Jean-Michel Blanquer, un lapin en liberté !

On attend la recette du lapin-chasseur façon grand-père promise par le grand chef étoilé, Jean-Michel Blanquer. Miam-miam ! Note de l'auteur: comme dans tout texte abscons, le sens de ce dernier n'apparaîtra que dans la dernière phrase.

 Que les lapins de France frémissent à la lecture de ce billet. En la personne de Jean-Michel Blanquer, ils viennent de trouver un prédateur redoutable. Interrogé par Maïté, 81 ans, en direct de sa résidence senior, il révèle le secret d’un ragoût de lapins réussi : beaucoup de viande et peu de sauce. On attend avec impatience ses préconisations en matière de vin car, on le sait, un civet réussi est un civet mariné dans un grand-cru.

Et en matière de grand-cru, Jean-Michel Blanquer, ministre du Patrimoine gourmand et du baccalauréat réformé, est un expert. Chaque jour qui passe apporte son lot d’innovations et témoigne d’une créativité qui force l’admiration . Un jour, il s’agit de former des jeunes gens aux bonnes pratiques culinaires, un autre, de les habituer aux coups de feu en cuisine. Pas question de lambiner quand des clients de l’autre côté de la porte piaffent d’impatience ! On ne peut faire attendre jusqu’en juin une spécialité commandée en mars comme on dit dans le métier. Les vautours du guide Michelin, toujours prompts à dégommer les étoiles, attendent leur heure, tapis dans l’ombre, prêts à saborder son œuvre. Heureusement, un Blanquer avisé en vaut deux et avant que sa réputation voire son honneur de Chef ne soit entaché, de nombreux marmitons seront remerciés dans les arrière-cuisines.

Pour ceux qui se poseraient encore des questions sur cette fable à clés (en fait Jean-Michel Blanquer n’est pas un Chef avec toque mais un ministre de l’Education nationale avec calvitie, CQFD), on peut faire un rapide résumé du dernier épisode en date de sa Story, disponible sur Instagram et sur Tik-Toque. Cliquez sur le pouce en haut et surtout ne vous trompez pas.

Là, arrive le moment délicat de mesurer ses mots et de s’autocensurer si l’on ne veut pas recevoir dans la demi-heure un mail de l’avocat du dit ministre pour « diffamation publique envers l’éducation nationale ». C’est que depuis l'accession au pouvoir d'Emmanuel Macron, on ne plaisante plus avec l’autorité de l’Etat, il était temps de lui redonner un peu de lustre, surtout à l’heure où s’ouvre le procès de Nicolas Sarkozy pour « corruption » et « trafic d’influence » en ce lundi 23 novembre devant la trente-deuxième chambre du tribunal judiciaire de Paris. Passons et revenons aux lapins qui ne font pas que batifoler dans le serpolet. Parfois, ils barbotent dans des fonds de sauce gâtés par la maladresse de cuisiniers peu scrupuleux.

Donc et puisqu’il faut bien en parler car, comme des milliers de fans, on s’intéresse à la Story de Jean-Michel Blanquer (voir plus haut pour ceux qui n’auraient pas suivi), notre héraut/héros vient d’être soupçonné d’avoir façonné à sa louche – façon habile de filer la métaphore en même temps que discret hommage à la langue verte – de jeunes esprits malléables qui se prénomment, allez savoir pourquoi, Domitille, Prune ou Grégoire. Domitille, Prune, Grégoire (sans oublier Samia issue de la diversité mais mariée à Edouard) ont créé un syndicat et l’ont baptisé en toute simplicité « Avenir lycéen ». J’aime cette fraîcheur qui tranche agréablement sur les autres syndicats, phagocytés par l’ultra-gauche (à « Avenir lycéen", on est plutôt du côté de l’ultra-brite). Avenir lycéen.. Parcoursup.. des tremplins vers la réussite, des appels d’air, des aspirations à l’envol, à être un lapin d’excellence. Vers l’infini et au-delà (Buzz l'Éclair)! 

Aparté :

Jusque là, la rédactrice de ce billet fait un parcours sans fautes et ne risque pas d’être suspendue, blâmée ou rétrogradée comme ses collègues de Melle. J’en profite d’ailleurs pour vous recommander l’académie de Poitiers, là-bas, ils savent tenir leurs professeurs.

Reprenons.

Comment imaginer une seule seconde qu’un monsieur aussi sérieux, aussi mal habillé (diffamation?) que Jean-Michel Blanquer ait pu se soucier une seule seconde, lui occupé à redorer le blason de son ministère, décoloré par des années de gestion laxiste (se souvient-on de cette Pasionaria subversive Najat Vallaud-Belkacem?), de manipuler un syndicat lycéen et d’en faire un Cheval de Troie, destiné à désamorcer la fronde contre sa Réforme en majuscule (plutôt un Lapin de Troie comme dans Sacré Graal des Monty Python) ? Non vraiment, cela ne tient pas debout et à moins d’avoir envie d’être envoyé en relégation dans l’académie de Poitiers, personne, chez les enseignants, ne croira ce tissu de mensonges relayé par des médias hors-contrôle. La preuve, le chef du syndicat, un dénommé Nathan (copain de Domitille, Prune, Grégoire et Samia mariée à Edouard) dément toute accusation de collusion avec le ministère et ignore même jusqu’au sens du mot « prévarication ». Blessé autant que meurtri, il déclare « Comme jeunes engagés, nous refusons d’être pris en otage par les opposants à la politique du ministère de l’Education nationale à des fins purement électoralistes ». Quelle clairvoyance chez ce jeune homme qui, n’écoutant que sa bravoure, ose une métaphore habituellement utilisée pour désigner les usagers de la SNCF en temps de grève. Un otage ? C’est exactement cela : la privation des libertés par ces figures extrémistes interlopes qui tirent les ficelles de la contestation lycéenne pour faire choir un ministre qui, depuis 2017, tente avec vaillance de restaurer la confiance, d’achever pour l’empêcher de souffrir plus longtemps un baccalauréat moribond et d’épurer le monde enseignant de ses membres les plus corrompus. Un ministre qui avec sa complice Frédérique Vidal de l’enseignement supérieur, de la Recherche et de l'innovation, ouvre l’Université au numérique à tel point que les enseignants ont parfois l’impression de faire de la figuration dans Star Wars, devant un écran vert. Il y a du Ioda dans Jean-Michel Blanquer, il faut bien le dire.

On n’oublie pas le lapin du début qui n’était juste qu’un trait d’esprit de cet imposant ministre de l’éducation nationale, interrogé sur RTL (ça c’est bon pour mon avancement!) pour se faire comprendre du grand public un peu limité. Cette soi-disant affaire de trafic d’influence résumée en une formule « beaucoup de sauce et peu de lapin » se noiera donc dans son propre jus. Fin du ban.

 

Et que les mauvais esprits, prêts à répondre « pas de fumée sans feu »pour gagner le concours "la sagesse populaire il n'y a que cela de vrai" se taisent à tout jamais. On n’est pas là pour rigoler.




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