"Il faut qu'on examine ce qui a dysfonctionné", a admis Laurent Nuñez, qui s'interroge sur des "difficultés dans la chaîne de commandement", le "positionnement des forces de l'ordre" ou encore "le travail de sape" sur les lanceurs de balle de défenses qui "a conduit les fonctionnaires de police et de gendarmerie a plus de retenue".
On voit donc apparaître, dans la bouche du régime, l'aveu explicite pour la première fois d'une victoire des GJ dans la guerre de com': le travail de sape sur les LBD a conduit à l'échec de samedi. Les GJ ont gagné une bataille médiatique, et c'est cette victoire qui est en grande partie à l'origine de l'échec du régime sur le terrain répressif. Le régime s'est senti contraint à faire usage de munitions beaucoup moins puissantes, et de faire limiter fortement le nombre de tirs.
"Travail de sape" : on ne saura pas quel travail a été le plus fructueux en pratique, GJ sur des plateaux, milliers de vidéos contextualisées virales sur les réseaux, ou actions des associations vers les instances internationales. Il est permis de penser que c'est ce dernier point qui a le plus embarrassé le régime, à en juger par certaines gesticulations médiatiques dirigées vers l'Europe (tribune). Il a fait mauvais genre d'être cité par l'ONU aux côtés de pays peu recommandables. La rhétorique du régime "travail de sape" implique une action sournoise, mais sonne aussi comme une pleurnicherie: on a perdu parce qu'ils n'ont pas joué fair-play.
La vérité est que sur beaucoup de points tactiques, on a le sentiment que le régime touche aux limites de ses marges de manoeuvre.
Il y a eu des déclarations martiales sur l'achat de plus de 1000 LBD supplémentaires, multi-coups etc. Oui, mais si la retenue imposée par l'image internationale en limite fortement l'utilisation, cela ne changera rien à la puissance de feu effective. Il y a eu aussi des déclarations sur l'interdiction pure et simple des Champs, oui, mais cela implique d'immobiliser encore plus de troupes en statique, ce qui ne passera pas vis à vis des syndicats de police, et qui de toute façon favorisera les déplacements rapides aux alentours, de scènes de guérilla aussi fâcheuses. En fait pour contenir une insurrection de cette ampleur en restant dans les limites de l'acceptable en termes de dégâts humains pour un régime se qualifiant de démocratique, il faudrait aligner massivement de nouvelles FdO, mais le régime ne peut pas faire cela car il n'a ni les moyens financiers de les recruter, ni le temps pour les former, ni la possibilité politique en terme d'image nationale et internationale, car ce serait virtuellement faire l'aveu du basculement dans un état policier. L'opposition aura alors beau jeau d'ironiser sur l'air de "c'est ça le nouveau monde que vous nous offrez ?"