Ola Bini, coupable de renforcer la protection des données personnelles sur internet

Le jeune développeur suédois, Ola Bini, vivant en Equateur, a été arrêté de façon arbitraire le jour de l’arrestation de Julian Assange, le 11 avril à l’ambassade de l’Equateur à Londres. Après avoir passé deux mois en prison dans des conditions indécentes, il se bat toujours contre une procédure judiciaire injustifiée qui le prive de sa liberté de mouvement... Retour sur son arrestation.

Les autorités équatoriennes n'ont aucune raison de détenir le développeur de logiciels libres Ola Bini

Par DANNY O'BRIEN, le 16 avril 2019 pour Electronic Frontier Foundation

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Quelques heures après l'expulsion de Julian Assange de l'ambassade équatorienne de Londres la semaine dernière, des policiers équatoriens ont arrêté le citoyen suédois et développeur de logiciels libres Ola Bini. Les autorités l'ont saisi alors qu'il se préparait à se rendre de chez lui à Quito au Japon, affirmant qu'il fuyait le pays à la suite de l'arrestation d'Assange. En fait, Ola Bini avait préparé ces vacances il y a longtemps, et l'avait publiquement mentionné sur son compte Twitter avant qu'Assange ne soit arrêté.

La détention d'Ola est pleine d'irrégularités, comme l'ont prouvé ses avocats. Son mandat d'arrêt vise un "pirate russe" (Bini n'est ni l'un ni l'autre) ; on ne lui a pas lu ses droits, on ne lui a pas permis de contacter son avocat ni offert un traducteur.

Les accusations portées contre lui, lorsqu'elles ont finalement été rendues publiques, sont ténues. Le procureur général de l'Équateur a déclaré que Bini était accusé de "participation présumée au crime d'atteinte à l'intégrité des systèmes informatiques" et de tentative de déstabilisation du pays. La "preuve" que la police équatorienne a montré aux journalistes pour démontrer sa culpabilité et saisie au domicile d'Ola Bini n'est rien de plus qu'une poignée de clés USB, de disques durs, de clés d'authentification à deux facteurs et de manuels techniques : de simples outils de routine pour quiconque travaille dans son domaine.

Ola est un développeur de logiciels libres, qui a travaillé pour améliorer la sécurité et la confidentialité sur Internet pour tous ses utilisateurs. Il a travaillé sur plusieurs projets open source-clés, dont JRuby, plusieurs bibliothèques Ruby, ainsi que de multiples implémentations du protocole de communication ouvert et sécurisé OTR. L'équipe d'Ola chez ThoughtWorks a contribué à Certbot, l'outil géré par EFF qui a fourni un cryptage fort pour des millions de sites Web dans le monde.

Comme beaucoup de personnes travaillant sur les nombreux projets de défense de l'Internet, Ola n'a pas besoin de travailler d'un endroit particulier. Il a voyagé à travers le monde, mais a choisi de s'installer en Equateur à cause de son amour pour ce pays et pour l'Amérique du Sud. Au moment de son arrestation, il était en train de s'installer dans sa nouvelle maison, notamment en co-fondant le Centro de Autonomia Digital, un organisme à but non lucratif qui se consacre à la création d'outils de sécurité conviviaux, basé à Quito, la capitale de l'Équateur.

On pourrait s'attendre à ce que l'administration équatorienne présente Bini comme un exemple de la promesse high-tech du pays et utilise son expertise pour aider la nouvelle administration à sécuriser son infrastructure - tout comme son Union européenne natale a utilisé l'expertise d'Ola lors du développement de son projet DECODE financé par le gouvernement.

Au lieu de cela, les dirigeants équatoriens l'ont ciblé en vue de son arrestation dans le cadre d'un processus politique plus large visant à prendre ses distances avec WikiLeaks. Ils ont incorporé Ola dans un reportage médiatique qui prétend qu'il fait partie d'un gang de pirates russes ayant l'intention de déstabiliser le pays en représailles de l'expulsion de Julian Assange.

Chez EFF, nous sommes familiers avec les procureurs trop zélés qui tentent d'impliquer des codeurs innocents en les présentant comme de dangereux cyber-maîtres d'esprit, ainsi qu'en diabolisant les outils et le mode de vie des codeurs qui travaillent pour défendre la sécurité des infrastructures d'opposition, et non pour la compromettre. Ces cas sont révélateurs d'une panique inappropriée autour de la technologie, et les affirmations des autorités sont rarement confirmées par les faits.

Comme l'ont exprimé les nombreux technologues qui soutiennent Ola Bini dans notre déclaration de solidarité, l'Équateur devrait abandonner toutes les accusations portées contre lui et permettre à Ola de rentrer chez lui et de retrouver sa famille et ses amis. Les dirigeants équatoriens sapent la réputation de leur pays à l'étranger, comme l'indépendance de son système judiciaire par ces poursuites fantaisistes et sans fondement.

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Traduction : Céline Wagner 

 

 

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