L'arpentage et le complot

Depuis 2 ans, des professionnel-le-s socio-éducatifs breton-ne-s contribuent au travers d'une formation-action à tricoter des liens. Leurs sujets de travail : les discriminations, la laïcité et les ruptures violentes, autrement appelées radicalisation. Cette dynamique est riche d'enseignements et de trouvailles. Extrait d'un temps de travail autour des théories du complot.

À la question, "êtes-vous sensible à l'idée que le monde est un système et que l'on nous cache des choses?" , la majorité de l'assemblée a opiné du chef. Oui, plutôt oui. En tout cas, on se la pose cette question.

Bien sûr et il n'est qu'à voir les résultats de l'étude publiée par Le Monde le 8 janvier 2017 pour se convaincre de l'imprégnation des théories du complot ou plutôt de la culture du doute absolu ou de la crédulité systématique. Mais que faire de tout cela lorsqu'en position de transmission ou d'accompagnement éducatif on se retrouve à y répondre, à ces questions ?

Arpenter les savoirs 

Pour comprendre, nous avons mobilisé la technique de l'arpentage. Issue des cercles d'étude ouvriers du XIXème puis pendant la Résistance par les tenants de l'entraînement mental - voir Dumazedier . Cette méthode consiste à lire collectivement des textes, dans une approche critique et en aller-retours permanent avec la pratique. Une façon de désacraliser les savoirs, le livre, pour se l'approprier. Une façon aussi de comprendre qu'un point de vue est toujours "situé".

Nous avons donc lu et relu. Des textes autour des révoltes adolescentes, du fait religieux, de l'histoire des théories du complot, des pédagogies de l'esprit critique...


- Alain Bertho, anthropologue,
- Raymond Cahn, psychiatre et psychanalyste,

- Dounia Bouzar, anthropologue, consultante, - Olivier Roy, politiste, philosophe,
- Joëlle Bordet, sociologue,
- Olivier Noël, sociologue,
- Anne Tursz, pédiatre et épidémiologiste

- Laurent Bonelli, politiste,
- David Le Breton, sociologue
- «Génération Quoi?», Enquête France Télévision - Cécile Van De Velde et Camille Peugny, sociologues, EHESS et Université Paris VIII - Articles de Libération, Le Figaro, Médiapart, Le Nouvel Observateur, Le Monde.

- Sophie Mazet, Manuel d'auto-défense intellectuelle

- Marie Peltier, L'ère du complotisme, la maladie d'une société fracturée

Identifier les angles de vue

Pourquoi ? Pourquoi croit-on à ces théories mais aussi et surtout pourquoi ne croit-on pas ou plus au nous collectif ? Bien sûr, aucun et auncune d'entre nous n'a la prétention de savoir y répondre. L'arpentage nous a permis de distinguer, au travers de la nuée d'analyses de différents niveaux - articles de presse, publications universitaires et essais - les différentes facettes de compréhension. Parce que faut-il le rappeler encore et encore, les sciences sociales rendent intelligible le monde. Elles n'excusent rien, elles nous éclairent.

Un cube pour mieux réfléchir... © ZèdeGRAFIK(l'illustraiton pour le dire) Un cube pour mieux réfléchir... © ZèdeGRAFIK(l'illustraiton pour le dire)

 

Car c'est en repérant les différents angles d’une question que l’on peut réfléchir aux postures professionnelles, aux pédagogies du dialogue. Aucun point de vue dogmatique n’a jamais permis d’entrer en relation dans la durée, de construire des liens de qualités avec les citoyens et citoyennes, des jeunes ou moins jeunes. Il est donc nécessaire, chaque fois qu’une question apparemment évidente se pose ou qu’un mot-valise est utilisé pour décrire une situation, de s’attarder quelques instants et de dézoomer un peu...

Faces apparentes, évidentes et faces cachées ou oubliées...

 

 

 

Les raisins de la colère

Révoltes et malaises chez les jeunes - analyses croisées © ZèdeGRAFIK(l'illustration pour le dire) Révoltes et malaises chez les jeunes - analyses croisées © ZèdeGRAFIK(l'illustration pour le dire)

 

Si on en parlait ?

Le désarroi est aussi grand que surprenant chez les professionnel-le-s du développement social. Il est indéniable que les attentats de janvier 2015 et ceux qui ont suivi ont placé l'ensemble de la communauté éducative dans une forme de stupeur. Il s'agit aujourd'hui d'en dépasser les tremblements pour parler. Parler de façon démocratique, en ouvrant le dialogue, en acceptant la confrontation d'idées, en nourrissant l'esprit critique.

Voici quelques pistes très modestes à l'usage des professionnel-le-s, bénévoles et militant-e-s associatifs. Elles ont été élaborées collectivement et sont à usage collectif...

On en parle ? © ZèdeGRAFIK(l'illustration pour le dire) On en parle ? © ZèdeGRAFIK(l'illustration pour le dire)

 

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