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Billet de blog 4 décembre 2025

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Ukraine : ce n’est qu’un début, continuons… ( le sondage)

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

1776 : Créer l’Union des 13 colonies consistait à fabriquer un mélange complexe: Aristocrates esclavagistes , paysans libres, négociants internationaux, Francs-Maçons, fondamentalistes protestants, trappeurs et artisans, tous appuyés par des territoires différents. Les États-Unis  ont bien fabriqué un Etat complexe, entre 1776 et 1783, Pour cela, quatre éléments ont été fondamentaux

  • une monnaie unique
  • une politique étrangère unique
  • une armée unique
  • une Constitution commune.

L’union Européenne, si elle a l’Euro, souffre d’une défense obsolète, héritée d’une guerre froide terminée depuis 35 ans.

Le sondage en référence ( Le Grand Continent/Cluster17) montre que la guerre sur le continent a convaincu les Européens que le conflit est certain contre un Kremlin envahisseur. Cela nous amène déjà à créer une Défense et une Diplomatie. De nouveaux Washington, Franklin, Hamilton nous manquent, mais ces figures n’apparaissent - elles pas dans les épreuves ?

Contre la Russie de Poutine

 55% des Européens envisagent un conflit possible sur le territoire de l’Union, donc défensif. C’est plus discuté en Italie (49 % mais en face de 48 %), et c’est dominant, 60 à 75%,  dans les pays du nord de l’Europe (Danemark et Pays-Bas), aussi chez les voisins de la guerre actuelle, Roumanie et Pologne. Ce n’est donc pas une invention de Macron.

Finie la confiance accordée aux USA,  à l’OTAN et … à Musk.

Il n’y a plus d’ami américain pour les Européens.

 - Donald Trump . Seule une petite minorité (13 %) considère qu’il « respecte les principes démocratiques », 82%, que non, dont 39 % dénoncent même qu’il « se comporte en dictateur », surtout  au Danemark, en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas.

Pour tous, « l’élection de Donald Trump rend le monde moins sûr » (63 %, contre seulement 15 %)

Une majorité (51 %) le juge  « ennemi de l’Europe » contre seulement 9 %  comme « un ami». Un rejet massif dans les pays les plus au nord  : Pays-Bas, Belgique, Danemark, et si les anciennes victimes du Kremlin sont moins négatives, Roumanie et Pologne, pourtant  ils y sont moins d’1/4 à considérer Trump comme  « ami de l’Europe »

-  l’OTAN Il ne reste plus que 14% pour lui maintenir la confiance - encore 29% en Roumanie, où 61% l’ont quand même perdue. On discute de comment faire pour remplacer les USA face à Poutine .

 - Elon Musk.  79% des sondés s’en défient, au point que 58 % soutiendraient un boycott de Tesla. Noter les interventions de ce genre d’oligarques US en faveur des extrêmes Droites, et pour rejeter les migrants, avec pour effet de déstabiliser les démocraties d’Europe, chose à mettre en relation avec le rejet massif de Trump.

Reste à organiser une défense commune européenne- souveraine

Cette proposition monte à 70 % : « l’Union européenne ne doit compter que sur ses propres forces pour assurer sa défense et sa sécurité .»

Les positions de Trump déclenchent forcément une révision des attitudes US antérieures, quand ils s’étaient déjà abstenus sur la Géorgie ou la Crimée. Ce sont au moins deux décennies où le prétendu recentrage sur le Pacifique, sans réussir à ralentir la Chine, a surtout laissé monter l’impérialisme du Kremlin aux dépends des Européens.

En conséquence, établir une vraie défense continentale a progressé entre 2024 et mars 2025 : +6 points en Italie (à 65 %), + 9 points en Belgique (74 %), +11 points en France (53 %), +12 points en Allemagne (69 %) et même +15 points en Espagne (73 %).

La Défense doit être européenne :  60% préfèrent une « armée commune » plutôt qu’une « armée nationale » pour assurer la sécurité de leur pays (19 %) - évidemment le cas polonais est spécifique.  La perception du péril n’est donc pas purement abstraite, mais entraine une transformation du regard sur la souveraineté.

Donc réorienter le PIB vers la défense, des industries souveraines, un service militaire et… la Bombe

 - Une majorité relative (43 à 50 %) considère qu’« il est urgent de passer à 5 % du PIB de l’Union investi dans la défense pour se protéger des menaces militaires extérieures » contre 34 % qui opposent qu’« il y a d’autres dépenses plus urgentes que la défense ». Un tel effort est discuté.En Pologne, ils sont 62 % pour. A l’inverse, les Italiens sont  62 % à choisir « d’autres dépenses plus urgentes ».

- Établir une souveraineté stratégique européenne implique d’acheter le matériel dans les industries des pays membres pour 71 % - contre 25 % pour les Polonais et les Roumains qui se vivent dans l’urgence contre ces projets plus lents.

- entre 50 et 68 % des sondés souhaitent un service militaire obligatoire (chaque mot compte), ce qui souligne la profondeur de la conscience des risques posés par les objectifs impériaux russes.

 - Étendre le parapluie nucléaire français : 61%  sont pour, avec même 74 % en Pologne et 76 % en Belgique. Seule l’Italie est modérée : 47% pour, 53 % contre. Bien sûr, le débat est plus complexe en France, avec un petit 52% pour l’extension.

Sur le Front ukrainien, un conflit existentiel

- Le contexte n’est pas à la confiance. Sur une échelle de dix, nos dirigeants sont notés entre 4 et 4,8 -  Zelensky, Starmer, ou Macron - mais seuls sont sanctionnés Trump (2,6) et Poutine (1,5), déjà qualifiés d’autoritaires ou de dictateurs. Mauvaises notes qui ne conduisent pas à… les faire redoubler !

- 47% souhaitent une paix avec des concessions territoriales, tandis que 37% veulent une défaite totale des ambitions russes. Le soutien agrégé monte donc à 84%, c’est donc bien un sujet existentiel dans l’opinion.

- Une majorité souhaite que l’UE apporte un soutien militaire accru à l’Ukraine face au désengagement des États-Unis de Donald Trump : 54 % , plus encore dans les pays de la Mer du nord (Danemark, Allemagne, Pays-Bas, Belgique, et Pologne), mais aussi en Espagne. L’Italie reste  à 59 % hostile à un renforcement de l’engagement militaire en faveur de l’Ukraine.

- les 235 milliards  en avoirs russes seraient à confisquer pour se finance, pour 61% des sondés, et même 50% des Italiens, qui ne sont donc pas dans le camp de Poutine

- Un avenir dans l’UE  est désiré par 56% - d’ici 2030, partout sauf  en France avec 55 % contre, sans doute à cause de la concurrence agricole.

 Rejet des dictateurs et des envahisseurs, transformation de la notion de souveraineté militaire, découverte de l’abandon américain, l’opinion s’est adaptée, reste à élaborer les programmes cohérents et les leaders capables de concrétiser ce projet continental.

Sondage dans 9 pays européens sur 10 572 personnes avec Le Grand Continent : L'effet Trump sur l'opinion publique européenne - Cluster17 (Jean-Yves Dormagen)

ECOUTER: La chronique du Grand Continent, chronique du jeudi 04 décembre 2025 | France Culture

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-chronique-du-grand-continent/la-chronique-du-grand-continent-chronique-du-jeudi-04-decembre-2025-5587087

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