L'objectif était très clair : à Lima, les Etats du monde entier devaient s'accorder sur la manière de poser les bases d'un accord pour limiter le réchauffement de la planète à 2°C. La température de la terre a déjà augmenté de 0,8°C et les effets s'en font ressentir dans de nombreux pays dont les habitants doivent faire face à des difficultés en termes d'accès à l'eau et à certaines ressources alimentaires ou encore à des évènements météorologiques extrêmes. Plus personne ne conteste désormais les recommandations du GIEC : dépasser 2°C serait catastrophique pour l'humanité toute entière, car au-delà d'un tel niveau de réchauffement les conséquences sur la planète, sur nos ressources vitales, sont difficilement mesurables. Le dérèglement climatique est une réalité qui nécessite une action ambitieuse.

Dans cette perspective, les dirigeants du monde entier avaient trouvé un point de consensus - pas un deuxième Copenhague - et les annonces de discussions constructives entre la Chine et les Etats Unis laissaient présager du meilleur. Le décor étant posé, Lima devait être une étape fondamentale pour le Climat.

En route pour Paris: les 3 points en suspens

Le scénario rêvé ne s'est pourtant pas réalisé. Comme la presse s'en est fait largement l'écho, l'accord de Lima est "décevant", en "demi-teinte". Dur retour à la réalité, les Etats peinent encore à prendre leurs responsabilités face à ce défi majeur que constitue pour nos sociétés le dérèglement climatique et de dépasser leurs intérêts particuliers nationaux.

Pour comprendre cette occasion manquée, trois points me semblent essentiels à retenir.

  • L'absence d'engagements des Etats en matière de baisse d’émissions de gaz à effet de serre: les contributions de chacun reste à définir et les Etats devront rendre leurs copies avant mars 2015.
  • Le débat atténuation / adaptation : si pendant longtemps, les accords sur le climat concernaient principalement la nécessité de mettre en place des politiques d'atténuation, c'est à dire de baisse de notre empreinte écologique sur la planète, les discussions portent désormais aussi sur les politiques d'adaptation. Très concrètement, celles-ci consistent à adapter nos modes de vie aux évolutions de l'environnement engendrées par le dérèglement climatique. Cette question est notamment posée par les pays en voie de développement, qui non contents d'être les moins contributeurs en terme d'émissions mondiales de gaz à effet de serre, sont les premiers à en subir les conséquences les plus désastreuses. De manière très légitime, leurs demandes quant à l'accord final, portaient sur la prise en compte de cette question ainsi que sur la mise en œuvre d'une solidarité mondiale reposant notamment sur le Fonds Vert. Là encore, les engagements n'ont pas été à la hauteur des attentes des Parties.
  • L'absence de reconnaissance pour les villes : Maire Adjointe de Paris, ce sujet m'a plus particulièrement interpellé. Depuis de nombreuses années, du "local au global", l'expression chère aux écologistes n'a jamais autant pris de sens. Si les activités des villes sont responsables de 70% des émissions de gaz à effet de serre mais aussi de l'épuisement des ressources naturelles, c'est à cette échelle aussi que s'organise un nouveau modèle de développement plus sobre et créateur de lien social. Les villes et gouvernements locaux sont engagés au côté de l'Organisation des Nations Unis dans le processus des COP. Leur volonté est d'être reconnu au sein de l'accord international, afin de contribuer à la dynamique de leurs Etats mais aussi de renforcer leurs moyens d'action. En ce sens, dans la continuité du sommet de New York, la rencontre de Lima était porteuse d'espoir. La première version de l'accord comportait des dispositions favorables à ces acteurs non étatiques et pour la première fois dans l'histoire des COP,  un "dialogue de haut niveau", rencontre officielle entre les instances des Nations Unis, les représentants des Etats et ceux des acteurs non étatiques a été organisé le 11 décembre, laissant présager une issue favorable à cette question. Cependant, sous l'influence de certains Etats, rattrapés par des problématiques de politique intérieure, ces dispositions ont disparu de l'accord final dans les dernières 48h de rédaction de celui-ci.

La signature d'un accord ambitieux à Paris en décembre 2015 nécessitera donc un travail important. Cependant, si l'atmosphère générale semble au défaitisme, c'est aussi par omission des dynamiques locales qui, elles, sont pourtant porteuses d'espoir. Ce sont en tous les cas les enseignements que pour ma part je retiendrai de Lima.

Les leçons de Lima : des dynamiques locales et l'exemplarité du modèle parisien

Ma participation au sommet péruvien vient d'abord renforcer une conviction personnelle. C'est à l'échelle locale que nous enclencherons le changement de modèle de société pour lutter contre le dérèglement climatique. Les rencontres avec mes homologues colombien, mexicain, canadien, américain, chinois l'ont confirmé. Toutes et tous dans nos villes sommes engagés dans une même dynamique en terme de politique publique. Nous construisons des villes durables - en réduisant notre empreinte carbone, nos consommations d'énergies et en innovant, tout en ayant à cœur d'améliorer le quotidien des habitants. Cette dynamique nous la conduisons aussi avec une volonté de changer la politique, en donnant une place croissante à tous les acteurs de nos territoires qu'il s'agisse des citoyens, des associations ou encore des entreprises.

Dans ce contexte, j'ai eu l'occasion à Lima d'exposer à maintes reprises l'action de la Ville de Paris dans le cadre de notre Plan Climat Energie Territorial (PCET) et de constater l'exemplarité de notre Ville à l'échelle internationale.

Le PCET a été adopté en 2007 à l'unanimité par le Conseil de Paris et inspire l'ensemble des politiques menées par la ville. Je mentionnerai ici quelques-unes de ces réalisations les plus emblématiques:

  • 21 000 logements sociaux ont fait l'objet d'opération de rénovation thermique et un dispositif  d’aide à destination des propriétaires privés a été déployé;
  • un plan de déplacements durables, incluant les dispositifs Vélib et Autolib, a été mis en œuvre;
  • une alimentation d'origine biologique et locale a été introduite dans la restauration collective;
  • 10% de la population parisienne est engagée dans des actions en faveur du développement durable via le réseau des Acteurs du Paris Durable;
  • 12 grandes entreprises sont engagées à nos cotés dans le cade de la Charte Paris Action Climat.


L'ensemble de ces politiques a permis à la Ville de réduire ses émissions de gaz à effets de serre ainsi que ses consommations d'énergies. Elles ont aussi d'autres bénéfices : amélioration de la santé par la réduction de la pollution de l'air et par l'amélioration de la qualité alimentaire, réduction de 30% des factures d'énergies des locataires ou encore création de 2000 emplois dans le secteur du bâtiment.
Nous allons aller plus loin dans les années à venir. Je présenterai en 2015 le plan 1000 immeubles, le plan alimentation durable ou encore la stratégie d'adaptation au changement climatique de la Ville de Paris.

La preuve en est fait localement: il n'y a pas de fatalité face au dérèglement climatique ! Le courage politique, l'innovation, l'imagination et la participation de tous les acteurs sont des clés pour créer les villes et la société du 21e siècle. C'est dans cet état d'esprit que je souhaite inscrire les actions de la ville au cours de l'année 2015, pour accueillir au mieux la COP21 et qui sait influencer positivement l'accord de Paris.

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