Celle qui voulait être libre
www.cellequivoulaitetrelibre.fr
Abonné·e de Mediapart

2 Billets

0 Édition

Billet de blog 9 mai 2020

TOC, TOC, TOC

Celle qui voulait être libre
www.cellequivoulaitetrelibre.fr
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Quand on a des TOC, les pensées sont intrusives et obsessionnelles; Elles vous submergent, vous anéantissent jusqu'à vous mettre à terre. Victorieuse ou vaincue? C'est le jeu incessant de ma vie. Allons-y.

Je me sens fébrile. Une pensée surgit. Elle en amène une autre puis encore une autre et toujours une autre. Mes pensées deviennent alors un tourbillon d’images morbides qui déclenchent une tempête émotionnelle sans dessus dessous, ingérable et fatale, pour me propulser vers ce monde obscur, sale, pervers, nauséabond, abject, mesquin, salaud, turbulent, sournois, criminel, démoniaque, usé et damné.

Un bouton, une suspicion, un rendez-vous immanquable ; l’attente ; le doute ; la torture psychologique ; une annonce terrible ; l’effondrement ; les hôpitaux, les tuyaux, les seringues ; les bleus, le crâne parsemé ; les diarrhées ; les nausées ; la peau rouge, bleue, violette et jaunie ; les produits coulant dans les veines ; les réunions de la mort, les sourires volés, les regards éperdus et héroïques ; le temps compté ; les nuits apeurées ; les mains serrées ; les dernières marques d’affection ; le dernier souffle, les paupières fermées. A jamais.

Puis ça recommence.

Une jeune fille volée ; prostrée et apeurée ; jupe arrachée, culotte déchirée ; seins nus ; recroquevillée et épouvantée ; percée et enfilée de tous les côtés ; écartelée ; déchiquetée ; vagin et anus martelé, pilonné et boxé ; laissée et abandonnée dans leurs jus ; les heures passent ; déconnectée ; laissée pour morte ; sans répit, il faut lui redonner vie ; vite ; une aiguille pénètre sa chair ; recousue pour les plaisirs indécents ; labourée, traversée et sciée ; vidée, anéantie, brisée, crevée. Elle s’évanouit. Elle est partie.

Encore.

Un homme ; un seul homme ; le regard agonisant, la peau burinée, les dents noires et écaillées ; les mains entaillées ; l’haleine puante et chaude ; les cheveux collants, poisseux et tenaces ; les cicatrices du malheur ; le manque de tout ; la faim, la soif, un mot doux, des bras qui enlacent ; la pisse, la merde qui s’imprègne et submerge ; le froid ; les tremblements, une prière ; les yeux se ferment ; il s’endort et ne se réveille plus. Vaincu. Disparu.

Ça ne s’arrête plus. Mon esprit s’emporte; il s’emballe. Je me replie sur moi-même pour tenter de faire taire cette douleur qui m'atteint de toute part. Et je me mets à nue. J'ai ce besoin viscéral de me délester de tout comme pour m'alléger. Je suis nue, à genoux ou en fœtus, saisissant ma tête pour que cette infamie s'arrête. Je veux juste que ça s'arrête.

Je meurs dans ce lit dépourvu de toute âme, tuyaux et bleus sur un corps n’étant plus qu’un sac d’os et une chair pourrie. La maladie a pris le dessus. Je suis partie.

Je meurs avec ma poche de sang labourée et tailladée en guise de vagin. Ma dignité s’est envolée. La douleur m’éteint. Je suis partie.

Je meurs dans l’ignorance la plus totale avec mon duvet comme seul compagnon de vie, le souffle court et la tête engourdie. Je m’éteins le ventre creusé et la bouche asséchée. Je ferme les yeux. L’après sera peut-être mieux. Je suis partie.

Mon cerveau, c’est la théorie de la fin du monde avec les sensations qui s’y collent. Cette fin du tout, je la vie comme si elle était réelle. Je la sens peser sur mes épaules, défiler devant mes yeux. Je sens l’odeur de la putréfaction envahir mes narines, la douleur prendre mes tripes en otage. Ma gorge se crispe, ma bouche sèche, les mots coincent, ma respiration s’accélère, mes larmes coulent, mes mains deviennent moites, la transpiration ruisselle, ma peau craquelle, ma colonne vertébrale s’affaisse, mon estomac vomit chaque élément de vie, mon cœur se fige et vit au rythme de la souffrance du monde. Il entend les lamentations, les revendications et les cris.

Mon esprit est pris dans un étau. Je vois la mort. Je sens la faim, les pleurs de l’abandon, les cris de douleur, le désespoir, le sacrifice et la résignation. Je perçois chaque entaille, chaque goutte de sang versée, les hauts le cœur et les cœurs blessés.

Je vois les petits corps frêles se jeter sur les détritus comme des hyènes enragés à la recherche du moindre morceau comestible. Je les vois ingérer tout ce qui peut leur remplir l’estomac au prix de leur vie. Carton, feuilles, papier, plastique, terre, tout est bon quand on crève la dalle. Ces petits corps errent ; ils errent encore et toujours sans les idées claires dans un esprit de survie jusqu’à s’effondrer lamentablement sous un soleil aride qui a eu raison de leur fragilité.

Je vois la tristesse dans les yeux de ces enfants qui n’ont jamais eu un geste d’amour, un regard de compassion ou un baiser sincère. Je les vois mourir de chagrin et de solitude dans de grands lits à barreaux remplis d’excréments et de quelques miettes de pain servis à la même heure chaque jour que Dieu fait.

Je vois toutes ces femmes enchaînées aux tables des bordels dans l’attente d’un pénis enragé qui viendra voler leur dignité pour quelques billets et briser leur âme à tout jamais. Je vois ces femmes au regard émacié, vidé et jambes écartelées, sur des lits emplis de sperme priant pour que leur supplice cesse en hâte.

Je vois les pieds osseux et ensanglantés de ces pères et mères tentant l’impossible pour sauver leur progéniture des bombes et des meurtriers qui ont perdu l’esprit sur le chemin d’une vie chaotique. Je les entends hurler, accroupis et mains élancées vers ce Dieu, le suppliant de leur rendre ce qui les maintenaient encore en vie.

Je vois tous ces kilomètres parcourus par tous dans l’espoir d’une vie meilleure. Je vois ces corps nus abandonnés sur des sols craquelés, gelés ou asséchés, mourir dans une ignorance sordide et honteuse.

Je goûte l’amertume, le mauvais et le sale. Je touche la fin. Je vis la mort.

Alors je danse.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — International
En Pologne, le calvaire des exilés
Dans notre émission ce soir, reportage aux portes de l'Union européenne, où des migrants et des migrantes sont toujours retenus dans des conditions inhumaines. En plateau : Anaïs Vogel, qui a fait cinq semaines de grève de la faim pour dénoncer le traitement des exilés à Calais, et Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche émérite au CNRS. 
par à l’air libre
Journal — France
La candidature de Zemmour prend une mauvaise tournure
L’ancien éditorialiste de CNews et du Figaro a officialisé, mardi, sa candidature à l’élection présidentielle dans un clip reprenant toutes ses obsessions identitaires. Sur le terrain, sa campagne est devenue particulièrement compliquée.
par Lucie Delaporte
Journal — France
Pour Pécresse et Bertrand, une campagne aux airs de pénitence
Après avoir claqué la porte du parti Les Républicains, ils ont repris leur carte pour obtenir l’investiture présidentielle. Pendant des mois, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand ont remis les mains dans le cambouis partisan et arpenté les routes de France pour convaincre.
par Ilyes Ramdani
Journal — France
Les macronistes s’offrent un rassemblement de façade
Divisée avant d’être officiellement unie, la majorité présidentielle s’est retrouvée, lundi soir, pour tresser des louanges à Emmanuel Macron et taper sur ses adversaires. Un exercice poussif qui ne risque pas de « marquer l’histoire ».
par Ellen Salvi

La sélection du Club

Billet de blog
La nullité pollue
Il y a peu, vautré devant un énième naufrage filmique d’une plateforme de streaming, j'ai réalisé que ces plateformes avaient entrainé une multiplication délirante des navets qui tachent à gros budget. Fort bien. Mais quand va-t-on enfin parler de l’empreinte écologique démente de ce cinéma, cet impensé dont on ne parle jamais ? Ne peut-on imaginer des films plus sobres -tels ceux de Carpenter ?
par Mačko Dràgàn
Billet de blog
La beauté fragile d'un combat
« Nous ne combattons pas le réchauffement climatique, nous nous battons pour que le scénario ne soit pas mortel. » Parfois, par la grâce du documentaire, un film trouve le chemin de l’unisson entre éthique et esthétique. C’est ainsi qu’il faut saluer « L’hypothèse de Zimov  », western climatique, du cinéaste Denis Sneguirev, à voir absolument sur Arte.
par Hugues Le Paige
Billet de blog
« Ailleurs, partout » : d’autres images des migrations
« Ailleurs, partout », d’Isabelle Ingold & Vivianne Perelmuter, sort le 1er décembre. Le documentaire offre une passionnante réflexion sur les paradoxes de la géographie contemporaine, entre fausse ubiquité du cyberespace et vrais obstacles aux migrations. Rencontre avec les deux réalisatrices. (Entretien avec Nashidil Rouiaï & Manouk Borzakian)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Les Œillades d'Albi : « Retour à Reims (fragments) » de Jean-Gabriel Périot
Autour de l’adaptation du livre autobiographique du sociologue Didier Éribon « Retour à Reims », Jean-Gabriel Périot avec l’appui de nombreuses archives audiovisuelles retrace l’histoire de la classe ouvrière de 1950 à nos jours.
par Cédric Lépine