Assange. Le crash de la démocratie, y a-t-il un média dans l'avion ?

La presse s'ouvre aux penseurs rétrogrades et has been qui font la pluie et le beau temps du débat social, elle se jette sur l'arrestation de Dupont de Ligonnès comme sur un steak, et elle ne s'insurge pas quand un homme mouillé jusqu'au cou pour avoir dénoncé des crimes abjectes est livré en pâture à une justice arbitraire. Médias, votre silence participe aux tortures contre Julian Assange.

"Affaire Assange - J'essaie de rédiger un rapport sur ce que j'ai vu au tribunal de première instance de Westminster aujourd'hui, mais mes mains tremblent de rage, de frustration et de tristesse au point que je ne peux plus taper, et mon cœur continue à souffrir d'un trouble du rythme cardiaque." Tweet de Craig Murray le 21 octobre 2019

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The Guardian

21 octobre 2019

La juge chargée de d'extradition de Julian Assange refuse une demande de délai

L'équipe juridique du fondateur de WikiLeaks voulait un mois supplémentaire pour soumettre les preuves

Capture d'écran Capture d'écran

Croquis d'un artiste judiciaire de Julian Assange face à la juge de district Vanessa Baraitser à la cour des magistrats de Westminster. Photographie : Elizabeth Cook/PA

Julian Assange s'est fait dire qu'il ne pouvait y avoir aucun retard dans son extradition aux États-Unis, alors qu'il comparaissait devant un tribunal à Londres.

L'équipe juridique du fondateur de WikiLeaks a demandé plus de temps pour soumettre des preuves, ainsi que le report de l'audience d'extradition complète, tout en affirmant que les accusations portées contre lui étaient d'ordre politique lors d'une audience de gestion d'affaire devant le tribunal de Westminster.

Après que la défense et l'accusation se soient opposées sur le calendrier des audiences et les délais alloués pour la présentation des preuves, le juge de district Vanessa Baraitser a refusé de prolonger la procédure prévue et a dit à Assange que l’affaire de son extradition complète commencerait le 25 février.

Plus tard, elle a demandé à Assange s'il avait compris ce qui s'était passé au tribunal. "Pas vraiment. Je n'arrive pas à penser correctement ", a-t-il dit. "Je ne comprends pas en quoi c'est équitable. Cette superpuissance a eu 10 ans pour se préparer à cette affaire et je n'ai pas accès à mes écrits. C'est très difficile là où je suis de faire quoi que ce soit, alors que ces gens ont des ressources illimitées.

"Ils disent que les journalistes et les dénonciateurs sont les ennemis du peuple. Ils ont des avantages déloyaux en ce qui concerne les documents. Ils connaissent tout de mon intimité avec mon psychologue. Ils volent l'ADN de mes enfants. Ce n'est pas équitable ce qui se passe ici."

Mark Summers, défendant Assange, a affirmé que les Etats-Unis espionnaient son client et qu'il y avait un lien entre " la relance de l'enquête et la présidence de Donald Trump ".

"Cela s'inscrit dans le cadre d'une guerre déclarée contre les dénonciateurs, à laquelle participent des journalistes d'investigation et des éditeurs ", a déclaré M. Summers. "L'État américain s'est activement engagé à s'immiscer dans les discussions privilégiées entre M. Assange et son avocat."

Il a fait référence à des informations selon lesquelles les tribunaux espagnols enquêtent sur une société de sécurité qui aurait collaboré avec les États-Unis pour "obtenir des informations par des actes illégaux, des vols et une surveillance clandestine au sein de l'ambassade équatorienne... avec une intensité croissante à partir de 2017", et a demandé plus de temps pour préparer les preuves de cette affaire.

Le procureur James Lewis, représentant le gouvernement britannique, a déclaré qu'il s'opposait fermement à ce que l'on accorde plus de temps à Assange pour préparer les preuves, préjugeant de leur demande ultérieure.

Assange, 48 ans, risque l'extradition vers les États-Unis en raison d'allégations selon lesquelles il aurait conspiré pour pénétrer par effraction dans un ordinateur classifié du Pentagone et pourrait recevoir une peine de 175 ans de prison s'il était reconnu coupable.

Alors qu'il arrivait sur le banc des accusés, lors de sa troisième apparition publique depuis son arrestation en avril, les gens de la tribune publique bondée ont levé leur poing en signe de solidarité. L'ancien maire de Londres Ken Livingstone et le journaliste John Pilger étaient présents.

Par la suite, Heike Hänsel, membre du Bundestag allemand, s'est fait l'écho des avertissements d'Amnesty International et a mis en garde contre un avenir sombre pour les journalistes publiant des "informations véridiques" contraires aux intérêts américains.

"Le gouvernement britannique et l'UE doivent tous deux rejeter cette persécution politique extraterritoriale ", a-t-elle déclaré.

WikiLeaks a déclaré qu'Assange était maintenu en isolement sans accès à des documents juridiques, à un ordinateur ou à une " participation significative dans son cas " et que les conditions faisaient obstacle de manière significative à sa défense juridique.

La rédactrice en chef du site, Kristinn Hrafnsson, a déclaré que l'affaire devait être classée immédiatement, a ajouté M. Hrafnsson : "Non seulement c'est de toute évidence illégal, mais les Etats-Unis ont mené des opérations illégales contre Assange et ses avocats qui font l'objet d'une enquête majeure en Espagne."

Les procédures judiciaires se sont poursuivies tandis qu'une centaine de militants ont protesté à l'extérieur en chantant "Free Julian Assange" et "No extradition, there's only one decision".

Après l'audience, un fourgon qui aurait ramené Assange en prison a été approché par ses partisans qui ont tapé les côtés du véhicule.

Assange a comparu pour la dernière fois au tribunal en mai, lorsqu'il a été emprisonné pendant 50 semaines pour s'être caché à l'ambassade de l'Équateur à Londres en 2012 pour s'être soustrait à la caution. Il l'avait fait pour éviter d'être extradé vers la Suède, où il était recherché dans le cadre d'allégations d'infractions sexuelles.

Il a été placé en détention provisoire en avril après que l'Équateur eut retiré son asile politique, avant que le ministre de l'Intérieur de l'époque, Sajid Javid, ne signe une ordonnance autorisant l'extradition d'Assange vers les États-Unis pour ces allégations. Sa santé suscite des inquiétudes et il a passé du temps dans un service médical en prison.

Les informations publiées par WikiLeaks ont révélé l'étendue de la surveillance étatique dans les pays occidentaux et la conduite des troupes américaines au Moyen-Orient, dont Assange a prétendument prouvé que des crimes de guerre avaient été perpétrés.

Source ici 

Traduction : Céline Wagner

 

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