Cannes 2017 : «Scaffolding» de Matan Yair

Un jeune homme travaille pour son père dans une entreprise d'installation d'échafaudages. Il suit parallèlement des cours de littérature dont le professeur lui impose un irrémédiable respect.

"Scaffolding" de Matan Yair © DR "Scaffolding" de Matan Yair © DR

Film sélectionné par l'ACID à Cannes

Pour son premier long métrage, Matan Yair pose un regard comme aucun autre sur Israël autour d'une histoire qui plonge dans la chronique réaliste. Le personnage principal qui se cherche entre deux grandes figures paternelles de référence – son père de sang et son professeur père spirituel – est incarné par un acteur tout en impulsivité sans jamais sombrer dans les excès démonstratifs. Dans cette quête de père d'un jeune homme plongeant dans les problématiques socio-économiques contemporaines, le scénario pourrait être celui d'un film des frères Dardenne. Mais loin de se cacher dans l'ombre de la figure tutélaire des cinéastes belges, Matan Yair puise son originalité de la description fine d'un milieu dont il connaît les nombreux enjeux puisqu'il est lui-même professeur. Le scénario est d'autant plus original qu'il n'utilise jamais les vieilles ficelles de l'évolution d'un personnage en quête de lui-même. Ainsi, rares seront les spectateurs capables d'anticiper les scènes du film en train de se dérouler sur l'écran. En filigrane, se dessine avec subtilité un pays avec un contexte sociopolitique qui est davantage intériorisé dans la psychologie des personnages qu'il ne se contente d'être une simple toile de fond du récit. Dès lors, le devenir du personnage principal témoigne de la complexité d'un État israélien devenu schizophrène à force d'accepter aveuglément et renier consciemment tout ou partie de lui-même. Les échafaudages du titre deviennent les outils questionnés qui servent toute construction, qu'il s'agisse d'une architecture ou d'un individu. C'est ce lien métaphorique que réussit à maintenir Matan Yair dans une mise en scène des plus subtilement discrète, qui refuse toute virtuosité au profit d'une description réaliste au service de la psychologie de son personnage. Un film qui n'a pas fini d'interloquer pour son regard neuf, bien loin des sentiers sempiternellement battus d'un cinéma d'illustration : le cinéma de Matan Yair pense d'autant mieux qu'il échafaude patiemment ses idées.

 

 

 

Scaffolding
de Matan Yair
Israël - Pologne, 88 min., 2017

Avec : Asher Lax, Ami Smolarchik, Yaacov Cohen, Keren Berger, Naama Manor
Scénario : Matan Yair
Images : Bartosz Bieniek
Son : Oren Raviv, Mateusz Adamczyk, Sebastian Witkowski
Montage : Dov Steuer
Musique : Ishai Adar
Production :
Green Productions
Gal Greenspan
gal@greenproductions.co.il
Films Produkcja
Stanislaw Dziedzic
s.dziedzic@filmprodukcja.com
Ventes internationales :
New Europe Film Sales
Jan Naszewski
jan@neweuropefilmsales.com

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.