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Billet de blog 21 nov. 2013

Mohamed Mahmoud III : Ni armée, ni Frères Musulmans, la difficile troisième voie en Egypte

La rue Mohamed Mahmoud, qui part de la place Tahrir et passe près du ministère de l'Intérieur, a vu se dérouler, du 19 au 23 novembre 2011, 4 jours d'affrontements entre des manifestants et les forces de sécurité après que celles-ci aient attaqué un sit-in auquel participaient notamment les familles des martyrs tombées pendant les événements de janvier 2011 demandant que le CSFA, Conseil Suprême des Forces Armées alors au pouvoir, abandonnent ce dernier à une autorité civile. Ces quatre jours d'affrontements ont fait 47 morts et des centaines de blessés.

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La rue Mohamed Mahmoud, qui part de la place Tahrir et passe près du ministère de l'Intérieur, a vu se dérouler, du 19 au 23 novembre 2011, 4 jours d'affrontements entre des manifestants et les forces de sécurité après que celles-ci aient attaqué un sit-in auquel participaient notamment les familles des martyrs tombées pendant les événements de janvier 2011 demandant que le CSFA, Conseil Suprême des Forces Armées alors au pouvoir, abandonnent ce dernier à une autorité civile. Ces quatre jours d'affrontements ont fait 47 morts et des centaines de blessés.

Un an plus tard, cette fois-ci sous le gouvernement de Mohamed Morsi et des Frères Musulmans, le 19 novembre 2012 était l'occasion de commémorations qui réunirent plusieurs milliers de personnes. De nouveaux affrontements se déroulèrent des jours durant entre les manifestants et les forces de l'ordre entraînant de nouveaux blessés et de nouveaux morts, parmi lesquels Gaber Saleh, un jeune activiste de 16 ans connu de tous sous le nom de Jika.

Cette année, plus de quatre mois après le renversement de Morsi et l'instauration d'un nouveau gouvernement sous la houlette du CSFA et du général Abdel Fattah el-Sisi à sa tête, le second anniversaire des événements de Mohamed Mahmoud était attendu par beaucoup comme devant permettre de faire le point sur les forces en présence et l'état du processus révolutionnaire enclenché depuis janvier 2011.

En effet, alors que l'armée semble revenue en grâce et que les portraits de Sisi ornent désormais la plupart des devantures faisant de l'ombre à celle de Nasser ; alors que la propagande médiatique réécrit l'histoire de la Révolution en rejetant l'entière responsabilité des événements de ces deux dernières années sur les Frères Musulmans ; alors que des gens chantent « l'armée, la police et le peuple sont une seule main », la date anniversaire de la tragédie de Mohamed Mahmoud et du sang versé impunément par la police et le régime militaire sera-t-elle une piqûre de rappel suffisante contre l'amnésie généralisée, la peur et le silence qui semble avoir de nouveau envahi les rues ? Rien n'est moins sûr...

Surtout que c'est jour de match ! Eh oui, ce soir-là, l’Égypte jouait sa qualification pour la Coupe du monde de football 2014 ! Jour de fête aussi pour les adorateurs du général qui célébrait ses 59 ans. 

Sans prétendre offrir une analyse, voici quelques photos prises au cours de ces deux journées chargées d'enjeux, deux journées à arpenter les rues du centre-ville, et les réflexions que ces instantanés ont pu m'inspirer.

Le 18 novembre : "Il tue la victime et vient à ses funérailles", proverbe arabe.

 (Cette année, des commémorations étaient organisées dès le 18, afin notamment d'éviter de nouveaux incidents)

En chemin, le long de la corniche, sur l'un des murs barrant l'accès à l'ambassade américaine...

Photo 1 © 

"C'est une maladie. Plus personne ne pense ou ne ressent ou ne se soucie plus, plus personne n'est excité ou ne croit en quelque chose."

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Arrivée en vue de la place Tahrir, barrières, tanks et barbelés.

Photo 2 © 

Au loin, la fin d'une cérémonie officielle organisée par les autorités égyptiennes pour inaugurer une sorte de mémorial, de mauvais goût, construit à la hâte et à peu de frais, en l'honneur des martyrs de la Révolution du 25 janvier 2011 et du 30 juin 2013.

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Des poupées gonflables, un mémorial à bas prix et au loin, l'entrée de la rue Mohamed Mahmoud barrée par les tanks...

"L’histoire se répète toujours deux fois : la première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une farce." - Karl Marx.

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Et pendant ce temps-là, dominant la place Tahrir, la Constitution, devenue un objet publicitaire qu'il faut vendre, est livrée à la rhétorique nationaliste : « Comme nous l'avons montré le 30 juin, montre leur notre peuple, montre leur notre nombre. Participe à la Constitution. Des Égyptiens qui aiment leur pays. »

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Rue Mohamed Mahmoud. Les visages des martyrs, tués par la police sous le régime militaire, assiégés par les tanks et les barbelés. Mais c'est vrai qu'ils ne sont plus là pour voir ça...

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Mohamed Mahmoud. Un peu plus loin. Le nouveau graffiti qui recouvre l'un des murs de l'université américaine du Caire.

Assiégés et déchirés, des gens luttent encore et toujours, avec la raison et le cœur.

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« Le manifeste du peuple ». La dernière initiative qui a fait son apparition dans les rues du Caire à la veille du second anniversaire de Mohamed Mahmoud dans le but de réaliser, un jour, peut-être, les revendications formulées par le peuple égyptien depuis le 25 janvier.

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17h. Arrivée place Abdeen, située à l'autre extrémité de la rue Mohamed Mahmoud. A l'opposé de la place Tahrir et de son mémorial, quelques centaines de jeunes et révolutionnaires se sont rassemblés autour des familles de martyrs, à l'appel du « Mouvement du martyr Gaber Saleh Jika ».

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Tracé sur le sol en lettres de feu par les jeunes présents au rassemblement, « à bas celui qui a trahi ».

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Ayant quitté Abdeen et arrivé à Tahrir après avoir remonté Mohamed Mahmoud, les quelques centaines de manifestants ont détruit le mémorial. Cette fois-ci le message est clair. « A bas tous ceux qui ont trahi. Armée, ancien régime, Frères musulmans. »

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Le 19 novembre : « La bataille des doigts. Deux pour Sisi. Quatre pour Morsi. Trois pour aucun d'entre eux. Celui du milieu pour les deux. »1

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17h. De retour à Tahrir à l'heure où des manifestations parties de divers endroits du Caire convergent vers la place et la rue Mohamed Mahmoud.

Sur les restes du mémorial, un cercueil a été dressé.

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Alors que la destruction du mémorial suscite des débats parmi les personnes réunies sur le terre-plein central de la place entre les « pro-Sisi » et les autres, un jeune entreprend de s'attaquer à ce qu'il en reste.

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Tandis que les débats virulents qui débordent parfois continuent sur la place Tahrir, l'entrée de la rue Mohamed Mahmoud, elle, est bien gardée. Plusieurs bannières marquent la frontière et des cercueils sont là symbolisant la ligne rouge que constitue Mohamed Mahmoud et les martyrs.

Première banderole : « Réservé aux révolutionnaires. Entrée interdite aux Frères Musulmans, à l'armée et aux supporters de l'ancien régime »

Deuxième banderole : « Frontière de l’Égypte révolutionnaire avec l’État de la place Tahrir occupée »

Troisième banderole au loin : « Pain. Liberté. Purge du ministère de l'Intérieur. »

Et sur toutes, une main à trois doigts : Contre les Frères, contre l'Armée, contre l'Ancien régime. Pour le Pain, la Liberté et la purge de l'Intérieur.

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Sur le mur, les visages des martyrs, hier assiégés par les tanks, ont été recouverts dans la nuit par des artistes de rue d'un camouflage militaire aux couleurs rouges.

"Tue, déshabille, emprisonne, et abrutie, ... Nous te le rendrons au centuple." (traduction approximative)

إقتل.. و عرّي , إسجن.. و طرّي ,مجهزنهولك.. مغرّي

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« Nos demandes : la Justice contre ceux qui ont tué et la purge et la restructuration du ministère de l'Intérieur. »

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« Laissez Mohamed Mahmoud aux martyrs. »

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18h30. Un cortège de quelques centaines de personnes arrive enfin et donne vie à un rassemblement resté bien triste jusque là.

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Et pourtant... du haut du camion où les enceintes relaient les slogans criés par l'un des manifestants et d'où l'on peut voir la foule, un constat amer cette année : celui du nombre.

Où sont-ils ?

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Un peu plus loin, un premier élément de réponse : alors que des écrans ont fait leur apparition sur la place, sans qu'on sache d'où ni comment, voilà que les gens ont mis de côté leurs divergences politiques et regardent maintenant le match Égypte – Ghana... Sur la place Tahrir ! En plein milieu des commémorations des événements de Mohamed Mahmoud et de ses martyrs. Et pour deux livres, vous pouviez profiter du match en grignotant des graines de lupins (vendeur ambulant ici au premier plan).

Non ce n'est pas un rêve. Juste l’Égypte serais-je tentée de dire, dans toutes ses contradictions et ses paradoxes.

(Photo twittée par Jarod Malsin) © 

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La place Tahrir évacuée dans la nuit par l'armée.

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Si la tenue de ces rassemblements a constitué, d'un certain point de vue, une victoire, ils n'auront pas suffit. Comme l'équipe nationale de football, dont la victoire 2-1 contre le Ghana n'a pas suffi à assurer sa qualification pour la Coupe du monde (le Ghana l'avait emporté 6-1 au match aller), les révolutionnaires égyptiens ont un large retard sur les forces contre-révolutionnaires, que les événements des 18 et 19 novembre sont loin d'avoir comblé.

Les rapports de forces sont en effet aujourd'hui très favorables au régime militaire et à ses protégés : la semaine dernière, 12 étudiants "pro-Morsi" ont été condamnés à 17 ans de prison ; mercredi, des heurts entre police et étudiants ont fait 1 mort et 16 blessés chez ces derniers. Et pendant ce temps, Moubarak est libre et les meurtriers de Jika et des centaines d'autres martyrs aussi.2

1 Twitté le 19 novembre par Tamer el Ghobashy, correspondant du Wall Street Journal pour le Moyen-Orient basé au Caire. Le deux doigts formant e signe de la victoire est devenu le signe de ralliement des pro-armée et pro-Sisi. A l'inverse, le signe formé à quatre doigts fait référence à la place de Rabaa el Adaweya où se trouvait le sit-in des Frères Musulmans attaqué par l'armée en aoùt 2013. Il s'agit donc d'un signe de soutien aux Frères Musulmans ou du moins de solidarité face à leur répression sanglante. 

2 http://english.ahram.org.eg/NewsContent/1/64/87174/Egypt/Politics-/Egypt-cabinet-allows-police-to-enter-universities-.aspx

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