"Oui" à la constitution égyptienne: courte chronique d'une longue campagne d̶e̶ ̶p̶r̶o̶p̶a̶g̶a̶n̶d̶e publicitaire

Mi-novembre 2013, à la veille de la seconde commémoration des événements de Mohamed Mahmoud, une nouvelle affiche publicitaire surplombait la place Tahrir. Et quelle affiche !

Mi-novembre 2013, à la veille de la seconde commémoration des événements de Mohamed Mahmoud, une nouvelle affiche publicitaire surplombait la place Tahrir. Et quelle affiche !

 

S'inscrivant dans le climat de nationalisme exacerbé qui innonde les ondes et les rues depuis le 3 juillet et le renversement de Mohamed Morsi, la publicité portait le message suivant : « Comme nous l'avons montré le 30 juin, montre leur notre peuple, montre leur notre nombre. Participe à la Constitution. (Signé) des Égyptiens qui aiment leur pays. »

 

 

 

Pour ceux qui auraient pu se laisser méprendre et voir dans cette affiche une invitation sincère à s'investir dans les débats entourant la constitution alors que celle-ci était toujours en cours de discussion au sein du comité constitutionnel, le message devînt un plus clair une semaine après. L'affiche de la place Tahrir fut remplacée et ses couleurs pales firent place à un rouge vif. Sur la nouvelle affiche, on pouvait alors lire : « Participer à la CONSTITUTION (mot encadré en blanc sur l'affiche), cela veut dire OUI (encadré en vert) au 30 juin et au 25 janvier1 »

 

Le pont du 6 octobre aussi s'est retrouvé peint en rouge. Ce pont, qui est en réalité une véritable autoroute surélevée, traverse le Caire d'est en ouest. Plus long pont d'Afrique et recensé à la 24e position dans la liste des ponts les plus longs du monde, il mesure 20,5 kilomètres de long. Or, c'est sur ce pont que des versions « miniatures » de l'affiche ont été placées, dans les deux sens, à une intervalle de 20 à 25 mètres environ, soit pour le seul pont du 6 Octobre un total d'environ 2000 panneaux publicitaires promouvant la Constitution.

 

(Grande et petites affiches pour la constitution visibles le long du pont du 6 octobre - Photo AFP / Gianluigi Guercia) (Grande et petites affiches pour la constitution visibles le long du pont du 6 octobre - Photo AFP / Gianluigi Guercia)

 

Certains, qui ne voyant pas ou ne voulant pas voir le message contenu dans le grossier montage consistant à encadrer les seuls mots « constitution » et « oui », ont pu dire alors qu'il s'agissait encore une fois avant tout d'insiter les gens à « participer » et qu'on était loin de la campagne de propagande menée un an plus tôt par les Frères Musulmans en faveur du oui à leur constitution.

 

Il s'agit là d'ailleurs du principal argument avancé par Tarek Nour, le fondateur et président de la compagnie publicitaire Tarek Nour Communications à l'origine de la campagne : « Au début, la campagne ne poussait pas les gens à voter « oui » mais les incitait d'une manière intelligente à participer et être actif. C'est totalement différent de la campagne de la confrérie »2.

 

« Au début ». Car mi-décembre, alors que le comité constitutionnel avait rendu public le nouveau projet de constitution et que le référendum devant l'approuver ou le rejeter était fixé à la mi-janvier, une nouvelle affiche vînt remplacer la précédente. En grosse lettre « Oui à la constitution », et plus discrètement « des Égyptiens qui aiment leur pays »

 

Photo AP / Nariman El-Mofty Photo AP / Nariman El-Mofty

 

Interrogé sur l'identité de ces fameux « Egyptiens qui aiment leur pays » et qui financent cette campagne, le comité constitutionnel a rejeté toute implication. De son côté, un porte-parole du gouvernement a évoqué un groupe « d'hommes d'affaires » et « d'organisations de la société civile » en se refusant toutefois à donner plus de détails reprenant la position de la compagnie publicitaire Nour Communications, qui était, cela dit en passant, la compagnie chargée de la campagne de l'ancien premier ministre de Moubarak et ancien candidat à la présidentiel Ahmed Shafiq.

 

Quoi qu'il en soit, depuis deux mois, et avec l'appui plus récent d'autres campagnes de « promotion » menées notamment sur les chaînes de télévision, cette campagne aura contribué à faire en faire en sorte que le « non » au référendum ne soit pas une option.

 

Céline Lebrun

 

1 Le 25 janvier (2011) marque le début du soulèvement qui conduira au départ du président Hosni Moubarak. La date du 30 juin (2013) marque quant à elle le début de la vague de manifestations contre Morsi qui conduira à son renversement le 3 juillet.

http://www.madamasr.com/content/selling-constitution

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.