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Billet de blog 2 juin 2019

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Discréditer l'ONU, une vieille habitude qui ne prend plus

De la pauvreté aux conditions de détention de Julian Assange, Craig Murray démontre l'entreprise de discrédit systématique du Royaume Uni à l'égard de l'ONU

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Jeremy Hunt, Secrétaire aux affaires étrangères et député du sud-ouest de Surrey, travaille pour un État voyou.

Tweet de Jeremy Hunt après la diffusion des conclusions du rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture concernant les conditions de détention de Julian Assange : C'est une erreur. Assange a choisi de se cacher à l'ambassade et a toujours été libre de partir et d'affronter la justice. Le Rapporteur spécial de l'ONU devrait permettre aux tribunaux britanniques de rendre leurs jugements sans son ingérence ou ses accusations incendiaires. Il glisse un lien vers cet article

Tweet de Nils Melzer, auteur du rapport, Titulaire de la chaire Droits de l'homme de l'Académie de Genève, Professeur de droit international, université de Glasgowréponse en réponse à Jeremy Hunt : Avec tout le respect que je vous dois, monsieur : M. Assange était à peu près "libre de partir" en tant que personne assise sur un canot pneumatique dans un bassin à requins. Comme je vous l'ai expliqué en détail dans la lettre officielle que je vous ai adressée, jusqu'à présent, les tribunaux britanniques n'ont pas fait preuve de l'impartialité et de l'objectivité requises par l'État de droit.

Illustration 1
Capture d'écran
Illustration 2
Capture d'écran

Craig Murray le 1er juin 2019 :

Lorsque Jeremy Hunt a décidé hier d'attaquer les Nations Unies sur Twitter, il ne s'attendait pas à ce qu'elles répondent. Il est tombé sur un os.

Le professeur Melzer est suisse, il est le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture. C'est un avocat extrêmement distingué, il est professeur de droit international à l'Université de Glasgow ainsi que professeur de droit international humanitaire à l'Académie de Genève. Il a été délégué de la Croix-Rouge pendant 12 ans. Il n'y a aucun doute sur l'expertise du professeur Melzer ou sur son indépendance en la matière.

Lorsque le professeur Melzer dit que "les tribunaux britanniques n'ont pas fait preuve de l'objectivité et de l'impartialité requises par la loi", les gens devraient se lever et écouter. J'ai parlé en détail du juge Michael Snow et de ses préjugés qu’il avait amenés avec lui dans la salle d'audience quand il a qualifié Assange de «personnalité narcissique» lors d'une brève audience au cours de laquelle Assange n'avait pratiquement rien dit à part «non coupable». Snow l'a reconnu coupable sommairement d’avoir outrepassé sa liberté sous caution et l’a condamné à une peine sans précédent de 50 semaines. J'ai parlé en détail de la juge Emma Arbuthnot, épouse d'un ancien ministre conservateur de la Défense qui est copropriétaire d'une société avec un ancien chef du MI6 (version britannique de la CIA), se moquant d'Assange et affirmant qu'il recevoir tous les soins nécessaires que son état de santé requiert sur un balcon, alors qu'elle rejetait une requête de liberté sous caution. J'ai parlé en détail du juge Phillips de la Cour suprême qui a choisi de s'appuyer sur le texte français et d'esquiver le texte anglais d'un traité pour soutenir que l'extradition était recevable.

La partialité des tribunaux britanniques a été palpable et puante. La réponse de Hunt à l'appel, en disant que l'ONU "devrait permettre aux tribunaux britanniques de rendre leurs jugements", est un non-sens. Les juges britanniques se sont montrés tout à fait indignes de confiance.

Depuis près de dix ans, je documente les abus incroyables de la procédure judiciaire et les manifestations éhontées de préjugés malveillants de la part des juges britanniques qui ont abouti à la persécution de Julian Assange par l'État. Hier, j'ai recommandé un excellent résumé de tout cela par Jonathan Cook (traduit ici), pourtant, chaque épisode a été entièrement déformé par les médias d'entreprise et d'État au point que la population ordinaire du Royaume-Uni a subi un lavage de cerveau qui a conduit à une haine irréfléchie envers Julian Assange. Ceux d'entre nous qui ont essayé d'expliquer la situation réelle ont été systématiquement traduits par l'Etat et les médias "grand public".

Comme l'a dit le professeur Melzer hier :

Assange a fait l'objet d'une campagne acharnée et sans retenue de harcèlement moral et public, d'intimidation et de diffamation, non seulement aux États-Unis, mais aussi au Royaume-Uni, en Suède et, plus récemment, en Équateur". Selon l'expert, il s'agissait d'un flot sans fin de déclarations humiliantes, dégradantes et menaçantes dans la presse et sur les médias sociaux, mais aussi par de hautes personnalités politiques, voire par des magistrats judiciaires impliqués dans des procédures contre Assange.

"Au cours des neuf dernières années, M. Assange a été exposé à des abus persistants et de plus en plus graves, allant de la persécution judiciaire systématique et de l'emprisonnement arbitraire à l'ambassade équatorienne, à son isolement oppressant, au harcèlement et à la surveillance à l'intérieur de l'ambassade, au ridicule collectif délibéré, aux insultes et à l'humiliation, à l'incitation à la violence, voire aux appels répétés à son assassinat.

C'est indéniablement la vérité. L'establishment et les médias "libéraux" britanniques devraient avoir honte d'être appelés par les Nations Unies sur cette question. Mais ils n’ont pas honte.

Je me souviens que, lorsque le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire et illégale a décidé que Julian Assange était incarcéré contre son gré dans l'ambassade de l'Équateur et qu’il devrait être autorisé à se rendre en Équateur, répudiant le Groupe de travail des Nations Unies que le Royaume-Uni avait pourtant soutenu dans des centaines de cas précédents, le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Philip Hammond, a pris la parole à la Chambre des communes pour dénoncer le Groupe de travail des Nations Unies comme étant «des amateurs et non des avocats», alors que chacun de ces membres est un juriste international éminent.

Le mensonge de Hammond au Parlement ne m'a pas surpris, mais j'ai été sincèrement étonné que l'ensemble des médias institutionnels et étatiques ait accepté ce mensonge flagrant et n’aient rien dit. La BBC, le Times, le Financial Times et le Guardian ont tous rapporté le commentaire de Hammond selon lequel le groupe d'experts de l'ONU n'était "pas des avocats". Aucun d'entre eux n’a rectifié cette énormité et cela est facilement vérifiable.

La Grande-Bretagne ne fait plus semblant d'obéir à la règle du droit international. Elle refuse simplement de reconnaître les préoccupations de l'ONU dans l'affaire Assange, qui pâtissent largement de l’escalade de préjugés que l'élite politique et médiatique a créée. Cela fait partie d'un schéma général de mépris à l'égard de l'ONU.

Theresa May, en sa qualité de Ministre de l'Intérieur, a refusé de laisser le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la violence contre les femmes intervenir à l'intérieur du centre de détention pour immigrants de Yarls Wood pour y inspecter les conditions de détention. Le gouvernement conservateur a réagi au récent rapport alarmant de l'ONU sur la pauvreté au Royaume-Uni - dont aucun des faits fondamentaux n'est contesté - en demandant la destitution du rapporteur de l'ONU.

Si l'on ajoute à cela le refus du Royaume-Uni d'accepter l'avis 13-1 de la Cour internationale de justice selon lequel les îles Chagos appartiennent à Maurice et le refus du Royaume-Uni d'accepter la décision de la Cour d'arbitrage internationale des chambres de commerce selon laquelle la Grande-Bretagne doit payer sa dette envers l'Iran, on comprend très clairement que le Royaume-Uni est un État voyou et a simplement abandonné son soutien au système du droit international qui est en grande partie une création britannique.

Il n'est pas judicieux de la part du Royaume Uni de désavouer les institutions du droit au moment où il quitte l'UE, se lançant seul en tant que puissance moyenne juste au moment où le fait d'être ami des Etats-Unis ne lui donne plus la protection du plus grand garçon de l'école. Mais il est encore plus triste de constater l'abandon du projet d'un système international fondé sur l'État de droit plutôt que sur la force. Un par un, le Royaume-Uni rejette tout simplement l'autorité de toutes les grandes institutions internationales qui appliquent le droit international. Le Royaume-Uni agit comme un État voyou.

Traduction Céline Wagner

Source ici

Note : Le 2 juin Jeremy Hunt passait à la télévision américaine, la veille de la visite de Trump au Royaume-Uni ; candidat au poste de Premier ministre britannique il promet, s'il est est élu, d'extrader Assange vers les États-Unis pour y être emprisonné pour ses publications.

Source ici

Illustration 3
© Céline Wagner

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