Le rassemblement des FR est prévu à 19 h, place du Capitole. A cette heure précise, il y a environ une dizaine de FR, mornes de se voir si peu, et déjà un joyeux troupeau d’une cinquantaine de GJ marquant bruyamment leur territoire par leurs habituels Aouh!, jouant ici le rôle de cri de ralliement. Sortant des terrasses de cafés, des rues avoisinantes, de nombreuses silhouettes anonymes en civil convergent, et une fois au milieu de la place, sortent leur gilet jaune de leur sac (il n’y a pas de fouille aux entrées de la place). D’autres se sont déguisés de façon clownesque et outrancière en bourgeois avec foulard rouge et vont infiltrer les rangs des FR, mais portent chacun avec eux une pancarte en carton pliée en deux sur laquelle, une fois dépliée, on pourra lire le temps venu de savoureux slogans de FR détournés.
19h15, la « manif » bat son plein des deux côtés, environ 50 ou 100 FR et deux fois plus de GJ, ce qui est presque étrange car si l’appel des FR a été relayé dans tous les médias locaux, la venue des GJ est purement spontanée, chacun semblant plutôt être venu à titre individuel, par curiosité. Un double cordon de policiers s’est calmement insinué il y a quelques minutes entre les deux groupes venus au contact l’un de l’autre, afin d’éviter les débordements. Il sont en calot, avec bouclier, mais sans armes. Du coup les contacts sont bon enfant, le major plaisante avec certains GJ. Sur l’autre rive, deux slogans désolants de platitude « stop aux violences! » et « liberté de travailler ! » scandés plus ou moins en boucle, entre quelques tentatives de Marseillaise tristounettes, les FR agitant tous en l’air le même petit drapeau français standardisé made in china, probablement fourni sur place.
De notre côté, comme d’habitude joyeux désordre, les jeunes rivalisent d’imagination pour improviser des slogans que nous hurlons par dessus le cordon, pour couvrir les leurs: « CAC40teu CAC40teu, ouais! ouais! », « macron au panthéon ! » « laissez-nous faire nos courses! », « les prolétaires - nous coûtent trop cher ! », «on est fiers d'être millionnaires », «Mélenchon démission », etc. Impossible pour moi de tout retenir, ça fuse à jet continu pendant une heure, pour ça nous avons les meilleurs jeunes de France, les flics rigolent à chaque nouvelle invention.
19h45, lassés de leur deux slogans foireux, il ne reste plus aux FR qu’à essayer d’enchaîner une ou deux Marseillaises pathétiques, entrecoupées de la mélodie « sirène » de leur mégaphone: ils n’ont déjà plus de voix, ils ont perdu. Après 17 samedis, c’est sûr que nous avons un certain entraînement, côté vocal.
19h58, plaisantant avec un copain, je me retourne: ils ont tous disparus, on ne s’en est même pas rendu compte. Leur "manif" était déclarée de 19 à 20 h. « Nous sommes contents, nous avons occupé l’espace public pendant une heure », conclut leur porte-parole au journaliste (voir article ici).
20h10, faute d’adversaire, notre troupeau anarchique se disloque à son tour, en lançant aux flics, « allez messieurs, c’est l’heure du pastis,… à samedi ! ». Ce fut une bonne petite soirée de rigolade. Quant à la comparaison de la combativité des deux camps, no comment…