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Billet de blog 13 oct. 2020

Jean-Michel Blanquer, ministre des virus et de la fondue savoyarde. Mais pas que...

Résumé de la saison 10 de "The Walking Teachers". La communauté des Teachers résiste à l'épidémie sous la houlette de leur chef charismatique, Rick Blanquer. Pour combien de temps encore? En fait, non, le vrai sujet de ce texte est: Vous aussi, on vous prend pour des cons? Parce que dans l'éducation nationale...

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L’heure est grave. Emmanuel Macron s’adresse aux français, mercredi 14 octobre. Deux jours après son chef de gouvernement, Jean Castex.

Je voudrais faire une réclamation. Avec tout le respect que l’on doit au président de la république et à son premier ministre, le seul susceptible d’apaiser les esprits et de gagner le combat contre la Covid 19 est Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale.

Alors que les injonctions pleuvent et que les scenarii les plus pessimistes ont enfin repris la place qui leur revient dans les journaux, couvertures et premières pages, dans les écoles, collèges et lycées, le virus est tenu en respect par les circulaires, les médecins de prévention et les recteurs. Le premier coup dur à Sars Cov-2 a été porté le 29 août 2020 quand une notification officielle lui a signifié son éviction des listes des maladies à risques. Il sait désormais qu’il ne pourra plus s’attaquer aux poumons, cœurs et artères des enseignants. Le virus terrassé par cette circulaire comminatoire est donc prié d’aller coloniser d’autres bronches, celles des prolos syndicalistes par exemple. Comme on est jamais trop prudent, d’autres mesures d’accompagnement sont prévues. Les rectorats, toujours à l’écoute des personnels, rassurent : dans les établissements scolaires, les élèves ou professeurs contaminés l’ont été à « l’extérieur », en « contexte familial ». Les protocoles sanitaires en cours ont des pouvoirs magiques. Si chacun porte un masque, s’inonde les mains de gel hydroalcoolique et passe sa vie penchée à la fenêtre, c’est l’immunité assurée. En revanche, la vie « à l’extérieur » comporte des dangers. La fondue au fromage à 15 dans un studio, les noces d’or de Marcel et Georgette ou la nuit de folie au café PMU sont des facteurs de risques. Entre deux bouts de pain dégoulinants d’emmental et de dent du chat, paf, le virus t’attaque, s’installe dans tes sinus, descend dans ton larynx, prend ses quartiers d’hiver dans tes alvéoles pulmonaires et te voilà au plus mal et au plumard. En aucun cas, tu n’auras contracté la maladie dans ton lycée. Tu ne pourras t’en prendre qu’à toi-même, à ton impéritie et à ton amour immodéré de l’emmental. Le ministre te l’avait bien dit : renonce à la fondue et ne te vautre plus dans la jouissance à la moindre occasion. La contamination est affaire personnelle car si on veut l’éviter, on peut l’éviter telle est la devise de la rue de Grenelle.

Des esprits chagrins feront remarquer que dans les entreprises privées les préconisations sont différentes, que le télétravail est fortement conseillé, que le bureau est considéré comme un potentiel lieu de contamination en dépit du masque, des gestes barrières et du renoncement à la fondue. Quant à l’université, elle ressemble de plus en plus à un écran vert pour fabriquer des effets spéciaux, tout y est virtuel sauf les substantielles économies faites sur le dos des étudiants.

On ne peut en déduire qu’une seule chose. Jean-Michel Blanquer devrait d’urgence assister Olivier Vérand et être nommé ministre adjoint aux virus, coryzas et maladies saisonnières. Les rectorats, ces sentinelles de la santé publique, courageusement cornaqués par des secrétaires généraux et des directeurs de cabinet en costumes ont un message à délivrer qui pourrait être généralisé. Seule la vie est dangereuse, celle qui incite au plaisir, à la paresse joyeuse et à la contradiction. Se contenir, s’abstenir, consentir, les verbes du 3ème groupe reprennent du poil de la bête et cela n’est pas une bonne nouvelle. Le travail protège, la vie « à l’extérieur » expose. Et si on installait des dortoirs-avec-distanciation-sociale sur les lieux de travail avec couvre-feu obligatoire ?

Jean-Michel Blanquer, d’humeur ornithologique, l’affirme : « L’école n’est pas le nid du virus ». Cette phrase est promise à un bel avenir dans quelques semaines quand le même pondra un nouvel œuf  : « La couvaison a quand même eu lieu et le maintien au nid est obligatoire ».

Comment à ce stade rester calme ? Même Le Café Pédagogique a du mou dans l’expresso et s’indigne de « l’irrespect » du ministre à l’égard des enseignants. Le terme fait un peu vieille France bien élevée. On aurait presque envie de glisser de la strychnine dans le café. L’irrespect? Le terme manque de sel et de poivre au regard de la situation actuelle. Le « devoir de réserve » aurait-il eu raison des enseignants, incapables de jurer, de tempêter, d’arrêter le ministre quand il s’essuie les pieds sur leur vie ? Le problème n’est pas de savoir qui a raison parmi les médecins, virologues et autres épidémiologistes, ceux qui crient au loup ou ceux qui répondent  "même pas peur" mais plutôt de résister à la cryogénisation de l’intelligence collective. La pensée est en hypothermie. L’éducation nationale n’est jamais tombée aussi bas en termes de pédagogie, d’humanité, de transmission et de savoir (décliné désormais en faire-savoir, savoir-faire et savoir-être). Les concours d'enseignement en 2020 recrutent et récompensent de futurs fonctionnaires exemplaires, capables de réciter à l'endroit et à l'envers les articles de la loi "pour une école de la confiance". D'ailleurs, ils ne font plus recette.

Sauf à devenir les croque-morts qui tiendront demain les cordons du poêle, les enseignants continueront donc de s’opposer à leur hiérarchie car ils refusent de crever d’un virus mortel qui colonise leurs esprits et pollue leurs existences et celles de leurs élèves. Son portrait robot s’affiche tous les deux jours devant les caméras de BFMTV et, à ce jour, aucun vaccin n'est parvenu à l’éradiquer. Un seul antidote connu, la résistance par tous les moyens. Et la fondue savoyarde.

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