Italie : un paysage politique éclaté au lendemain de la crise sanitaire

[Cet article a été rédigé le 19 septembre 2020]

Les Italiens iront ce week-end aux urnes pour un référendum et des élections locales. Premier test électoral pour le gouvernement depuis le début de la crise du Covid-19, cette série de scrutins pourrait avoir une impact important sur le paysage politique italien, déjà fortement morcelé…  

Le Mouvement 5 Etoiles, un parti à la recherche d’un chef

Arrivée triomphalement au pouvoir au lendemain des élections législatives de 2018 (avec 33% des suffrages exprimés), la formation antisystème du comédien Beppe Grillo paraissait destinée à devenir une force politique incontournable. Grâce à une rhétorique populiste et un positionnement politique flou, le M5S pouvait se targuer de plaire à gauche, comme à droite. 

Et pourtant, c’est en arrivant au pouvoir que le M5S a montré ses limites. Tout d’abord, par son absence de figure forte au sein du parti : depuis le départ de Beppe Grillo, c’est Luigi Di Maio qui a pris la présidence du parti (remplacé en début 2020 par Vito Crimi). Loin des envolées lyriques et des propos polémiques de son prédécesseur, l’actuel Ministre des Affaires étrangères italien se démarque par son calme à toute épreuve. Réfutant le terme de populiste, Di Maio a entrepris une réforme en profondeur du parti, quitte à revenir sur certaines propositions clivantes telles que la sortie de la zone euro. L’objectif pour le journaliste Jacopo Iacoboni ? Être rassurant pour les mamans".

Mais c’est précisément le discours antisystème et dissident du M5S qui lui avait permis d’attirer l’électorat populaire du sud de l’Italie. L’absence de ligne claire pour le parti, couplée au manque de charisme de son leader ont poussé une partie de l’électorat de Movimento 5 Stelle vers la Ligue de Matteo Salvini. En obtenant le portefeuille du ministère de l’Intérieur, le chef léguiste a pu se doter d’une tribune pour avancer son agenda anti-immigration. Dans un pays où près de 75% de la population estime qu’il y a trop de migrants, Matteo Salvini a su attirer le soutien d’une partie des Italiens dès son entrée au gouvernement. La Lega a ainsi remporté les élections européennes en réunissant 34% des voix, soit deux fois le score du Mouvement 5 Étoiles. Au plus haut de sa popularité (en août 2019, à la veille de la démission du premier Gouvernement Conte), Matteo Salvini réunissait 40% des intentions de vote.

La deuxième faiblesse du Mouvement 5 Étoiles réside dans son évolution. Malgré sa rhétorique changeante, le parti avait su créer une dynamique autour de son discours antisystème et anti-élite. En principale ligne de mire, le Parti démocrate (PD, centre-gauche) et Forza Italia (FI, centre-droit), qui se partagent le pouvoir depuis le début des années 2000. Avec son V-day (pour vaffanculo, “va te faire foutre”), le parti entendait dénoncer “[leur] corruption, [leurs] limites, [leur] incapacité à gouverner et à donner la voix aux citoyens”. De quoi attirer les voix des déçus du bipartisme italien. Mais force est de constater que le parti antisystème qu’était le M5S se détache de sa ligne populiste, notamment en renonçant à deux de ses mesures phares : le non-cumul de mandats locaux et les alliances avec les partis traditionnels. Un choix qui en dit long sur la stratégie du Mouvement 5 Etoiles sur le moyen-terme : le parti souhaite pérenniser son alliance avec le Parti démocrate pour rester au pouvoir. 

Pourtant, le Mouvement 5 Etoiles reste optimiste. La crise du coronavirus a mis sur le devant de la scène Giuseppe Conte, Président du Conseil, qui avait jusqu'alors été une figure méconnue. Premier chef d’Etat à avoir annoncé un confinement, ses interventions télévisées ont fait de lui une figure paternelle et appréciée du grand public. Ainsi, d’après un sondage publié en mi-avril, 66% des italiens soutenaient son action. Mieux encore pour l’actuel chef de la majorité italienne, les instituts de sondage estiment qu’une liste portée par Conte recueillerait 15% des suffrages, 24% s’il prenait la tête du Mouvement 5 Étoiles (contre 22% pour la Ligue de Salvini dans ce scénario). Un score qui fait rêver les instances dirigeantes du M5S, actuellement crédité de 15% d’intentions de vote et qui ont poussé vers la sortie Luigi Di Maio en janvier 2020. Conte pourrait ainsi être le candidat idéal pour reprendre le mouvement antisystème bien que les divisions internes se multiplient entre l’aile progressiste et la branche souverainiste. D’autant plus que l’échec aux élections de 2013 de l’ancien Président du Conseil Mario Monti a de quoi dissuader l’actuel chef du gouvernement. Avec 50% d’opinions favorables en 2012, Monti s’était lancé dans la bataille des législatives après avoir fondé son parti. Crédité de 20% des voix la veille du scrutin, il ne réunira que 8% des suffrages.

La chute de Matteo Salvini

Après sa victoire aux européennes de 2019, Matteo Salvini n’a qu’un seul souhait : provoquer des élections anticipées pour devenir Président du Conseil italien. Grâce à son agenda anti-immigration, sa présence forte sur les réseaux sociaux ainsi que ses tournées des plages, l’ancien ministre de l’Intérieur avait su trouver une formule efficace pour monopoliser les médias italiens. Il avait attiré une partie de l’électorat du centre-droit de Forza Italia, parti de Silvio Berlusconi, ainsi que des déçus du M5S. Avec une droite en miettes, Salvini avait un boulevard pour remporter le Palais Chigi.

Lorsque le parti de Luigi di Maio a voté en 2019 en faveur d’une motion contre la liaison ferroviaire Lyon-Turin, Matteo Salvini a trouvé son prétexte pour faire imploser la coalition M5S - Ligue. Symboliquement, cette ligne de train possède plusieurs intérêts pour le chef léguiste : une façon de flatter le Nord (qui vote traditionnellement pour la Lega) mais aussi de montrer favorable au développement des infrastructures italiennes, à l’emploi et à la coopération frontalière. Des sujets particulièrement sensibles dans un pays avec un taux de chômage supérieur à 10% et des taux de croissance très faibles (0.3% en 2019).

Malgré son départ tonitruant, la démission de Salvini n’a pas provoqué l’effet désiré : pas d’élections anticipées, mais un nouveau gouvernement, toujours dirigé par Giuseppe Conte, mais cette fois avec l’appui du Parti démocrate. Salvini espérait ainsi que cette coalition fragile, entre deux formations qui se partagent deux visions de la gauche, finirait par éclater et aboutirait inévitablement à l’arrivée au pouvoir du candidat léguiste. Et pourtant, malgré les sujets difficiles que le deuxième Gouvernement Conte a dû gérer (notamment la finalisation du budget de l’année 2019), la robustesse de cette coalition hétéroclite est à noter. La crise du coronavirus a permis de souder le PD et M5S et de faciliter un rapprochement important entre les deux formations politiques. A contrario, Matteo Salvini a vu ses intentions de vote fondre comme neige au soleil (de 37% en août 2019 à 26% un an après).

Plusieurs raisons expliquent cette chute aux enfers : la première, et la plus logique, est que la crise du coronavirus et le confinement ont relayé l’immigration au second plan. Véritable cheval de bataille de la Ligue, son sujet de prédilection n’a pas été au cœur de l’actualité tout au long de la première moitié de l’année 2020. Salvini perdait aussi une de ses précieuses tribunes avec la fermeture des plages et le confinement : l’ancien ministre de l’Intérieur ne pouvait plus multiplier les rencontres avec ses soutiens, comme il en avait l’habitude.

La deuxième raison réside dans l’émergence d’une nouvelle figure politique italienne. Giorgia Meloni, qui se présente comme ‘une femme, une mère et une chrétienne”, a su grignoter une partie de l’électorat de la Lega. Son parti, Frères d’Italie (FdI), a vu ses intentions de vote se multiplier par trois depuis l’été 2019. Son style, plus sobre que l’explosif Salvini, son euroscepticisme plus modéré ainsi qu’un programme économique tourné vers le social lui ont permis de talonner dans les sondages le M5S. Alors que la Ligue concentre une partie de son électorat au Nord de l’Italie, Meloni tente de consolider un pré carré au Sud et au Centre.

Intentions de vote du parlement national

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Pour autant, difficile d’enterrer de sitôt celui qui se fait appeler il Capitano. Il reste, de loin, la figure forte italienne et domine très largement les sondages, avec six points d’avance sur le Parti Démocrate. De plus, l’immigration est revenue sur le devant de la scène notamment avec le procès à venir de Salvini pour détention de mineurs. Le Sénat italien a décidé de lever l’immunité parlementaire du chef de la Ligue, ouvrant la voie vers son renvoi en justice pour séquestration de personnes, pour avoir refusé en août 2019, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, le débarquement du bateau Open-Arms. 

Une procédure qui ne semble pas inquiéter le leader léguiste, qui voit dans ce procès une attaque politique venant de la majorité. Théoriquement, une condamnation judiciaire rendrait Matteo Salvini inéligible pour briguer le poste de Président du Conseil italien en 2023 (cette loi a été appliquée à Berlusconi, déchu en novembre 2013, avant d’être réhabilité en mai 2018, peu avant les législatives). Mais le risque reste abstrait. Il est peu probable que la justice décide de condamner Salvini, tant les éléments juridiques semblent ténus, et que la procédure promet d’être longue (seront probablement appelés à la barre des membres du Gouvernement, des sénateurs, des ONGs…). Il Capitano espère ainsi bénéficier d’un non-lieu ou du moins faire traîner la procédure jusqu’à ce qu’il arrive au pouvoir (la procédure sera suspendue s’il devient Président du Conseil).

Faiblement médiatisé ces derniers mois, Matteo Salvini entend faire de son procès une tribune politique. Il pourra défendre son action d’ancien ministre (il revendique une baisse de 80 des arrivées de migrants) tout en tirant à boulets rouges sur ses adversaires politiques. De plus, l’Italie est un pays qui n’a traditionnellement pas confiance en son système judiciaire et particulièrement quand il se mêle des affaires politiques. Berlusconi en est le parfait exemple : « Plus ses amis sont condamnés, plus il est populaire » reconnaît un adversaire politique du Cavaliere. De quoi rassurer le chef léguiste, notamment à la veille de scrutins essentiels pour l’avenir de l’Italie.

Élections régionales et référendum : un premier signe des rapports de force politique post-Covid

Les Italiens sont une nouvelle fois appelés aux urnes le 20 et 21 septembre pour un scrutin local et un référendum visant à réduire le nombre de parlementaires. Sept régions doivent ainsi renouveler leur assemblée régionale (le Vallée d’Aoste, la Campanie, la Ligurie, les Marches, les Pouilles, la Toscane et la Vénétie) et élire un nouveau président de région. Une série de scrutins particulièrement importante qui permettra de vérifier certaines tendances observées depuis le début de la crise du coronavirus.

Tout d’abord, le Mouvement 5 Etoiles entend bénéficier de la popularité de Giuseppe Conte pour pouvoir s’ancrer dans les territoires. Jeune parti oblige, le M5S peine à faire de bons scores dans les élections locales, malgré ses quelques victoires aux scrutins nationaux. Mais la formation antisystème part avec un lourd désavantage : à l’exception de la Ligurie, le PD et le M5S font cavaliers seuls dans l’ensemble des régions. Malgré une bonne entente nationale, les deux partis se disputent le rôle de la formation politique qui incarne le mieux « l’anti-salvinisme ». Le PD, talonnant la Ligue dans les sondages, estime être le parti le mieux placé pour incarner le front républicain. En ne s’alliant pas avec le M5S, le Parti démocrate entend assécher l’électorat de la formation antisystème, comme il a pu le faire en Calabre et en Émilie-Romagne en janvier. Pari qui semble risqué tant la droite semble gagner du terrain dans certains territoires clés pour la gauche.

De son côté, la droite part unie et bénéficie de la division de la majorité. En plus de préserver certains bastions historiques (comme la Vénétie [numéro 4] ou la Ligurie [numéro 2]), la coalition FI, FdI et Lega semble bien partie pour remporter les Marches (numéro 5) ainsi que les Pouilles (numéro 7). Chose inespérée pour la droite, la Toscane (numéro 3) semble être à portée de main. La droite et la gauche sont en effet au coude à coude dans ce bastion historique de la gauche, qui pourrait bien faire éclater la coalition M5S-PD si la Ligue devait gagner cette région. Ce scrutin s’annonce difficile pour les deux partis de la coalition gouvernementale tant les sondages laissent à supposer une défaite de la gauche : le PD va vraisemblablement perdre une, voire deux régions clé, alors que le M5S ne réussira probablement pas à s’implanter au niveau des territoires. La droite, de son côté, va vraisemblablement réussir à renforcer son ancrage local tout en fait en affichant une unité, en perspective d’une éventuelle coalition nationale.

Carte des listes sortantes aux élections régionales du 20 et 21 septembre 2020

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Référendum sur le nombre de parlementaires : un scrutin très incertain

En plus des élections régionales précédemment évoquées, les Italiens sont invités à se prononcer sur la réduction du nombre de parlementaires (de 945 à 600). Force est de constater que ce scrutin ne semble pas intéresser les foules, avec 42% des votants n’ayant aucune opinion sur cette réforme. Difficile de ne pas faire de parallèles avec le référendum de 2000 en France, qui portait lui aussi sur une modification des modalités d’élections des parlementaires et qui avait réuni un peu plus de 30% des électeurs. Il est ainsi probable que peu d’Italiens se déplacent pour voter, d’autant plus que le “Oui” est donné très largement gagnant (bien que certaines figures importantes de la vie politique italienne aient annoncé vouloir voter contre cette réforme constitutionnelle, comme Veltroni et Prodi).

D’après le dernier sondage Ipsos, le “Oui” devrait l’emporter avec une avance de 34 points par rapport au “Non”. Il est vrai que l’ensemble de la classe politique soutient cette réforme (à l’exception du PD, qui semble divisé sur la question) qui devrait permettre à l’État italien de faire entre 285 et 500 millions d’euros d’économie par mandature. Mais bien plus qu’un intérêt pécuniaire, cette réforme de la Constitution devrait modifier durablement les prochaines élections et les perspectives politiques. Suite à la réduction du nombre de parlementaires, le Parlement devra adopter une loi organique sur un nouveau mode de scrutin. Le Germanicum semble être envisagé pour pallier l’instabilité politique italienne.

Depuis la réforme électorale de 2017, un système mixte existe qui prévoit que 37,5 % de sièges soient alloués par un scrutin uninominal majoritaire à un tour et le reste à l'aide d'un système proportionnel à un seul tour. Mais certains parlementaires souhaitent réformer ce système, notamment le très influent député du M5S Giuseppe Brescia, Président de la Commission des Affaires étrangères. Ce dernier propose un seuil de 5%, nécessaire pour qu’un parti puisse obtenir des élus au Parlement. Les partis qui ne dépassent pas 5% mais obtiennent un score supérieur à 5% dans au moins trois circonscriptions obtiennent les députés correspondant à leur score.

L’Ipsos Italie estime ainsi que le système électoral actuel favorise la coalition de droite qui devrait remporter, en se basant sur les sondages actuels, les prochaines élections législatives sans trop de difficultés (scénario 1). Pour autant, une coalition entre le M5S, le PD ainsi que les plus petits partis centristes et sociaux-démocrates limiterait la victoire de la droite et pourrait compliquer la formation d’un gouvernement (scénario 2).

Un schéma similaire est à imaginer si le Germanicum est effectivement adopté. Avec un seuil à 5%, la droite serait toujours victorieuse, avec une majorité de seulement 25 parlementaires à la Chambre des députés et 11 sièges au Sénat. Une victoire qui tombe ainsi dans la marge d’erreur et qui devrait inquiéter les instances de la coalition de droite. Avec un seuil à dépasser pour avoir des élus, il est probable que les petits partis de gauche, qui feront vraisemblablement moins de 5%, (les Verts, Italia Viva de Matteo Renzi, Più Europa) acceptent de s’allier au M5S ou au PD, malgré leur réticence actuelle. 

Graphique 2 : projection du parlement en fonction du système électoral 

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Mais ce scrutin aura un autre impact non négligeable : remettre au cœur de la vie politique l’ancien Président du Conseil Silvio Berlusconi. L’ancien chef d’Etat italien a subi une longue traversée du désert depuis les dernières élections législatives. En 2018, il Cavaliere, en coalition avec la Ligue, Frères d’Italie et Noi con l'Italia, avait réussi à réunir 14% des suffrages, talonnant de près la Lega et le PD. Un an plus tard, aux élections européennes, il ne récoltait plus que 8,78 des voix. En août 2020, l’hebdomadaire Termometro politico ne lui crédite que 5,8% aux prochaines élections générales. 

Difficile de ne pas voir de similitudes entre le style de Silvio Berlusconi et celui de Matteo Salvini. Tous deux sont arrivés au pouvoir grâce à un discours dissident, une rhétorique critique de l’Union européenne, une méfiance à l’égard de l’institution judiciaire ainsi que des propos polémiques. Pour autant, par son âge (83 ans), sa santé fragile (l’ancien chef de l’exécutif a frôlé la mort suite au coronavirus) et sa longévité politique (il a été à la tête de l’Italie pendant près d’une décennie, soit le plus long mandat non consécutif depuis l’abolition de la monarchie en 1947), Silvio Berlusconi n’est plus le meilleur candidat pour incarner le « dégagisme ». Pour exister sur la scène politique et face à la concurrence de la Ligue, il Cavaliere a ainsi adouci son discours sur des sujets clivants comme l’Union européenne, défendant mordicus le plan de relance européen et estimant avoir de nombreuses convergences avec Emmanuel Macron. Néanmoins, cette évolution n’a pas eu les résultats désirés : le paysage politique italien est dominé par des partis europhiles centristes (Partito Democratico, Cambiamo!,Azione, Più Europa ou Italia Viva) et il est très difficile pour la formation de Berlusconi de réellement se démarquer sur les thématiques européennes. D’autant plus que ses positions conservatrices sur l’homosexualité et l’égalité femme-homme dissuadent l’électorat libéral de se tourner vers lui. Forza Italia se maintient autour des 5% d’intentions de vote uniquement grâce à la fidélité d’une partie de ses soutiens.

Néanmoins, il n’est pas impossible que Forza Italia décide de s’allier avec le PD et le M5S au vu de former un nouveau gouvernement. C’est ce que préconise Romano Prodi, ancien Président du Conseil et ex-Président de la Commission européenne, qui estime que seul l’appui de Berlusconi permettrait à la coalition gouvernementale de faire front contre l’extrême-droite. Forza Italia serait ainsi faiseur de roi et pourrait faire monter les enchères pour obtenir des ministères importants et une place prépondérante au sein d’un nouveau gouvernement. Berlusconi craint en effet qu’en s’alliant avec la Lega et Frères d’Italie, sa formation politique sera écrasée par les deux géants de la coalition de droite et il est probable que son parti sorte encore plus affaibli qu’il ne l’est actuellement.

Un avenir politique incertain pour l’Italie

Au lendemain de la pire crise sanitaire que le pays ait connu de son histoire, l’Italie se prépare à un important séisme économique. La croissance italienne devrait se rétracter de l’ordre de 11.2%, soit la récession la plus forte du continent européen, et le rebond ne sera que de 6.1% en 2021 (contre 7,6% en France et 8,4% au Royaume-Uni). Et bien que l’Italie soit la première bénéficiaire du plan de relance européen, en recevant près de 65 milliards d’euros étalés sur trois ans, il est peu probable que cette somme soit suffisante pour répondre aux défis économiques qui risquent de secouer la Péninsule dans les années qui viennent. 

A la veille d’une série de scrutins importants, la coalition gouvernementale joue sa survie. En cas de défaite pour la gauche, il est probable que Giuseppe Conte démissionne de son poste de Président du Conseil et que les Italiens, faute de jeu des alliances, soient convoqués une nouvelles fois aux urnes pour renouveler la Chambre des députés. Un scénario qui semble probable au vu des récents sondages et qui aurait un impact retentissant au niveau national comme communautaire. Ce n’est ainsi pas un euphémisme de dire que l’avenir de l’Europe se joue ce week-end dans quelques provinces italiennes. 

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