Un Equateur pas équitable

La tension monte autour des membres de la défense d'Ola Bini, avec l'intimidation de l'expert en cybersécurité, Fabian Hurtado

Avec l'intimidation d’un développeur informatique, l'affaire Ola Bini bat un nouveau record

Par Danny O'Brien, le 11 septembre 2019 

 © céline wagner © céline wagner

Jeudi dernier, à l'aube, en Équateur, des membres de la police judiciaire, assistés du Bureau du Procureur, ont enfoncé la porte de Fabián Hurtado dans son appartement de Quito. Hurtado est expert en cybersécurité à l'Université internationale (UISEK) en Équateur et expert en criminalistique numérique actuellement au service de la défense d'Ola Bini. La police a refusé à Hurtado la lecture du mandat ou d'en faire une copie, et a saisi immédiatement son téléphone portable et d'autres appareils numériques, l'empêchant ainsi de contacter un avocat.

Selon les autorités, cette descente était motivée par la conviction que M. Hurtado "a dissimulé des informations inexactes dans son CV pour induire en erreur les autorités et les citoyens". Même dans le cas d'un tel délit, l'action de la police est tout à fait disproportionnée par rapport au crime présumé. Hurtado est un expert médico-légal impartial et bien connu en Equateur, employé par des entreprises, les forces de l'ordre, des défendeurs et des plaignants. S'il y a un problème avec le curriculum vitae de Hurtado, la meilleur chose à faire est éventuellement de le rejeter en tant qu'expert judiciaire, non pas d'entrer chez lui en pleine nuit.

L'expertise technique sera essentielle pour garantir un verdict équitable dans l'affaire Ola Bini, et la légitimité du procès reposera en fait sur les connaissances techniques du tribunal. L'accusation, après des mois d'absence de pistes ou de raisons évidentes pour arrêter et mettre en détention Ola Bini, s'est prononcée la semaine dernière sur la base d'une seule capture d'écran sur le téléphone de Bini, montrant une brève connexion telnet avec un routeur ouvert il y a des années.

Depuis le début, le gouvernement, les procureurs et d’autres acteurs politiques ont relaté l’affaire d'Ola Bini dans les médias équatoriens, l’opinion publique. Au final, l’opportunisme politique joue un rôle plus important dans les stratégies de l’accusation que les preuves et un procès équitable. Compte tenu de l'importance des moyens décrits plus haut, mis en œuvre par les ministres du gouvernement, à savoir des poursuites engagées contre les escadrons de pirates informatiques malveillants et les agents russes qui complotent pour détruire l'infrastructure du pays, l'attention des médias n'est pas surprenante. Le danger pour la justice survient quand une partie de ses fonctionnaires utilisent leurs pouvoirs pour fausser et saper le processus judiciaire. Avec le raid sur Fabian Hurtado, l’accusation donne l’impression de vouloir intimider ceux qui sont le plus en mesure de faire la lumière sur une affaire politique très louche.

Avec un nombre croissant de groupes de défense des libertés civiles et des droits de l'homme, nous exhortons les autorités équatoriennes à prendre du recul et à laisser les faits déterminer le déroulement du procès, de manière équitable et régulière, et sans intimidation ni abus des pouvoirs du ministère public.

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Traduction : Céline Wagner 

 

 

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