Sivens après l’alerte, le Choc !

Sous le choc, cela va faire une semaine que je suis sous le choc, je m’étais penchée sur cette histoire de barrage, ce projet qui semblait démesuré et anti-démocratique et qui malheureusement ne rencontrait que très peu d’échos dans les médias.

Malgré mes demandes auprès de mes contacts, mes appels auprès de mon réseau, peu de choses évoluaient sur les appels lancés depuis la ZAD du Testet. Et oui je n’ai pas les rondeurs de Zahia, ni l’influence de  Christiane Taubira, qui au passage est bien silencieuse sur le sujet, pourtant bien au ministère de la justice. Et là il me semble qu’on patauge dedans !

Donc une minorité de journalistes qui décident d’en parler, après tout, les arbres ce n’est pas très vendeurs et en plus on fait des journaux avec. Pourtant les craintes de toutes personnes intéressées par ce sujet ont été validées. La crainte d’un drame, d’un accident …

Mais là, on ne parle pas d’accident, Rémi FRAISSE est mort ! Je ne connaissais pas personnellement ce jeune homme. Nous n’avions en commun que le combat pour un avenir plus serein pour nos enfants, même si lui n’était pas encore père. Ses parents ont souhaité que personne ne fasse de récupération de sa disparition, afin de respecter leur parole je vais essayer de faire au mieux. Mais comment ne pas être  bouleversée par cette disparition ?  Car c’est cruel de perdre sa chair et son sang mais dans ces circonstances, comment doit-on agir ? Quand cette perte est due de celle qui est censée nous protéger ? Je ne suis pas contestataire et je ne fais pas parti de ceux qui rentrent en conflit avec les autorités. Donc imaginez mon ressenti !

Plusieurs semaines auparavant j’ai vu défiler des vidéos, des images provenant de la ZAD du Testet, elles m’ont tiré les larmes plus d’une fois, je n’arrivais pas à comprendre, je n’arrivais pas à saisir… Comment ces personnes payées pour nous protéger pouvaient agir ainsi ? Plus d’une fois j’ai commenté tout haut : « mais messieurs vous avez une vie en dehors de l’uniforme et certainement des bambins qui vous aiment, comment pouvez-vous vous regarder dans une glace ? Que vont penser  vos enfants  lors de vos promenades en forêt ? Je sais le job, c’est le job, presque je comprends ».  Et pourtant aujourd’hui un jeune est mort, et là, non je ne comprends plus ! Qu’on essaie de discréditer ce qui s’est passé, d’arranger la version, car tout ça c’est bien dérangeant. Ce serait plus simple si ça avait été un « rasé » ou un « extrémiste ». Mais ce n’est pas le cas. Alors on nous vend un djihadiste vert, c’est tout nouveau, on ne savait pas que ça existait, mais pour le Testet on va vous le faire ! Car vous savez certains pour sauver la face ils sont prêts à tout, même à vous dire que « mourir pour ces idées c’est bête » !

Honnêtement est-ce que mourir alors que ce barrage n’avait pas lieu d’être et que ce n’est pas nouveau, mourir pour conserver et avoir un avenir plus vert et durable, ça ne vous farfouille pas les tripes ? Car moi si ! Cela va faire une semaine que je suis abasourdie, je suis troublée de ce que j’entends dans les médias, une soupe gluante qui un coup casse, un coup valorise.     

Comment ne pas être choqué par tous les propos et surtout par le silence de notre gouvernement, la mort du président de Total rassemble plus d’émotions de leur part. Aucune comparaison à faire car les deux sont tragiques, mais pourquoi j’ai ce sentiment de l’importance de l’une et de la minimisation de l’autre ? Certainement car c’est bien le cas ! 

Car il y a eu des manifestations auxquelles j’ai participé et franchement c’était moche. Moche pas parce qu’on vous a dit « hey ces manifestants ils cassent tout ! » Non moche car nous étions pacifiques, nous marchions sur le même principe et nous nous sommes fait gazer comme si nous appartenions à du grand banditisme ! Les tensions ne sont pas venues du cortège, mais plutôt de l’hélicoptère qui traquait notre parcours et bien entendu des forces de l’ordre qui nous attendaient en tir tendu au bout !   Nous nous sommes retrouvés une centaine à se faire gazer sans comprendre pourquoi. De me retourner et voir un couple avec une jeune fille en larmes, pas dû au gaz, mais par cette incompréhension « je suis gazée mais moi je viens car Rémi est mort et qu’il ne faut pas ce barrage » cette personne n’a rien contre les forces de l’ordre, juste elle a des idéaux comme Rémi, comme moi… Est-ce une raison pour mourir ? Il n’y en a pas. Pas de réponse à ça, juste le message qui nous est renvoyé qui  est disproportionné. Agressif. «  Taisez-vous madame et retournez à votre vie ».  J’aimerai bien, mais Rémi n’est plus, et mes yeux sont désormais bien ouverts …   

Et pourtant, une cause nous rassemble, car elle pointe un avenir, elle pointe ce qui serait plus intéressant pour le futur.  Il y a 20 ou peut-être 30 agriculteurs qui aimeraient ce barrage et eux aussi il ne faut pas les laisser tomber, car c’est trop facile de leur dire : « pas de barrage débrouillez-vous avec vos cultures ». Non !  Si on veut faire avance les choses ce n’est pas en divisant. Alors ne pas oublier de leur expliquer comme le fait si bien Benoit BITEAUet qui est prêt à donner un « coup de main » car la France peut aussi être un exemple de solidarité. Et j’ai envie de croire en ça ! Qu’il y a 

pleins de solutions à mettre en œuvre, juste elles n’ont pas encore trouvées leur intérêt, ni leur écho, mais ça va se faire.

Croire en un avenir ou les hommes en noir seront là pour nous protéger et pas pour nous agresser.  Un avenir où les agriculteurs seront là pour nous nourrir dans le bien être de leur terre et pas pour la détruire.

Pas d’utopie, juste une vision optimiste ! Et où Rémi serait fier de ce que nous avons fait.

 

Céline LAPORTE

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