Trajet quotidien.

Bonjour à tous.Je ne sais ce qu'il en est des autres villes qui en sont pourvues, mais les discussions de métro sont en train de me fasciner. Habitant à Toulouse, j’ai tous les jours la chance de risquer ma vie dans une des rames automatiques d’une des deux lignes de la ville rose. Et je me délecte, généralement le soir, des bribes de dialogues que j’ai l’occasion de capter aux heures de pointe des sorties de bureaux, de facs et de lycées.
Bonjour à tous.
Je ne sais ce qu'il en est des autres villes qui en sont pourvues, mais les discussions de métro sont en train de me fasciner. Habitant à Toulouse, j’ai tous les jours la chance de risquer ma vie dans une des rames automatiques d’une des deux lignes de la ville rose. Et je me délecte, généralement le soir, des bribes de dialogues que j’ai l’occasion de capter aux heures de pointe des sorties de bureaux, de facs et de lycées. Peu de personnes se permettent de bavarder dans ce genre d’endroit, et je dois l’avouer, le métro toulousain est d’un calme olympien, uniquement entrecoupé d’une voix féminine synthétique nous annonçant le nom des stations en français ET en occitan, ce qui ne manque pas de déclencher les ires des anti-régionalistes et de faire marrer les aveugles vu l’accent un tantinet exagéré de la bonne femme sus-citée. Fort heureusement, il arrive régulièrement que certains hurluberlus viennent briser cette loi du silence imposée par le simple fait que si toutes les personnes présentes faisaient de même, les trajets se transformeraient en véritable convention écologiste.
Ces moments où deux, voire trois crétins se mettent à tailler le bout de gras dans l’exigüité du transport en commun, exposant de fait à l’ensemble des inconnus les entourant leurs pathétiques problèmes personnels ont toujours eu le don de me surprendre.
Pour ma part, si je me retrouve par hasard dans le bus ou le métro avec une connaissance, je m’arrange pour rester le plus discret et évasif possible pour ne pas déranger les autres utilisateurs dudit transport. Ainsi je prendrais soin de toujours parler en code pour éviter que mes discussions personnelles ne puissent être interprétées par quiconque. Et quand bien même ma conversation serait entendue, elle ne pourrait qu’être bénéfique pour son destinataire qui ne manquera pas de s’ébaudir de la clairvoyance de mes propos.
Pas plus tard qu’hier, deux jeunes abrutis montent au même arrêt que moi et une pauvre dame, visiblement exténuée par sa journée de travail. Les deux parasites, après les quelques secondes de silence nécessaires à leur installation dans la cabine, reprennent leur discussion passionnante comme si de rien n’était. Je sens alors monter en moi l’exaspération que ces impudiques ajoutent à mes propres dix heures de labeur, mais, bien élevé, et passant assez souvent pour un fieffé râleur, je m’abstiens en espérant soit que leur voyage s’écourtera avant le mien, soit que leur blabla débile ne parviendra pas à troubler ma quiétude bien méritée au creux du siège en plastique de ma rame providentielle.
Bien mal m’en a pris. J’aurais mieux fait de l’ouvrir. Outre le fait que le sujet de l’argutie portait sur la dangerosité du trampoline en option sport, la présence inopportune de ces deux bubons sur pattes ne fit que me conforter dans l’inutilité de la jeunesse en temps de paix. Certes tous les jeunes ne sont pas que des connards égocentriques dont les seules préoccupations consistent à perdre leur virginité le plus tôt possible et à savoir quelle star imiter pour être dans le coup. Aaah. On me fait signe que si… Bon.
Je réalisai soudain que la pauvre femme qui subissait comme moi la syntaxe approximative de leurs palabres, se décomposait au fur et à mesure de l’argumentation des deux acnéiques. Je fis de mon mieux pour me fermer au discours vomitif du plus sûr des deux pubères dont le volume sonore augmentait avec le bruit ambiant et essayai de lancer un regard doux et compréhensif à ma compagne d’infortune afin de lui montrer qu’elle n’était pas la seule à vouloir faire entorse à la bienséance et fracasser la boîte crânienne de nos bourreaux à grands coups de masse. Malheureusement sans succès, ma tentative de trouver chez un autre passager de la compassion pour mon désarroi me poussa à me lancer dans une séance d’insultes télépathiques en espérant que des dons paranormaux potentiels viennent à bout du supplice que j’étais en train de vivre.
Comme un malheur n’arrive jamais seul, une fois débarrassé de la paire d’emmerdeurs, à mi-chemin de mon logis, le relais fut pris par un de ces fins mélomanes qui considèrent que leur prétendue musique mérite d’être exposée,bon gré mal gré, aux oreilles de tous, et ce, dans une qualité tellement médiocre qu’il est impossible de distinguer des paroles ou des instruments de la bouillie sonore qui émane des enceintes fatiguées de leur téléphone portable.
J’ai pris congé trois stations avant mon terminus afin de ne pas risquer une amende des contrôleurs pour avoir étalé l’intestin grêle d’un des passagers sur les vitres de la rame, préférant la marche à pied à la présence d’autres emmerdeurs certains.
Au moment où je mis le nez dehors, la neige commença à tomber. Quelle début de soirée de merde.

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