pernod, les décisions personnelles, les roses et l'hygiaphone

il y a eu ce matin je ne sais plus quand pardon de n'être pas précise ce journaliste rendant compte de ce que des employés de pernod devaient boire avec leurs clients, par convivialité, buvons buvons, on doit montrer qu’on connaît nos produits et qu’on les aime, c’est la culture de l’entreprise, si on dit non on est mal vu, et ils et elles sont devenu-e-s alcooliques, malades, "on espère pour ils et elles un futur emploi chez lactel" conclut le journaliste, la consommation de produits laitiers favorisant la croissance radieuse des organismes, plaisanterie plaisante faisant office de couvercle à joint caoutchouté sur ce qui pèse sur les corps, ce qui attaque les corps, l'acidité qui ronge, moins évidente qu'une chute d'échafaudage mais existant réellement, que dirait-on si une usine quelconque incitait ses employés à consommer de la cocaïne ou se faire des piqûres d'arsenic, évidement c'est différent, pernod sur le cerveau n'a pas autant d'impact que le crack, même si prendre la route après un événement festif en titubant et faucher deux ou trois passants est potentiellement livré dans l'emballage, même si mourir d'une cirrhose pour et par son entreprise est potentiellement possible, compris dans le prix, ce travail obligé qui abîme le corps, ce travail obligé qui abîme l'esprit – perte de réflexes, modification de la conscience et de la perception – qui est près du comptoir et de quel côté ? le directeur de l'entreprise pernod-ricard il faut le noter s'appelle ricard – c'est quand même bien foutu (ou bien fût-il contraint de modifier son nom de famille pour assurer la direction car il serait issu d'une famille d'artisans boulangers du vaucluse ?) le directeur donc alexandre le bien nommé est numéro 2 mondial des vins et spiritueux et, à 45 ans, le plus jeune dirigeant d’un groupe du cac40, mais est-il obligé de boire et son corps va-t-il en conséquence se déliter – cancers, maladies cardiovasculaires et digestives, maladies du système nerveux et troubles psychiques, tension artérielle trop élevée, troubles du sommeil, problèmes de mémoire ou de concentration –, va-t-il subir lui aussi la nocivité de la charge de travail pour pernod, doit-il lui aussi payer sa tournée pour "se faire un ami par jour" ? à ce que dit l'entreprise la consommation d’alcool de ses salariés à l’occasion d’événements qu’ils couvrent pour leur employeur relève d’une "décision personnelle" et le journaliste finit par une remarque légère avec lactel, preuve que tout cela n'est pas une preuve, ne constitue pas un indice de la soumission de certains corps à certains autres corps, mais que les décisions personnelles sont personnelles, on peut toujours cultiver des carottes qui donnent le teint frais, un choix individuel, chacun sa croix

plus tard sur cette même radio, un intervenant intervient, je n'entends qu'une partie, "le pouvoir d'achat, c'est pouvoir acheter", glissement sémantique marqué au point de l'évidence du nous-sommes-d-accord, des gens veulent du pouvoir d'achat car il veulent acheter, des robes des pantalons des transats à fleurs des chapeaux à volants des écrans plats, car nous-sommes-bien-d'accord avoir un toit ne s'achète pas, manger ne s'achète pas, comme il est agréable de vivre en ces temps de gratuité de logement et de nourriture pour tous

ça n'a peut-être aucun rapport ou ça en a, comme un parfum qui n'a pas de rapport avec la rose mais sent la rose, on sait qui est du bon côté de l'hygiaphone et qui ne l'est pas, on sait aussi que les choix de chacun comme les chapeaux à fleurs et les tournées pastis 51 sont dénués de toutes corrélations sur ce qu'une société raconte, se raconte, que la soif d'acheter n'importe quoi ça va bien, gens de peu vous n'êtes pas sérieux, que se plaindre de son travail ça va bien, gens de rien prenez-vous en main, "l'état ne peut pas tout" (citation qu'on retrouvera sans doute dans le Code de Hammurabi –1750 av. J.-C. –, texte juridique babylonien, il faudrait vérifier : on y parle déjà de cabaretiers spécialisés dans la fabrication et la vente de bière d'orge et il semble que toute religieuse entrant dans une taverne s'exposait à être brûlée vive, signe que le corps, le pouvoir sur le corps, les marques imprimées sur les corps s’exercent depuis ce qu'on appelle communément "la nuit" des temps, on ne sait pas s'il est prévu un "jour" et quand).

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