Un héros de notre temps est en accès libre. Pourtant...

Je reçois tous les jours, via Google Alerte, les noms des sites où mes albums sont mis en vente. Il se trouve que j'ai récupéré les droits d'Un héros de Notre Temps il y a quelques mois pour mettre ce roman graphique en ligne et en accès libre, et qu'il est toujours... en vente. La vente d'un titre dont l'éditeur ne possède plus les droits s'appelle de la contrefaçon.

Grâce à la fonction Google Alerte, je reçois régulièrement des messages m'indiquant que mes livres sont en vente sur différents sites, bien que la plupart soient absents des librairies.

Payot Librairie 

Amazon.fr

La fnac

BD Fugue

Espace Culturel Leclerc

Decitre

Etc...

Il se trouve que j'ai récupéré depuis plusieurs mois les droits d'Un Héros de Notre Temps - d'après le roman de Michel Lermontov ; l'éditeur, Actes Sud, n'a donc plus de raison de le mettre en vente. Google Alerte m'informe que le livre reste à la vente sur plusieurs sites, dont certains figurent dans la liste ci-dessus. 

Si, par hasard, vous aviez l'intention d'acquérir cet album, économisez vos deniers, il est en ligne depuis quelque semaines. Il est prévu qu'il fasse l'objet, dans les mois qui viennent, d'une nouvelle édition, numérique ou papier, chez l'éditeur de La Trahison du Réel, La Boîte à Bulles, mais quoiqu'il arrive il restera en accès libre sur mes blogs ici, , et .

J'en profite pour signaler aux différents festivals BD qu'il est inutile de le faire venir sur mon stand, je ne le dédicacerai plus.

Les auteurs sont dans une précarité indécente et toujours plus noire en comparaison au marché florissant du secteur de la bande dessinée. J'entends souvent autour de la table au cours des conversations : "La bande dessinée cartonne en ce moment ! " et je réponds : "Oui, elle cartonne mais plus de 50% des auteurs vivent dans la précarité."

La profession mourra peut-être, mais je milite pour qu'elle laisse derrière elle les années de travail que lui ont demandées ses milliers de dessins, de textes, de personnages, d'histoires et de rêves. Je milite pour la gratuité du rêve, plutôt que le troc, à destination du lecteur de hasard. 

Pour donner au lecteur une idée des chiffres : Quand j'ai récupéré les droits, l'éditeur m'a proposé de racheter le stock de livres à un prix préférentiel de 4,20 € par exemplaire. Proposition que j'ai déclinée ; je refuse de racheter mes propres livres, même à 20 centimes. Qu'en ferais-je une fois que j'en aurais offert aux amis à droite à gauche ? Je courrais les salons du livres chaque semaine pour écouler mon stock. Et à mon tour je tenterai de vendre mes livres 4 ou 5 fois leur prix ; c'est non, je ne suis ni une mule, ni Madame La Marchande.

Le livre est en vente 22 €. Je touche 8% de cette somme H.T, c'est à dire à peut près 1,70 € par livre. Bien sûr, je ne toucherai pas de droits d'auteurs tant que l'éditeur ne se sera pas remboursé l'à-valoir de 3000 € qu'il m'a donné à la signature du contrat en 2014 (ou plus exactement, 1500 € à la signature et 1500 € à la sortie du livre, un an après).

3000 € pour deux ans et demi de travail, cela impose de trouver d'autres moyens de subsistance. C'est ce que j'ai fait. C'est pourquoi, je n'attends plus après les 1,70 € de droits d'auteur, ni après les prix préférentiels de 4,20 € pour me sentir l'Auteur d'un ouvrage de 150 pages, qui une fois stocké dans mon salon me renverra tous les jours l'absurdité d'une société de surproduction, et non l'image de ce travail que j'ai aimé retrouver chaque jour durant plus de deux ans et pour lequel je me suis passionnée.

Alors, qu'il parte au pilon, tant pis, je ne lui sauverais pas la vie avec mes économies et mes petits bras, je ne me sens pas responsable de ce système irresponsable. Car, le pilon, c'est ce qui attend des milliers de livres chaque jours, plutôt que de remplir des bibliothèque et des écoles là où le matériel culturel manque cruellement.

L'âme de ce livre est ici, et non dans son corps de papier. 

La question du secteur du livre mérite un billet approfondi. Ici, je réagis à chaud, parce qu'il me semble important de souligner que des maisons d'éditions comme Actes Sud qui bénéficient pourtant de structures conséquentes, continuent de vendre des livres dont ils ne possèdent plus les droits ; je n'y vois pas une démarche malhonnête, plutôt un acte de négligence, car il doit être bien fastidieux d'enlever un livre des innombrables sites de vente en ligne. Quoique cette négligence peut s'avérer fâcheuse car pour l'éditeur, continuer de vendre un titre dont il n'a plus les droits s'appelle de la contrefaçon et est passible de poursuites. 

J'informe le lecteur que pour l'édition en accès libre j'ai retravaillé entièrement le texte qui dans l'édition originale était imprimé en caractères trop petit et de plus, était trop fidèle au langage littéraire. J'ai tenté de rendre les dialogues plus fluides tout en conservant l'élégance du roman d'origine. J'espère y être parvenue.

La version papier de l'album de 2014 est pour moi obsolète.

 © céline wagner © céline wagner

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.