Suicides à l'OFB, pourquoi ce Silence de l'Administration ?

C'est avec une profonde tristesse que j'ai appris le suicide d'un Policier de l'Environnement sur son lieu de travail. Cet agent était pour moi un modèle à suivre : souriant, consciencieux, animé par la volonté de bien faire son travail. Avec son acte ultime, c'est un château de cartes dont il était un pilier majeur qui s'écroule.

D'après Le blog de l'ASD-Pro, dans son article du 21 février 2019 "Suicides dans la fonction publique: l'organisation du silence et du déni" :

"En regroupant les multiples sources disponibles (associatives, médiatiques, syndicales, INVS,) le nombre de suicides rien que dans la fonction publique d’Etat atteindrait des chiffres effarants :

Ils seraient de :

  • 39 pour 100.000 chez les enseignants
  • 25 pour 100.000 au ministère de l’équipement
  • 35 pour 100.000 chez les policiers en 2018 (58 pour 100.000 en 2017, 8 suicides depuis le 1er janvier 2019)
  • 31 pour 100.000 dans la gendarmerie et 58 pour 100.000 tentatives de suicide
  • 60 pour 100.000 chez gardiens de prisons 
  • 22 pour 100.000 dans les impôts et les douanes

Sans compter les suicides à France télécom, la poste, aux affaires étrangères …

Rappelons qu’en France, le taux de suicides est de 14,9 pour 100.000 habitants (10,7 pour les 25/54 ans) selon l’observatoire national du suicide. La mortalité routière qui est de 5,18 pour 100.000 habitants est pourtant qualifiée à juste titre de « fléaux national » par ceux-là même qui dirigent la fonction publique d’Etat et qui organisent l’omerta sur les suicides en son sein alors que ceux-ci y sont 4 à 12 fois plus nombreux.

Ces chiffres ne sont bien sûr qu’un reflet de la réalité, le nombre réel est inconnu et tous ces suicides n’ont pas forcément un lien avec le travail, mais en annonçant un taux de 1 pour 2,4 millions, l’administration n’a vraiment pas peur du ridicule !"

 

Ce qui était pour moi des chiffres, des statistiques est devenu cette semaine une réalité. Un Policier de l'Environnement s'est donné la mort sur son lieu de travail.

Ebranlée par cette triste nouvelle et par cet énième suicide parmi les Fonctionnaires d'Etat (qui ne fait l'objet d'aucun article de presse, d'aucune mention dans les journaux TV locaux), je ne veux pas me taire. Je n'accepte pas de savoir depuis plus de dix ans que nombre d'Agents de l'Office National des Forêts et des ex-ONEMA-ONCFS-Parcs Nationaux - aujourd'hui Office Français de la Biodiversité se sont donnés la mort. Leur acte ultime de détresse liée à leurs conditions de travail n'est pas pris au sérieux par les Pouvoirs Publics. Ils continuent de mourir dans le Silence opaque de l'Administration.

Ces victimes et leur famille ne méritent pas le déni, ni le mépris. 

Il y a plus de Fonctionnaires qui se suicident en France chaque année que de morts sur les routes : Pourquoi Madame Pompili ne se mobilise-t-elle pas ? Qu'attend-elle ? Pourquoi ne prend-elle pas de mesures pour reconnaître le mal être des Fonctionnaires dont elle a la responsabilité ?

J’ai véritablement honte de ne rien lire dans la presse. Bien sûr j'entendrai l'argument "par respect pour la Famille de la Victime". Toutefois, à mes yeux, je ne comprends pas pourquoi dès qu'un Élu décède, la presse en parle ; dès qu'un Fonctionnaire décède, personne ne communique sur rien. Où est la Reconnaissance de ces victimes pour leur Service Rendu à la Nation ? 

« Pas de vague » comme à l’Education Nationale. Son acte tombera-t-il dans les statistiques ou aura-t-il un hommage à l’instar de ceux rendus aux élus ?

Il n'y a pas que la Biodiversité qui souffre, il y a ses protecteurs, ses garants. Sans garant, où sont les garde-fous ? Qui va nous protéger ?

S’il-vous-plaît, n’oubliez pas les agents de l’Environnement qui souffrent depuis tant d’années.

De tout cœur avec leur famille.

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