Avec 6 députés élus de la NUPES (Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale) et un élu divers droite sur 7 à la Réunion, les électeurs ont clairement infligé un cinglant camouflet à Emmanuel Macron qui ne compte aucun élu dans les cinq départements et régions d'outre-mer une première sous la cinquième République pour un président à l'issue des élections législatives.
En Martinique sur quatre députés, deux soutenus par la NUPES et deux élus régionalistes sont élus. En Guadeloupe, la secrétaire d'Etat à la Mer, Justine Bénin, députée sortante (La République en Marche-Ensemble) a été battue par Christian Baptiste (NUPES). La NUPES qui remporte 3 sièges sur 4 le dernier revenant à un élu Modem dissident. En Guyane, le député sortant LREM Lénaick Adam est battu par Davy Rimane un candidat LFI (La France Insoumise) quand dans l'autre circonscription un candidat indépendantiste est élu. A Mayotte, les deux sièges de députés reviennent à des candidats divers droite, la sortante (LREM ) Ali Ramlati ayant été sortie dès le premier tour !!!
La brutalité avec laquelle le gouvernement Macron a traité les populations, notamment concernant l'obligation vaccinale et le refus de réintégrer les personnels soignants, pendant la crise sanitaire a été sanctionnée dans ces départements et régions d'outre-mer. Sur nombre de dossiers durant la législature précédente les habitants de ces contrées éloignées du pouvoir central ont été méprisés et ce ressentiment s'est traduit dans les urnes.
L'absence de prise de parole du président de la République lors des cérémonies de commémoration de l'abolition de l'esclavage du 10 mai depuis cinq ans est éloquente. La suppression sans concertation de France Ô, un crime contre la culture, a été un autre symbole fort pour les populations des Outre-mer qui ont été interdites de faire entendre leurs voix spécifiques sur un média national qui leur était dédié, ont été autant d'actes symboliques qui ont témoigné autant d'une certaine impéritie que d'une vison dépassée au plus haut niveau des questions relatives aux Outre-mer.
La persistance de taux de chômage inacceptables au sein de la République, les écarts considérables de prix entre les Outre-mer et l'Hexagone qui ne font que s'aggraver avec la hausse de l'inflation consécutive au conflit ukrainien, la persistance de l'économie de rente, de l'impunité des responsables de l'empoisonnement au chlordécone des populations antillaises, mais aussi de graves entraves à l'accès à l'eau, tout comme la politique de métropolisation des cadres de la fonction publique sur place ont généré, tout au long du quinquennat, un sentiment anti Macron qui s'était déjà lourdement fait sentir lors de l'élection présidentielle en avril dernier au premier comme au deuxième tour.
La présidence Macron a eu comme souci surtout le maintien de l'ordre (en envoyant les forces du GIGN contre les manifestants aux Antilles) et une volonté jacobine, contre le courant de l'Histoire, d'aligner de manière paternaliste et verticale les politiques Outre-mer sur celles de l'Hexagone.
Olivier Serva, président sortant de la délégation Outre-mer de l'Assemblée Nationale, élu député de Guadeloupe en 2017 sous la bannière La République en Marche qu'il a quitté en fin de mandature, a eu ces mots terribles lors de sa réélection (sous l'étiquette NUPES cette fois-ci) dimanche : "Le président n'a pas écouté les Outre-mer".
Le résultat des élections législatives dans les départements d'Outre-mer de Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, et Mayotte est sans appel. Le président de la République (à supposer qu'il obtienne une majorité pour gouverner le pays) devra désormais non seulement écouter mais entendre et surtout composer avec les Outre-mer et leurs populations. Surtout il ne pourra faire l'économie d'un changement radical d'optique et de paradigme concernant les Outre-Mer. Plus que jamais aujourd'hui l'heure a sonné d'instaurer une nouvelle relation entre les Outre-mer ( et singulièrement ses départements-régions) et l'Hexagone.
*Dans les Collectivités et Territoires d'Outre-mer la Nouvelle Calédonie (2), Wallis et Futuna (1), Saint Pierre et Miquelon (1) et Saint Martin et Saint Barth (1) ont élu des candidats favorables à la majorité sortante. En Polynésie française les candidats de la NUPES ont ravi les 3 sièges qui étaient en jeu.