Ma part de gaulois

Magyd Cherfi celui qui nous dit la banlieue, celle que nous, les gaulois, blancs, normaux, avons voulu ignorer : La Marche des beurs en 1983, les émeutes de 2005, gouvernements de droite, de gauche, on n'a rien voulu voir, rien voulu entendre, et la Part le Gaulois de Magyd Cherfi nous oblige à regarder en face un terrible échec. Non, pas celui de l'intégration bien pire la séparation.

Le livre de  nous met en face de réalités très inquiétantes, c'est toute une jeunesse qui s'est mise dans une sorte de quarantaine et nos belles institutions ont fait comme si elles n'avaient rien vu. Après les émeutes de 2005 et le couvre feu on a discrètement mis la poussière sous le tapis. il ne s'était rien passé, c'était déjà cette jeunesse qui disait : "on n'est nulle part dans ce pays" ! ils ont cramé des bagnoles et aussi quelques écoles, ce qui aurait du alerter.

Mais rien du tout, Sarkosy a nommé Fadela AMARA et on a cru que le problème allait se régler tout seul.

 Magyd Cherfi explique cette profonde dissidence qui a des racines dans la guerre d'Algérie mais aussi dans la relégation imposée à tous les travailleurs issus de l'immigration depuis les fameuses trente glorieuses. On s'était accoutumés aux  foyers Sonacotra où étaient logés ceux qui construisaient les logements de nos magnifiques banlieues et qu'on ne voyait ni n'entendait .

Nos dirigeants ont  oublié que les faiseurs des taux de croissance des années 60/70, c'étaient eux, ils ont été parqués tous, harkis, militants du FLN , ils ont fabriqué des bagnoles. Aujourd'hui leurs enfants et petits enfants sont au chômage dans les HLM de banlieues bien dégradés.  

Cette jeunesse  je ne la dirai pas en échec scolaire, pire il sont exclus d'office, même si comme le dit Magyd ils finissent par s'exclure eux-même. Ils ont intégré cette exclusion au point d'en faire une sorte de supériorité et Magyd Cherfi a eu le courage  subir les conséquences d'un  échec qui n'était pas le sien.

Il a fallu la volonté inébranlable d'une femme pour arriver à briser la loi de la cité, la loi de l'échec scolaire.  Et le système scolaire, l'Etat ne veut toujours pas voir la terrible réalité qui est dans ce bouquin.

Qu'est notre école devenue? dans les années 50, avec des méthodes un peu fermes l'école amenait au BEPC, au BAC, une partie importante de jeunes issus de milieux ouvriers et paysans où ça ne parlait pas forcément  que  le Français.

Aujourd'hui cette réalité catastrophique est dissimulée, soigneusement planquée. Et on découvre, hébétés, le djiad et les attentats criminels.

Cette désocialisation de toute une jeunesse s'accompagne de régressions sur d'autre plans, la dureté et la violence des rapports entre les hommes et les femmes qui renvoie très en arrière et met les filles dans des situations insupportables.

Magyd Cherfi campe quelques "gauloises" qui sont là présentes, qui comprennent, écoutent et tentent des choses, jusqu'à quand ?

Quand va t'on  mettre quelques moyens pour le neuf trois ? pour des quartiers de Marseille et d'ailleurs? quand va t'on s'attaquer à cette perte de toute une jeunesse?  quand va t'on prendre des moyens de faire une place pour cette jeunesse là  avant que sombre toute la société

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