Nantes, 9 mars, manifestation contre la loi El Khomri

Belle manifestation contre le projet de loi réformant le code du travail. Partis du campus vers 13h plus d'un millier d'étudiants rejoint en cortège le point de rassemblement intersyndical en centre ville place du Bouffay. Des lycéens arrivent aussi nombreux. Puis le cortège parcourt joyeusement et rapidement – les jeunes en tête – le grand parcours tout autour de la ville.

Probablement environ 15 à 20 000 manifestants vu la longueur du cortège et les indications de la police – 10000 !

Revenus au point de départ place du Bouffay, la tête de cortège hésite, des artistes proposent « on prend le château », puis un anarchiste lance « tous à la préfecture », personne ne suit, ayant vu le déploiement policier autour. Le cortège est joyeux et bon enfant et reprend son chemin vers la gare. J'hésite à suivre mais puisque c'est mon chemin pour rentrer, je continue.
Arrivés à la gare, le cortège s'immobilise, un cordon de gendarmes mobiles bloquant les accès à la gare. Les jeunes discutent entre eux, certains rebroussent chemin vers Bouffay, quand subitement, des grenades lacrimogènes pleuvent sur les manifestants aux premiers rangs puis des tirs fournis sont lancés au dessus de la foule vers la rue Stanislas Baudry. Les manifestants et les passants sont pris au piège.  Un couple part en courant avec une poussette et un bébé qui hurle. Je contourne par la rue Ecorchard pour comprendre ce qui se passe devant la gare.

Policiers en civil devant la gare de Nantes © C. Declercq Policiers en civil devant la gare de Nantes © C. Declercq
Interpellation d'un jeune © C. Declercq Interpellation d'un jeune © C. Declercq

 Je vois alors un groupe que je crois d'abord être des casseurs, mais qui enfilent rapidement des brassards police avant de fondre sur un petit groupe de jeunes manifestants qui se retrouvent coincés derrière un bus. Les coups de matraque pleuvent, un des jeunes est frappé par un policier en civil avec brassard alors qu'il est à terre, les autres lèvent les bras en l'air. J'essaie de m'approcher pour filmer, mais à ce moment, trois policiers interpellent violemment le jeune qui est blessé au visage et l'emmènent en courant vers la gare. Puis le groupe de policiers en civil reprend sa position d'attente, sans brassards.

Jeune blessé au visage © C. Declercq Jeune blessé au visage © C. Declercq

Policiers en civil devant la gare de Nantes Policiers en civil devant la gare de Nantes

Des photographes amateurs aussi sont pris à parti par les policiers. Une nouvelle salve de gaz lacrimogène décourage les derniers présents qui refluent vers Bouffay. Un des policiers en civil me menace, alors que je continue à faire quelques photos. Je quitte le quartier pour rentrer, sans comprendre ce qui se passe.
Comment dans un état de droit, peut-on comprendre que ceux là même qui sont chargés du maintien de l'ordre, sèment ainsi le désordre, parmi une manifestation de jeunes plutôt calme ? Moi je pense aux gamins, dont c'était la première manif et à celui blessé qui n'a pas compris ce qui lui est arrivé.

Christophe Declercq

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.