J'irai (encore) marcher pour le climat

La dernière occasion du quinquennat d'Emmanuel Macron de promulguer un texte à la hauteur de l'enjeu climatique et social est passée, et c'est un échec (prévisible). Le gouvernement puis les lobbies ont affaibli le projet de loi jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'une coquille vide. Face à cette situation, des centaines d'organisations appellent à une grande mobilisation populaire dans tout le pays.

Appel à mobilisation © Coalition pour une Vraie Loi Climat – https://marcheclimat.fr Appel à mobilisation © Coalition pour une Vraie Loi Climat – https://marcheclimat.fr
Demi-loi climat, irresponsabilité totale

Je ne vais pas m'appesantir ici sur le bilan calamiteux de la République en Marche en matière d'écologie, beaucoup l'ont déjà fait. Je renvoie à l'excellente enquête de Reporterre dont les journalistes ont analysé l'ensemble des réponses du gouvernement pour conclure que 10 % à peine des mesures élaborées par la Convention citoyenne pour le climat ont été reprises ; pour un bilan un peu plus institutionnel, la lecture des rapports du Haut Conseil pour le Climat est également instructive (et accessoirement me met à chaque fois dans une rage folle). Bref : nous sommes face à une crise majeure, dont nous subirons les conséquences pendant des dizaines et des dizaines d'années, et les personnes aux commandes ne se contentent pas de ne pas y répondre mais communiquent activement sur le fait que leur action est suffisante. Pire que l'inaction, on fait croire que l'on agit.

Un changement collectif est possible et nécessaire, il n'est pas trop tard, et nous devons agir sur tous les tableaux : comme je suis un peu fatigué de répondre toujours aux mêmes arguments, voilà un article de Bon Pote (qui fait un travail d'intérêt public) détaillant les discours fréquemment entendus pour justifier l'inaction, sur la base d'un papier de l'université de Cambridge. C'est un peu un gros “cheh !” adressé au président de la République, au gouvernement (particulièrement Jean-Baptiste Djebbari, ministre des Avions et pilote du crash climatique) et à toutes les personnes qui usent des tous les moyens à leur disposition pour que surtout rien ne change.

Une nouvelle dynamique d'alliance

La ligne “justice climatique - justice sociale” est présente depuis le début des marches pour le climat, et fait même partie de l'ADN des organisations au sein desquelles je milite : c'est le cœur du mouvement Alternatiba/ANV-COP21, et c'est également une valeur fondamentale de la fédération des Amis de la Terre qui agit dans le monde entier, pour bâtir des sociétés soutenables au Nord comme au Sud. Au plus fort du mouvement des Gilets jaunes, il a été exprimé clairement que “fin du monde” et “fin du mois” ne sont pas deux sujets séparés comme tentait de le faire croire un président de la République qui souhaitait mettre en place une taxe carbone injuste : les dominants n'ont de cesse d'invoquer alternativement une crise ou l'autre pour justifier à la fois l'austérité et l'inaction climatique, mais nous ne sommes pas dupes.

Ce mot d'ordre est à présent incarné dans un nouveau collectif, qui rassemble les organisations écologistes et altermondialistes avec les syndicats de travailleur‧ses : Plus Jamais Ça !, lancé en janvier 2020 par Attac France, la Confédération paysanne, la CGT, la FSU, Greenpeace France, les Amis de la Terre France, Oxfam France et Solidaires (et rejoint depuis par de nombreuses autres organisations). La coalition appelle à rejoindre les marches pour le climat, à porter massivement ce message d'union des causes sociale et environnementale.

Alors on marche

Qui ne veut pas d'un monde plus juste, sinon ceux qui fondent aujourd'hui leur richesse sur les inégalités ? Ceux qui dominent, ceux qui savent profiter de toutes les crises, ceux pour qui tout va bien même quand tout va mal ? Nous qui travaillons, nous qui voulons que chaque personne ait accès à un logement décent, à une alimentation saine, à de l'eau potable et de l'air pur, nous qui voulons simplement vivre avons toutes les raisons de marcher ensemble pour montrer notre volonté de construire un après plus souhaitable.

Pour un avenir juste, pour une société soutenable, il est essentiel de modifier nos moyens de production et de consommation, de changer profondément de modèle pour faire face à la crise climatique tout en réduisant les inégalités. Voilà ce que nous exprimons collectivement lorsque nous nous réunissons dans la rue.

Évidemment, manifester n'est pas le seul moyen à notre disposition ! Je ne parle pas des comportements individuels, des petits gestes, de l'écologie de la baguette de Barbara Pompili, même s'il est entendu que nous avons tou‧tes une part de responsabilité par les choix que nous faisons au quotidien ; je parle d'action collective, de rejoindre une organisation, quelle qu'elle soit (association, collectif, syndicat, parti politique même), afin d'agir ensemble, pour commencer dès maintenant à “changer le système, pas le climat” (c'est l'expression polie que j'utilise pour dire “mettre fin au capitalisme”). Et puis, parfois, marcher est utile et pertinent : pour se rassembler, se compter, se rencontrer, se congratuler, se célèbrer, et permettre aux personnes qui ne n'ont pas encore franchi le pas de découvrir le groupe au sein duquel elles vont pouvoir s'investir.

Et la pandémie ?

Les critiques fusent systématiquement pour fustiger l'irresponsabilité que représenteraient les manifestations (pour le climat, contre la loi “sécurité globale”, etc.). À Lyon, ce sont les élu‧es de la nouvelle majorité qui se font régulièrement huer par les oppositions de droite et du centre(-droit) en cas de participation ou de soutien à de tels rassemblements. À ceci, une réponse simple : aucune manifestation n'a jusqu'ici donné lieu à une contamination de masse, on le constate régulièrement depuis les mobilisations massives du mouvement Black Lives Matter outre-Atlantique. Les manifestations ont lieu en extérieur, et les gestes barrières sont majoritairement respectés.

Oui, la situation est toujours extrêmement tendue, l'Hôpital est exsangue, et il faut continuer à faire tous les efforts pour freiner les contaminations (ce qui serait quand même plus simple si le gouvernement arrêtait de nous prendre pour des jambons en mentant à tout bout de champ, mais je m'égare). Cependant, après le principe de précaution qui s'imposait au début de la pandémie, et qui a d'ailleurs conduit à l'annulation des marches pour le climat prévues le 14 mars 2020, il est maintenant clair que participer à une manifestation n'est pas irresponsable vis-à-vis de la situation sanitaire — au contraire, c'est face à l'ensemble des autres crises qu'il serait, je pense, irresponsable de ne pas se mobiliser.

Alors oui, j'irai (encore) marcher pour le climat. Et toi ?

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