Avancer vers la construction de villes et territoires plus durables et plus justes

Si 2015 a été marquée par l'adoption de feuilles de route politiques ambitieuses et qui donnent beaucoup d'espoir, 2016 doit être l'année de la mise en œuvre. Les villes sont prêtes, nous attendons le signal des acteurs nationaux et européens pour avancer vers la construction de villes et territoires plus durables et plus justes.

Conférence ICLEI Bilbao 2016 Conférence ICLEI Bilbao 2016
Les 27 et 28 avril dernier, j'ai assisté à Bilbao à la 8e conférence des villes durables, organisée par le réseau de ICLEI. Cette rencontre était un temps de discussion important pour l'ensemble des élu/es des villes européennes présentes, et les représentants des institutions européennes.

Pour ma part, j'ai pris part aux discussions de la séance plénière, consacrée à l'interaction entre les besoins des villes et les trois cadres qui ont été adoptés en 2015 - Objectifs du Développement Durable par l'Organisation des Nations Unis, Accord de paris suite à la COP21 – et, en début d'année 2016, avec l'adoption de l'Agenda Urbain Européen.

Paris est concernée par l'ensemble de ces nouveaux cadres européens et internationaux, et ce de manière transversale. Toute collectivité qui aujourd'hui prend à bras le corps la question de la lutte contre le dérèglement climatique s'attache tant à œuvrer à préserver la planète, à protéger des ressources naturelles qui s'épuisent qu'à déployer un projet politique urbain qui promeut justice sociale et solidarité, le tout s'inscrivant dans un agenda urbain spécifique. En ce sens, Paris est engagée depuis plus de dix ans par la mise en place d’un plan climat énergie territorial ambitieux, pour réduire l'empreinte écologique de la Capitale, en agissant tant sur l'ensemble des politiques publiques (bâtiments, énergie, transports, ou encore consommation) que sur la mobilisation de l'ensemble des parties prenantes. Depuis septembre 2016, cette politique d'atténuation s'accompagne d'une stratégie d'adaptation aux effets du dérèglement climatique.

Lors de cette discussion l'heure était moins au bilan, qu'à identifier "comment" les villes, gouvernements locaux, acteurs étatiques peuvent désormais se saisir de ces nouveaux cadres.

A cette occasion, j'ai insisté sur trois dimensions :

  • La gouvernance : si aujourd'hui les Villes se sont organisées entre elles, notamment au sein des réseaux de ville, pour coopérer et mettre en œuvre des politiques visant à construire la ville durable, l'heure doit désormais être à la création de plateformes multipartenaires et multi-échelles. En effet, il est nécessaire de créer des instances de dialogue et de travail qui cassent la logique des silos, rassemblant l'ensemble des parties prenantes, et plus spécifiquement permettent enfin le dialogue entre "acteurs non étatiques" et "acteurs étatiques". Dans cette perspective, la mise en place du "Lima Paris Action Agenda" lors de la COP21 était une première étape intéressante. La définition de sa gouvernance est désormais urgente.
  • L'évolution des cadres législatifs aux échelles nationale et européenne afin de soutenir l'action des villes pour construire des villes durables et bas carbone. Ces cadres doivent d'abord permettre d'être réellement incitatifs. Or cela n'est pas le cas aujourd'hui. Le Dieselgate qui a largement occupé l'actualité européenne ces derniers mois témoigne de la difficulté persistante de développer des politiques publiques efficaces et soutenues à tous les échelons pour lutter contre la pollution de l'air. Ces cadres doivent ensuite permettre de développer des approches décentralisées indispensables à la mise en œuvre des dynamiques de la transition énergétiques. La gestion des réseaux d'énergie - électricité, gaz, chaleur urbaine - et d'eau sont des domaines stratégiques fondamentaux pour le développement de la ville durable. Ils doivent faire l'objet d'une attention particulière, afin de permettre un pilotage renforcé par la puissance publique et la protection des biens communs.
  • La construction d'un nouveau cadre financier ambitieux, là encore aux échelles nationale et européenne, pour financer cette transition écologique que nous appelons tous de nos vœux, pour sortir de la logique de "subventions" et définir une approche holistique, permettant le financement de projets moins classiques dans leur forme, de par leur format ou encore qui ferait l'objet de financement participatif.

 

 

 

Si 2015 a été marquée par l'adoption de feuilles de route politiques ambitieuses et qui donnent beaucoup d'espoir, 2016 doit être l'année de la mise en œuvre. "Urgence" tel était le mot dans toutes les bouches des intervenant/es à cette conférence. Les villes sont prêtes, nous attendons le signal des acteurs nationaux et européens pour avancer vers la construction de villes et territoires plus durables et plus justes.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.