LETTRE AU MONDE

Et si vous étiez le changement?

Ne croyez-vous pas que ce monde fasse preuve d’une injustice sans nom?

Tous les jours, je vois des hommes, des femmes et des enfants mourir de froid et de faim dans les rues de France et d’ailleurs.

Tous les jours, je vois tous ces hommes et toutes ces femmes abattus et humiliés ou pris de folie pour avoir cru en une liberté que vous bafouez un peu plus chaque minute.

Tous les jours, je vois le désespoir de ces êtres déchus pour avoir cru en la bonté de ceux qui disent prendre soin de nous.

En réalité, on ne devrait pas avoir à assister à ce spectacle infâme qui engendre la destruction de nos peuples et de notre territoire. La Terre est en feu et notre civilisation en perdition à cause de votre esprit étroit et gonflé par un EGO démesurément destructeur.

En réalité, si le monde des plus faibles se levaient et se révoltaient, vous seriez destitués de votre petit pouvoir qui asservit le reste du monde. 

Ne savez-vous pas que ce monde est une vaste supercherie ?

Bien sûr que si. Vous le savez plus que quiconque d’ailleurs !

Le monde que vous créez rabaisse les faibles et encense les plus forts, enseigne l’égoïsme, la compétition, l’inégalitarisme et se glorifie de sa mesquinerie.

Ne savez-vous pas que  le bien-être d’une population est le secret d’une société en pleine santé ?

Bien sûr que si. Là aussi, vous le savez plus que quiconque !

Pendant que vous feignez de travailler pour le bien commun, notre planète se meurt et conduit à notre perte. Pendant que vous vous délectez de vos actions inutiles et inconsidérées, nous mourrons de chagrin, de solitude et d’incompréhension dans l’indifférence la plus totale. Pendant que vous vous affairez en costume de pingouin dans des entretiens et dîners mondains pour savoir comment vous vous y prendrez pour conserver vos petits privilèges, nous mourrons de honte. Non pas la honte que d’être pauvre, mais cette honte que d’être enchaîné à des gens qui ont érigé leur vision restreinte et profondément égoïste en vérité générale.

Je ne vous laisserai pas voler les rêves de mes enfants. Je ne vous laisserai pas engendrer la haine et la discorde ni prendre possession de notre dignité. Aujourd’hui, riche d’enseignements, je n’ai plus peur. Plus peur de taire ce qui doit être dit. Plus peur d’affronter ce qui doit être fait. Je n’ai même plus peur de mourir.

Car « le pouvoir est par nature, criminel », je décide de porter la voix de tous ceux qui aspirent à une société plus juste sans qu’il y en ait un au-dessus de l’autre.

Car « la supériorité est toujours odieuse », je décide de porter la voix de tous ceux qui érigent l’égalité et la bonté de l’âme en vérité absolue.

Quelle est cette idée de Droite ou de Gauche? J'ai toujours refusé de voter et cela m'a valu bien des déboires! Je manquais à mon devoir citoyen. Croyez-vous que nous faisons notre devoir citoyen en choisissant entre des escrocs ou des hypocrites? L'idée même de choisir un camp fait preuve d'un état d'esprit déséquilibré; car à l'instant où vous prenez parti pour l'un, vous rejetez l'autre. Or, pour re-trouver une certaine sérénité, il faut déjà partir sur des bases saines. Nous ne devons pas être dans la compétition mais dans la coopération.

Quelle est d’ailleurs cette idée de puissance mondiale ? Cela suppose que les pays « les plus riches » se sont auto-proclamés dominants, supérieurs aux autres. Mais qui êtes-vous pour décider de votre supériorité ? Par votre attitude narcissique et vos actes intéressés, vous vous permettez de soumettre le reste du monde. Vous imposez, volez et détruisez tout ce que vous touchez. Même quand vous donnez, vous reprenez.

La richesse ne se mesure pas aux kilos d’or que vous possédez mais à ce que vous êtes capable de donner à votre prochain. Vos lois et contrats ainsi que votre dit aveuglement ne changeront en rien la face du monde. Bien au contraire, ils nous tuent à petit feu et pendant que vous jouez avec notre sort, nous tentons de rassurer nos enfants à qui nous racontons l’histoire de leur vie en laissant planer des jours heureux alors que seul l’espoir nous permet d’être encore ici-bas.

J’ai fait des études à rallonge. Puis j’ai voyagé de par le monde au milieu de la misère pour en comprendre les tenants et les aboutissants. J’aurais toutes les peines du monde à vous expliquer ce que j’ai vu mais aussi ce que j’ai subi. Mais je trouverai les mots pour que cette souffrance ne reste pas ignorée et pour que tous ceux qui se sentent seuls et qui ont perdu l’espoir de voir la lumière un jour, comprennent que ce sont eux les héros de cette Terre. Etre immergé dans une telle souffrance exige une force d’esprit incommensurable et une résilience à toute épreuve. Toute ma vie, j’ai dû travailler d’arrache-pied pour surmonter les souvenirs de ce mal qui nous ronge. Puis j’y suis arrivée, grâce à eux ; grâce à ceux qui avaient été dépouillés de tout mais qui avaient gagné au passage bien plus que vous ne pourrez jamais imaginer : la sagesse.

Les études m’ont finalement apportée beaucoup mais pas ce à quoi je m’attendais. Plus le temps passait, plus la vérité émergeait. Il m’est apparu clairement que vous tous, je ne sais d’où, qui dirigez ce monde d’une main de fer, aspirant au petit comme au grand pouvoir, prenez les gens pour des abrutis invétérés. Tout ce qui est enseigné à l’école et à l’université est en réalité pensé pour former des pions qui vous serviront. Et cette petite intelligence rationnelle que vous possédez n’est en rien négligeable car elle distille une dictature aux allures de démocratie. « Nous sommes dans une prison sans murs dont les prisonniers ne songent pas à s’évader, dont ils ne songent même pas à renverser les tyrans ; un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves ont l’amour de leur servitude ».

Après mes études, j’ai décidé de parcourir le monde pour me confronter à la réalité. Je voulais plonger au cœur de la vraie vie. Je suis alors partie en Indonésie, en Inde, en Argentine et beaucoup d’autres pays pour vivre ce dépouillement total et m’immerger dans le quotidien misérable de ces familles qui tentent de survivre. Ces survivants sont par ailleurs admirables mais considérablement affaiblis par un système qui les a jetés dans l’oubli. J’y ai alors vu des horreurs ; des hommes et des femmes discriminés et jugés, des femmes isolées qui doivent offrir leur corps pour nourrir leurs enfants en échange de quelques roupies, des vagins labourés et des corps marqués pour avoir le malheur d’être né « femme » ; des petites filles enchaînées aux tables qui sont à la merci de la perversité d’hommes affamés ; puis des maladies en tout genre qui les condamnent à une mort certaine faute de moyens.

Quant aux enfants, porteurs de notre avenir, ils mendient, souvent handicapés, ou subtilisent de la nourriture pour ne pas mourir de faim. Et moi, nous, peuple de France, nous ne trouvons pas de travail en traversant la rue ! J’ai tenté l’expérience à maintes reprises mais je peux vous assurer que vos grands discours ne valent pas un sous. Et quand bien même je travaillerais, je gagnerais un salaire misérable qui me permettrait non pas de vivre mais de survivre. Comment voulez-vous que les gens puissent se satisfaire du peu que vous nous donnez ?

J’ai moi-même subi la violence ordinaire ; les coups, les tentatives de viol, le harcèlement sexuel, les humiliations, la solitude, la misère, les mensonges et le jugement. Qui n’a jamais vécu au moins une situation pareille ? Personne ! Je ne le sais que trop. Toutes ces problématiques proviennent d’un égoïsme forcené qui donne toute sa place à l’insensé et très peu à la bonté.

N’avez-vous pas de honte ? N’avez-vous pas conscience de vos actes et de votre pensée ? Vous choisissez les problématiques dans lesquelles vous souhaitez injecter de l’argent parce que vous y avez des intérêts. L’argent n’est pas un problème. L’argent, il y est. C’est juste qu’il est fichtrement mal utilisé. En choisissant la voie de l’enseignement, de la transmission et du don de soi, j’acceptais clairement d’être dans l’abnégation. Mais qui suis-je véritablement ? Un de vos pions à qui vous imposez vos lois absurdes. Quel est ce jeu de dominant-dominé auquel vous jouez ? Tant que nous serons dans ce rapport de domination-soumission, rien, je dis bien rien, ne trouvera solution. Ce corps de métiers ne mérite visiblement aucune reconnaissance. Il faut être dans une profession qui rabaisse pour pouvoir prétendre à un certain confort de vie.

Tous ces gens qui constituent les trois quart de la population mondiale se meurent à cause de vos décisions impertinentes et de votre soif de pouvoir. Tous les jours, je perçois les vices et la folie des hommes, la prétention et l’hypocrisie. Le mal est partout.

J’aimerais que tous ceux qui veulent être libres se délestent enfin de ce poids sans queue ni tête que la société nous a imposé ; que nous nous sommes imposés. Car oui, ce que nous bâtissons depuis toujours est un tissu d’insanités que nous payons aujourd’hui de nos vies. Et nos vies sont pourtant si précieuses que nous ne pouvons plus nous permettre de leur infliger cette ignorance. Foutez-vous la paix et offrez-vous enfin des montagnes de gratitude ! 

J’aimerais que tous ceux qui veulent être libres se lèvent avec cette clairvoyance et décident de rendre au monde ce sourire volé. J’ai encore le rêve de voir des écoles du bonheur et de goûter à cette liberté qui n’a jamais existé !

Je ne crois pas qu’il y ait de bons ni de méchants. Il y a cependant ceux qui ont ouvert la voie du bien et ceux qui ont emprunté le chemin de la déchéance et de la barbarie. Chacun fait ce qu’il peut avec son héritage et son histoire personnelle.  

Je crois néanmoins qu’il est un temps où il faut savoir se regarder en face. Je crois même qu’il est urgent de faire preuve de modestie et de propager la seule chose qui pourra nous sauver, à savoir la bienveillanceArrêtez de croire que votre système en vaut la peine. Il n’y a rien de bon dans ce que vous nous promettez.  Il faut aujourd’hui établir un nouveau mode de pensée pour des sociétés justes et heureuses.

Et surtout n’essayez pas de me traiter d’anarchiste ou d’idéaliste. Je ne m’affilie à rien de tout cela. Je suis juste une femme qui veut vivre les quelques décennies que la vie m’a gracieusement offertes avec le sourire et un cœur amoureux.

Une dernière chose...

Si l'on vous annonçait qu'il vous reste 24 heures à vivre, que feriez-vous?

 

 

                                                                                    

 

 

 

 

 

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