elle ainsi devenue un colosse aux mollets d’argile qui au premier vent venu chuterait, laissant place à une silhouette fluette autoritaire qui sait se jouer par son talent pour l’hypocrisie face aux grands mouvements contestataires humanistes de l’Histoire ? Le constat est ici cinglant et tout citoyen ne peut, s’il souhaite conserver son intégrité intellectuelle, laisser dans les geôles de l’histoire ce qui se passe « à l’ombre de la république ». Pour cela aussi le documentaire de Stéphane Mercurio est un témoignage citoyen lucide incontournable à diffuser et à débattre pour construire une société où les valeurs républicaines ne peuvent plus être le privilège de quelques-uns.

 

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France – 2011.

Durée : 100 min

Sortie en salles (France) : 3 juillet 2012

Sortie France du DVD : 3 septembre 2013

Format : 1,77 – Couleur

Langue : français.

Éditeur : Éditions Montparnasse

Bonus :

Avec mon p’tit bouquet - Court métrage de Stéphane Mercurio (11 min)

Interview de Stéphane Mercurio par Laurent Jacqua (22 min)

Stéphane Mercurio et Jean-Marie Delarue dans L’humeur vagabonde sur France Inter (54 min)

 

lien vers le site de l’éditeur : http://www.editionsmontparnasse.fr/p1579/A-l-ombre-de-la-republique-DVD

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