pourquoi "journal du canon de verre"

"la dureté de ce qui coupe, l’humanité de ce qui résiste"

début du XXe siècle : le journal "la voix des verriers dénonce le quotidien des hommes femmes et enfants forçats du verre (...),  la mortalité des enfants au travail s'endormant debout contre les murs (...), les porteuses de canons portant trois canons de verre un sous chaque bras et un sur l'épaule, il y a des accidents mortels (...), grégoire nicolas, treize ans, tombe le 12 mai 1904 égorgé par un canon de verre qui se brise" -

 

Le canon de verre est tranchant et il taille à l’aveugle. Il entre dans le boxe des accusés sous le nom de france telécom. Des ouvriers tombent des échafaudages, des coursiers se faufilent toujours plus vite entre les voitures, c'est lui, il n’est pas loin. Il pressurise, il pousse à vendre les médicaments au plus offrant. Il n’a pas d’états d’âme. Il brille, victoires clinquantes, depuis la nuit des temps. Il s’acharne. Il achète. Il achève. Il parade. Il juge. Il classe et il condamne. Il détricote ce que d’autres passent tant de temps à tisser. Il n’entend rien à l’expression « réussir sa vie », il pense que c’est posséder la tombe la plus monumentale, le marbre le mieux sculpté, le plus poli (il ne sait pas que le marbre est « une roche métamorphique dérivant d'un calcaire », c'est-à-dire de la craie). 
Le journal du canon de verre, c’est regarder la dureté de ce qui coupe, grignote et l’humanité de ce qui résiste, les petites et les grandes cassures, les détails minuscules en transparence, le moindre, le commun, la vie comme elle peut, comme elle va. Et faire.

 

logo-canon-de-verre

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.