fils et filles de curés: la fin de la honte et du secret

Après des siècles de déni, la hiérarchie catholique française vient de prendre acte de l'existence de fils et de filles de prêtres. La déchristianisation de notre pays ne lui permet plus d'exiger de toute la société le respect de ses secrets les plus chers : ceux qui jusqu'à présent protégeaient d'une aura divine , ses ministres et l’ensemble de son encadrement.

 

Curés pédophiles,  enfants de prêtres, prêtres violeurs de religieuses, peu à peu la chape de  plomb qui protégeait la vie secrète du clergé, part  en lambeaux. On pourrait aussi parler du silence imposé (et souvent observé) par les  prêtres défroqués. Ils sont des milliers d'invisibles.

Ce qui a bougé, c'est d'abord la société:   une longue imprégnation de la culture française par les vérités sacrées  de l'église  a longtemps rendu possibles et efficaces les exigences de l’omerta catholique. Cette époque bénie est entrain de se terminer.  Notre inconscient collectif se dépouille peu à peu de son identité chrétienne. 

 A partir du moment où , dans notre pays, un seul enfant sur trois est baptisé, à partir du moment où il n'y a pas cent nouveaux  prêtres par an,  à partir du moment où les églises et les salles de catéchisme  se vident, l'étreinte de l'inconscient collectif  catholique  finit par se desserrer. De temps à autres, l'évolution connaît des accélérations et donne l'impression qu’après avoir longtemps résisté, un barrage vient de se  rompre. Tout à coup, par un effet de dominos, tous les secrets sacerdotaux sont mis sur la place publique.

Depuis au moins la séparation de l’église et de l’état (1905), la France a cessé d’être la fille aînée de l’église. Mais ses entrailles sont restées durablement irriguées par ses racines chrétiennes. C’est à ce déracinement qu’il nous est donné  d’assister.

Devant des témoins de moins en moins fidèles, le chœur (et le cœur) du sanctuaire est mis à nu, banalisé, ramené à son humaine et commune condition, rendu si l’on veut à son usage profane.  Le tabernacle est grand ouvert, non pas par le pape, les prêtres et les évêques mais  contre leur volonté et à leurs dépens, tellement  son contenu contredit  les dorures, sermons et parements qui l’ornaient.

Ainsi meurent les civilisations. Elles sont toutes  mortelles et il nous faut les ensevelir dans les linceuls les plus précieux que nous ayons à notre disposition. S’agissant de la chrétienne, son épuisement dure juste un peu plus longtemps que ne  l'avait pronostiqué Ernest Renan. 

Pour le cas où mon site: charlescondamines.com

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