Nous aussi nous voulons la Vérité Monsieur le Président, mais pas au détriment des victimes. La vérité pour laquelle les familles de disparus luttent des années durant ne peut se faire au détriment des victimes, Monsieur le Président. La Vérité doit se faire avec et pour les victimes, et surtout afin que le crime ne se répète pas.
Selon la presse, des milliers et des milliers de disparitions forcées ont été perpétrées en Algérie lors de la guerre de libération, et les familles des victimes, qu’elles soient algériennes ou françaises, ont été privées de cette vérité.
Nombreux sont ceux et celles qui ont tendance à penser que la disparition forcée est un phénomène révolu. Cependant, la promulgation du décret “Nacht und Nebel” institué par le IIIème Reich, a inspiré les pays dictateurs à recourir à cette pratique faisant de la disparition forcée un outil privilégié pour semer la terreur.
L’Etat algérien a repris cette pratique durant les années 90 sous prétexte de la lutte antiterroriste et a fait disparaître plus de 8000 personnes, arrêtées aux vues et aux sues de tous. En Syrie, plus de 100 000 cas de disparitions forcées ont été recensés depuis 2015, près de 5000 cas en Egypte, 20 000 en Libye, etc. et des milliers de cas de disparitions forcées continuent d’être enregistrés, ce qui démontre l’omniprésence de ce crime d'État, utilisé comme un réel outil de guerre, de terrorisme d’Etat et de répression.
En effet, les détentions arbitraires, la torture, les exécutions extrajudiciaires et le recours aux traitements cruels, inhumains ou dégradants, se multiplient à travers le monde, entraînant ainsi une hausse considérable des disparitions forcées. Les instabilités politiques dans les pays vivant des conflits sanglants tendent à accroître considérablement cette pratique de disparitions forcées pour faire passer sous silence toute opposition politique, journalistes, défenseur.e.s des droits de l’Homme ou simple citoyen qui désire seulement donner son opinion.
La disparition forcée est définie comme « l'arrestation, la détention, l'enlèvement ou toute autre forme de privation de liberté par des agents de l'État ou par des personnes ou des groupes de personnes qui agissent avec l'autorisation, l'appui ou l'acquiescement de l'État, suivi du déni de la reconnaissance de la privation de liberté ou de la dissimulation du sort réservé à la personne disparue ou du lieu où elle se trouve, la soustrayant à la protection de la loi » (Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, 2006, art. 2). Selon l’article 7 du statut de Rome et la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, les disparitions forcées constituent un crime contre l’Humanité lorsqu’elles sont perpétrées d’une manière systématique contre des civils.
Néanmoins, les familles de disparus, rongées par une incertitude perpétuelle, font face au déni de Justice qui les frappe de plein fouet. Ce déni de Justice peut résulter tant d’une loi d’amnistie, comme en Algérie avec la charte dite “pour la réconciliation nationale” ou de l’établissement d’un processus de justice transitionnelle inachevé comme au Maroc.
Les familles de disparus par la voix de la FEMED appellent toutes celles et ceux qui sont épris de Justice et de défense des droits humains à agir contre le déni de Justice, l'impunité et les disparitions forcées.
Agir contre l’impunité c’est aussi Agir pour l’indépendance de la Justice et contre les dictatures qui se plaisent à garder tous les pouvoirs.
Dès lors, la FEMED appelle les États à :
- Cesser cette pratique des disparitions forcées et condamner les auteurs de ces crimes
- Cesser la répression à l’encontre des défenseurs des droits humains
- Reconnaître aux victimes le droit à la Vérité et à la Justice, avec la mise en place de garantie de non- répétition en commençant par l'instauration de la séparation des pouvoirs politiques, militaires et judiciaires;
- Signer et ratifier la Convention Internationale pour la protection de toutes les personnes contre le crime de disparition forcée.
Pour se mobiliser contre cette pratique portant atteinte aux droits inhérents à toute personne, la FEMED, en collaboration avec de nombreux collectifs et associations a le plaisir de vous convier à sa campagne “Agir contre le déni de justice” du 29 août 2022 au 04 septembre 2022.
Le rassemblement qui aura lieu mardi 30 août 2022 à la place de la République réunira des familles de disparus de Syrie, Liban, Libye, Egypte, et de divers autres pays de la région euro-méditerranéenne qui témoigneront de leur vécu. La semaine de campagne sera rythmée par divers événements tels que des expositions, projections de films et documentaires, tables rondes, conférences, concerts et rassemblements.
Nassera Dutour, Présidente FEMED