Votons pour la suppression des élections municipales!

Mars 2020, Jean-Marc votre maire sera-t-il réélu ? Oui à condition que les demandeurs d'asile n'envahissent pas sa commune. Heureusement, le-nécessaire-débat-sur- l'immigration aura lieu et Jean-Marc pourra trinquer à sa victoire avec Grégoire, son pote garde-chasse.

Jusqu'au mois de mars, la France est en campagne pour les municipales. Les "élus" entendent le rester et même le plus falot d'entre eux, celui qui ressemble le plus à un notable de comices agricoles immortalisé par Flaubert pour l'éternité, veut encore rester assis sur sa chaise pendant six ans.

Certains, et on s'en doute pas les mieux lotis, en feront les frais. La chasse est ouverte et les gibecières ne devraient pas tarder à se remplir à nouveau de quelques têtes sanglantes. 

La plus prisée, celle qui bénéficie d'un capital d'antipathie au firmament, le "migrant". Celui-là s'est appelé l'immigré et dans des temps plus reculés "l'étranger". On le décline volontiers, six cas comme en latin. Au  nominatif, le demandeur d'asile, à l'ablatif, le débouté du droit d'asile. A l'accusatif, devant les tribunaux,  le "dubliné". Je serais Dublin, je porterai plainte pour diffamation.

Le président de la république française, Emmanuel Macron, promet un débat annuel sur l'immigration et veut partager les dossiers des demandeurs d'asile entre les différents pays d'Europe. Quand on l'écoute parler, on est frappé par la rationalité du propos. Tout semble fonctionner comme dans une gare de triage ou comme dans un dossier à intercalaires,  avec des employés zélés qui veilleront au classement et au bon déroulement des opérations. Discours désaffecté, assurance de celui qui oeuvre au bien commun, prêt à recevoir des coups et à les parer. 

Il suffirait donc d'une législation européenne concertée pour anticiper les flux migratoires massifs qui s'annoncent. Alain Finkielkraut, philosophe très présent sur la scène médiatique (il vient de publier une autobiographie qui n'en est pas une) s'émeut de la croissance démographique en Afrique, s'affole de celle déclinante de la vieille Europe, s'accroche à la figure tutélaire de Péguy et prône l'écologie poétique. Lui, E.Macron et tant d'autres (quelques maires qui ne veulent pas lâcher leur sièges?) se comportent en immortels - d'ailleurs Finkielkraut est académicien- Ils seront toujours là et leur parole démiurgique empêchera les tempêtes, les tremblements de terre, les déplacements de populations. Leurs imprécations, leurs lois, leurs dérisoires préfectures peuplées de petits hommes tariront les flux migratoires. La seule puissance de leurs mots entraînera l'adhésion des foules européennes tétanisées par la crainte de voir se diluer leurs identités dans l'encre noire de leurs phantasmes. Plus l'évidence d'une mutation en profondeur de nos vies, de nos certitudes, de nos habitudes se dessine plus nos dirigeants agissent comme s'ils avaient encore le pouvoir d'arrêter ce que des millénaires d'histoire humaine ont contribué à façonner

Le langage est sommé de retaper le monde, cette vieille bicoque, de céder à l'illusion qu'il peut tout. Il dit "transition écologique" par exemple car elle est si réconfortante cette idée que l'être humain a du temps devant lui pour apprendre la décroissance et la "nouvelle écologie". En douceur, on transite gentiment même si la violence nous entoure, s'invite à notre table. On attend du langage qu'il rassure, "transition" comme pour le mauvais élève qui, autrefois, ne pouvait passer en classe supérieure. Tout un symbole!

Le "migrant", quant à lui migrera car c'est ainsi. On reste rarement assis à la même place à attendre le pire. D'irréductibles militants, conspués par de nouveaux cyniques s'accrocheront au mot solidarité pour éviter le naufrage puis la noyade. Macron organisera des séminaires et sera convaincu de la puissance de son verbe et de ses mesures. Finkielkraut et ses pairs dérouleront à l'infini leur lamento et ne seront plus écoutés par personne. Les collapsologues nous tiendront informés des comptes à rebours.

L'avenir est sombre mais rien n'empêche d'aimer vivre et de se tenir éloigné de quiconque a une solution miraculeuse à proposer.

Et puis, Mr le président, Mr le ministre, Mr le préfet, le "migrant" ne vous entend pas. Il migre sans demander la permission et ce qu'il laisse le plus souvent derrière lui ne lui donne pas envie de se retourner. Il a peut-être tort, vous lui ferez des misères mais votre impuissance à le convaincre de rester "chez lui" est définitive. 

Votre débat annuel sans tabous sur l'immigration  fait peine et votre monde aussi petit que la niche du chien ne continue d'exister que dans vos obsessions. 

 Ne nous gâchez pas notre agonie avec votre arrogante suffisance et ne cherchez plus à nous faire rentrer avant l'heure dans une urne. Oubliez-nous et nous serons heureux sans vous.

 

 

 

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