Le préfet de Côte d'Or veut sauver la compagnie de charter Aigle-azur!

Dijon, encore Dijon, toujours Dijon. Après Gvantsa, enfin régularisée, Quadri. Lui est déjà au Nigéria. Mieux que le centre de rétention de Metz, celui de Roissy, plus près des pistes. Mobilisons-nous pour faire cesser ce scandale!

On aurait aimé ne plus jamais entendre parler du préfet de Côte d'Or. Qu'il se fasse oublier. Qu'il gère les affaires courantes. Qu'il mange des petits fours et boive du kir avec ses proches collaborateurs. Qu'il fasse des discours sur les valeurs républicaines, qu'il les ponctue d'un "en somme" suivi d'un claquement de langue. Mais voilà, le préfet de Côte d'Or ne veut pas regagner le troupeau et paître tranquillement avec ses congénères. Il aime que l'on parle de lui et tant pis si c'est au détriment de vies qu'il brise.

L'actualité file vite et rien ne laissait prévoir que Gvantsa régularisée laisserait la place à Quadri expulsé. La sidération est le seul mot qui vient en tête quand on retrace les faits. Mercredi 4 septembre, grâce à la mobilisation, Gvantsa obtient un titre de séjour étudiant et en même temps Quadri monte dans l'avion encadré par des nervis. Il pourra ainsi retrouver le soleil de Lagos, manger des spécialités locales, dormir à l'air libre et retrouver les siens (ah non, ça c'est impossible puisque les siens sont en France). Certains esprits éclairés argueront que les pays-en-voie-de-développement ont besoin de tous leurs jeunes dispersés de par le monde pour construire l'avenir. En la personne du préfet de Côte d'Or, ils ont trouvé un allié. Il faut parfois faire du mal pour faire du bien, à chacun son proverbe.

Sommes-nous maudits à Dijon? Allons-nous chaque semaine lancer une pétition sur change.org? Condamnés à la colère, enragés d'être impuissants, roulés dans la farine à longueur d'audiences à la préfecture, que faut-il faire? La réponse ne fait plus aucun doute. Si l'Etat cautionne des expulsions illégales, ressemble chaque jour davantage à Moloch et trouve pertinent de se débarrasser de jeunes gens arrivés en France enfants (Quadri par exemple), nous n'avons plus le choix, nous sommes en guerre. Une sale guerre où les militants des droits de l'homme (Alain Soral a fait des émules tant l'expression "droits de l'homme" en a pris plein la gueule), les hommes et les femmes de bonne volonté, les jeunes taxés d'anarcho-syndicalistes (à Dijon on sait reconnaître un lecteur d'Elisée Reclus quand on en croise un !) s'épuisent. On ne compte plus les manifestations, les heures passées à tenter de résoudre des dossiers absurdes, à chercher des hébergements pour des familles en déshérence, à empêcher le pire. Savez-vous, entre autres petits bonheurs, que pour obtenir un titre de séjour "salarié", on doit apporter la preuve que l'on est embauché mais que pour apporter la preuve que l'on est embauché, il faut un titre de séjour. Et au guichet 8 de la préfecture, on trouve toujours un monsieur sérieux ou une dame bien coiffée pour expliquer cela sans rire  au pauvre postulant qui n'y comprend goutte. La seule chose qu'il comprend le postulant, c'est qu'un charter bleu blanc rouge l'attend sur le tarmac de Roissy s'il ne trouve pas un moyen pour résoudre l'insoluble.

Ecrire un billet dans un blog est dérisoire alors que Quadri est au Nigéria en train de se demander ce qu'il a pu faire pour mériter ça. Ça? La vindicte, la bêtise, l'autoritarisme. A Dijon, on connaît le sens de l'adjectif "discrétionnaire". Le préfet a un pouvoir "discrétionnaire".  Le mec, entre la poire et le fromage, ivre de rancune d'avoir dû laisser s'échapper la petite géorgienne décide de se farcir le grand nigérian footballeur et futur étudiant en BTS. C'est exactement cela le "pouvoir discrétionnaire" une piètre version administrative de l'hubris sauf qu'un préfet ressemble rarement à un héros grec tourmenté. Juste un petit monsieur qui vivra peut-être 85 ans et qui pendant quelques années de son existence aura eu l'impression d'être le chef des destinées humaines.

 

Monsieur le Préfet de Dijon, si l'on se souvient que l'on est mortel, alors on reste humble, on fout la paix à son prochain, on cultive ses roses, on lit un bon livre, on réfléchit et surtout on arrête de se comporter comme un croquemitaine qui fait peur aux enfants. Quadri a un téléphone. Si vous voulez, appelez-le, il vous donnera de ses nouvelles.

 

 

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